AMAZONIE – Des données scientifiques

INCENDIES

 

Les incendies qui touchent la forêt amazonienne depuis début juillet sont d’une ampleur exceptionnelle. Les feux ont gagné en intensité ces derniers jours, notamment au Brésil, qui possède 60% de la surface du “poumon vert” de la planète. Pour l’heure, il n’est pas possible d’évaluer l’étendue des dégâts. Plusieurs régions sont concernées, comme l’État de Rondonia, celui d’Amazonas, de Roraima ou encore l’État du Mato Grosso. Le 19 août dernier, la ville de Sao Paulo s’est même retrouvée dans le noir, en plein jour, en partie en raison des fumées. Le Mato Grosso est l’État où l’on trouve le plus grand nombre de départs de feu, liés essentiellement, selon les experts, à la déforestation.

Le phénomène des incendies enregistre une croissance inquiétante au Brésil: selon des chiffres de l’Institut national de recherche spatiale (INPE), depuis janvier 2019, 72 843 départs de feu ont été enregistrés dans le pays, contre 39 759 en 2018, soit une augmentation de 83%. La progression de la déforestation et une importante sécheresse expliqueraient en grande partie cette hausse.

En Amérique du Sud, le Brésil est le pays le plus touché par les feux de forêt en 2019, suivi par le Venezuela (26 453) et la Bolivie (16 101), d’après les chiffres donnés par BFM TV.

 

Un intéressant article du site Reporterre rappelle la réalité politique derrière cette évolution (26 août 2019 / Silvana Conte (Reporterre))

Extraits

Tandis que les incendies continuent de ravager la forêt amazonienne, le Sénat brésilien a adopté, jeudi 22 août, une loi MP 881/2019 qui pourrait encore fragiliser la forêt tropicale, en assouplissant toujours plus les politiques environnementales. La loi est maintenant à la signature du président. Cette mesure provisoire (MP) 881/2019 prévoit l’exemption de tout type de licence environnementale ou autre autorisation pour les « activités économiques à faible risque », ouvrant ainsi la porte à un nombre indéfini d’activités exemptes du contrôle environnemental. La MP prévoit également que certaines autorisations environnementales seront accordées pour une période donnée, c’est-à-dire que si l’organisme responsable de les délivrer ne respecte pas le délai imparti, l’autorisation sera automatiquement accordée. Selon le texte, la déforestation et l’allocation d’eau pourraient être libérées sans licences ni contrôles environnementaux. (…) La MP indique aussi que les entrepreneurs ne seraient plus tenus responsables des « impacts environnementaux indirects » de leurs activités. Le problème est que la grande majorité de la déforestation, de l’exploitation forestière illégale et de l’accaparement des terres en Amazonie, par exemple, est le résultat de la construction de routes et d’autres travaux importants, tels que les barrages hydroélectriques, et que cela serait ignoré dans les licences environnementales.

Énervé par les répercussions négatives des dernières nouvelles sur la déforestation et les incendies, le président Jair Bolsonaro a tenté mercredi 21 août de criminaliser la société civile sans présenter aucune preuve. Selon le président, « le crime existe et nous devons faire de notre mieux pour le stopper. Nous avons supprimé 40 % du budget versé aux ONG et ces organisations se plaignent du manque d’argent. Il est donc possible que ces ’activistes’ mènent des actions criminelles pour attirer l’attention contre moi, contre le gouvernement brésilien ».

Face à cette accusation scandaleuse, plus de 100 organisations de la société civile ont signé le 22 août une note critiquant la position du président Jair Bolsonaro. Dans cette note, publiée par la Fondation SOS Mata Atlântica, les ONG contrent l’accusation à propos des incendies et soulignent que « le président doit agir de manière responsable et prouver ce qu’il dit, au lieu de lancer des accusations et de criminaliser les organisations, manipulant l’opinion publique contre le travail accompli par la société civile ». (…)

Pendant que les incendies se poursuivent, le ministre de l’Environnement, Ricardo Salles, nie les faits et affirme que « l’Amazonie a besoin de solutions capitalistes », tandis que le président Bolsonaro a renvoyé de son poste le physicien Ricardo Galvão, directeur de l’INPE, car il a divulgué, selon le président « des données mensongères sur l’augmentation de la déforestation en Amazonie nuisibles pour l’image du pays ».Outre l’exploitation forestière illégale et l’accaparement de terres en Amazonie, les données du rapport de la plate-forme Trase, soutenue par Greenpeace, indiquent que six grandes sociétés (Bunge, Cargill, ADM, Louis Dreyfus, Amaggi et COFCO) qui commercialisent le soja sont responsables de 58 % des exportations de soja au Brésil, suscitant 68 % de risque direct de déforestation.

Le Brésil est le plus grand exportateur mondial de soja. La culture céréalière occupe actuellement, selon l’Embrapa (Centre de recherche agricole du Brésil), plus de 33 millions d’hectares sur le territoire brésilien, soit l’équivalent de la moitié de la France.