Ecologie de l’intime

Bien sûr, le sujet ne pouvait que prêter à des réactions passionnées…

Un article dans l’Osservatore romano du samedi 3 janvier, du Dr Pedro José Maria Simon Castellvi, président de la Fédération internationale des associations de médecins catholiques suscite bien des commentaires dans la presse.

Il explique, dans cette réflexion personnelle sur le document de Paul VI publié il y a quarante ans (Humanae Vitae) et qu’il considère comme « prophétique », que, selon lui, « nous avons suffisamment de données pour affirmer qu’une cause non négligeable de l’infertilité masculine (marquée par une baisse constante du nombre de spermatozoïdes chez l’homme) en Occident est la pollution environnementale provoquée par la pilule ». Ces conclusions avaient été présentées quelques temps auparavant par un rapport de cette même fédération. Rapport qui avait déjà été contesté par les militants de la contraception chimique.

Quelques réflexions en guise d’analyse, en attendant des avis d’experts, comme on dit :

– l’affirmation de cette fédération dit reposer sur des études scientifiques incontestables. Il est nécessaire d’en publier les sources pour éclairer le débat. Il est fort à parier que la validité de ces études sera de toute manière discutée, mais le préalable est nécessaire. Pour l’heure, je n’ai pas trouvé ce rapport sur le web…

– il s’agira de lire aussi la déclaration entière de ce professeur pour saisir la tonalité d’ensemble de son propos, sur un sujet complexe et passionné. Il s’agira de comprendre quelle est la sensibilité de cette fédération et quels sont leurs combats.

– ensuite, de quoi parle t-on exactement ?

  • Des effets à long terme des contraceptifs chimiques sur l’organisme (avec la difficulté que la stérilité évoquée ici est masculine et la contraception chimique essentiellement féminine) ?
  • Des effets d’accumulation dans les chaines alimentaires de produits stéroïdiens rejetés dans l’eau notamment (par les urines et les circuits d’eau urbains) ? La question mérite d’être posée : régulièrement des études assez peu médiatisées montrent que des molécules chimiques sont retrouvées dans les eaux, mêmes après traitement en station d’épuration. On parle de molécules issues de la consommation de drogues, mais aussi de produits médicamentaux complexes (par exemple des produits anti-cancéreux…), et donc aussi des dérivés oestrogéniens etc. Il a parfois été suggéré que pour des personnes sous traitement lourd, un retraitement spécifique des urines soit mis en place pour éviter la dispersion de molécules complexes dans les circuits d’eau. Solution onéreuse… et donc pas mise en place actuellement.

– diverses études scientifiques ont montré l’existence des phénomènes nouveaux, par exemple dans certaines populations de poissons où des changements de sexe sont observés. Sans que l’on en comprenne vraiment bien les causes… Il faut citer notamment les travaux de Karen A. Kidd et al. publiés en mars 2007 et consultables ici.

– comme toujours, l’analyse de telles actions est complexe : quelle est la demi-vie de ces molécules ? quelle est l’innocuité des molécules ou de leurs dérivés dégradés, et comment interagissent-elles avec d’autres molécules naturelles ou artificielles ? quel est l’effet d’accumulation dans la chaine alimentaire ou dans le temps ? La consommation importante par une grande partie de la population de telles molécules peut mériter sans doute que l’on se pose sereinement ce genre de questions, pour éviter un autre scandale de l’amiante… Ces questions rejoignent celles posées par d’autres (en France par la ministre Nathalie Kosciusko Morizet récemment) sur les causes réelles de l’augmentation de stérilités masculines.

– enfin, le débat soulevé par cet article pointe une des contradictions de certains discours écologistes dans leur rapport à la « nature ». Car si les phénomènes biologiques de la conception sont parmi les plus complexes et les plus mystérieux du monde de la « nature », ils méritent sans doute autant d’attention, de respect et de principe de précaution que les autres phénomènes naturels qu’ils est urgent de défendre. Bien sur, on touche aussi ici la question de la liberté individuelle, de la gestion de l’intime, des choix personnels (et on sait ô combien ces sujets sont passionnés en France). Mais n’est-ce pas le cas aussi dans les autres urgences écologiques ? Les comportements individuels n’écrivent-ils pas aussi des comportements collectifs aux conséquences parfois importantes, comme le révèle la crise écologique sur d’autres plans ?

Il ne s’agit pas ici de répondre ou de prendre position : il s’agit d’observer si ce débat est révélateur de mouvements profonds en cours dans les lignes idéologiques ou morales des discours sociaux… Au-delà des affirmations radicales des uns et des autres, il s’agit, me semble t-il, avant tout d’aider chacun à s’ajuster à une cohérence de vie et de discours.

Etonnante force d’interpellation de la crise écologique…

DL

Source : Osservatore romano et Apic
Trois liens si le sujet vous intéresse :
un article d’un internaute sur le site de rue89
un article dans le National geographic
et un autre dans The Economist

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