Spiritualité, nature au pays de la vache Milka

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Pour info, voici un petit texte issu d’un dossier présenté par le site suisse Bonne nouvelle, site de l’Eglise protestante vaudoise.

http://www.bonnenouvelle.ch/201006291821/32-juillet-aout-2010/dossier/la-spiritualite-au-secours-de-la-nature.html

Une synthèse intéressante et stimulante.

Certains voient dans la religion chrétienne la première responsable de la crise écologique. D’autres trouvent dans la Bible des raisons d’agir pour l’environnement.

1. La religion est-elle vraiment responsable de la crise écologique ? La responsabilité du christianisme dans la crise écologique que nous connaissons a été affirmée dans un article célèbre écrit en 1966 par Lynn White, professeur américain d’histoire médiévale. Le mal viendrait selon lui «du postulat chrétien selon lequel la nature n’a pas d’autre raison d’exister que d’être au service de l’homme». Philippe Roch, ancien directeur de l’Office fédéral de l’environnement, nuance: «L’idée a souvent été reprise depuis mais elle a reçu aussi des démentis cinglants. La Genèse donne un message plus subtil. Elle n’invite pas l’homme à une domination d’exploiteur. Dieu donne à l’homme la responsabilité de gestionnaire et de gardien de la Création. Dans un passage, l’homme doit nommer les animaux. C’est une reconnaissance de la diversité et du fait que nous sommes tous issus de la même création.» Pour le biologiste, une grande partie de l’Eglise ancienne s’est montrée respectueuse de la nature. Nous avons un rapport à Dieu à travers la nature, pas contre elle. La rupture entre l’homme et la nature est plus récente. «La grande cassure s’est produite avec Galilée, lorsque l’Eglise a refusé les explications scientifiques. Ce rejet a produit en miroir le refus de la spiritualité. Le positivisme du XIXe siècle, avec son attitude antireligieuse et de domination, voyait la science comme détentrice de la vérité absolue.» Ce que les Eglises peuvent apporter? «Faire revivre les valeurs et la mystique, le respect de la nature qui est issue de Dieu, répond Philippe Roch. La reconnaissance de ce quelque chose qui nous dépasse, le destin commun que nous avons avec les animaux et les plantes, comme enfants de Dieu, tous issus de son acte créateur. Notre liberté de choix et nos capacités supérieures nous donnent une responsabilité. Tout au long de l’Eglise, des figures comme François d’Assise, Hildegarde de Bingen, ou même Jean-Paul II, disent dans de beaux textes que le Christ est venu sur terre pour réconcilier l’homme et toute la Création avec son créateur.»

2. Quelles valeurs chrétiennes en faveur de l’environnement ? «Il faut redécouvrir la diversité des traditions à l’intérieur de la Bible», souligne Otto Schäfer, pasteur, biologiste et membre du Comité d’«oeku Eglise et environnement». Certes, le récit de la Création en Genèse 1 est centré sur l’homme, ce qui a pu favoriser son pouvoir de destruction. Mais il y a aussi dans la Bible des traditions qui placent l’homme sur le même plan que le reste de la Création. Otto Schäfer invite à relire le magnifique Psaume 104 ou l’injonction de Dieu à Job: «Regarde bien l’hippopotame, je suis son créateur, comme je suis le tien.» «Quand nous revenons sur les débuts de la protection de la nature en Suisse romande, nous constatons que ses protagonistes étaient des croyants qui liaient explicitement la Bible à leur approche de la nature», affirme le biologiste. Les versets bibliques favorisant l’émerveillement devant la Création et sa contemplation gagnent en importance au XIXe siècle, comme cette parole de Jésus dans son Sermon sur la montagne: «Observez les lys des champs… Même Salomon, avec toute sa richesse, n’a pas eu de vêtements aussi beaux.» Pour Otto Schäfer, un point fondamental éclaire tout le débat: «Contrairement à certaines religions ou philosophies, la matière et la nature sont des éléments positifs dans la Bible. Au sixième jour du récit de la création, Dieu considère que tout ce qu’il a fait est bon. L’homme reçoit un caractère unique, mais à l’intérieur d’une diversité qui a une valeur positive. Son rôle est lié à une responsabilité, puisque l’homme est créé à l’image de Dieu.» D’ailleurs, Calvin considérait la place de l’homme dans le monde comme celle d’un père de famille. «Pour lui, nous devrions prendre soin de tous les animaux sauvages», s’amuse le biologiste. Le réformateur s’émerveillait de ce que Dieu «dans sa grande bonté» nous soulage de cette tâche.

3. Quelle est la responsabilité de l’homme ? «Nous devons aller vers une société sobre, nous n’avons pas le choix», avertit Dominique Bourg, professeur à la Faculté des géosciences et de l’environnement à l’UNIL. «Lorsque les soucis écologiques ont commencé à remettre en question notre rêve de croissance, notre société a réagi avec l’idée de développement durable. Nous avons cru que nous pourrions poursuivre notre rêve de croissance juste en ménageant les ressources. Cela ne marche pas. Au niveau planétaire, la consommation de ressources continue d’exploser et le rêve se transforme en cauchemar. Nous allons devoir partager, sinon ce sera la guerre. Tandis que d’autres vont continuer à croître, nous allons devoir décroître.» Pour le professeur, il s’agira de rendre la sobriété acceptable, qu’elle ait du sens et débouche sur une forme de mieux-être, plutôt que de mal-vivre. «Aujourd’hui, le souci de la nature et le souci d’autrui sont inséparables. Je ne peux ignorer que nos émissions à effet de serre ont un impact pour des milliers de paysans dans le delta du Nil, où la salinisation rend les terres impropres à la culture. Je ne peux plus distinguer mon rapport au monde de mon rapport à autrui.» Le souci de l’autre est d’ailleurs aussi une valeur chrétienne. «Il faut être clair, affirme le professeur, ce n’est ni l’Inde ni la Chine qui vont être promoteurs d’une forme d’égalité. Il faut compter sur l’héritage chrétien de l’Europe. Nous devons continuer à lever haut et fort l’étendard.» Tout en sachant que la crise écologique va interroger nos spiritualités, «c’est-à-dire nos a priori qui orientent notre rapport au monde et aux autres».

4. La nature, source d’inspiration spirituelle ?  Avant de devenir diacre, Line Gasser était horticultrice-paysagiste. «J’aime la nature. Ce doit être parce que je viens de la Vallée de Joux, un écrin, un lieu extraordinaire où nous sommes proches d’elle, explique-t-elle. Enfant, je faisais partie d’un club de photo qui m’a rendue attentive à la beauté des plantes et du moindre coin de forêt.» La diacre ne se dit pas pour autant écologiste: «Les écolos font parfois passer la nature avant tout. En prendre soin n’est pas être son esclave et oublier l’être humain. La nature peut être dure et destructrice. Sitôt que nous ne sommes plus là, elle reprend ses droits. C’est la loi du plus fort. Vous l’observez dans votre jardin. Des mauvaises herbes prennent le dessus et font mourir les plantes que vous avez semées. Il y a un équilibre à trouver, des corrections à apporter. Quand Dieu parle de la domination de l’homme sur la nature, ce n’est pas dans le sens de l’écraser ou de la surexploiter. Sinon, nous mourrons avec elle. C’est plutôt de veiller à un bon équilibre entre les végétaux, les animaux et les hommes dans le société.» Line Gasser conjugue sans mal son amour de la nature et son travail de diacre: «La Bible est pleine d’images en lien avec la nature. Nos racines, un arbre planté près de l’eau, un figuier qui sèche… ces images qui permettent de parler de Dieu touchent chacun. Nous vivons tous dans la Création. La contemplation de la beauté du monde nous apaise, nous donne envie de louer Dieu et de le remercier. Alors que les destructions nous tourmentent, nous font l’appeler à l’aide, lui demander ce que nous pouvons faire en tant que chrétiens.» Line Gasser rappelle un souvenir: «J’ai vécu en Afrique du Sud dans un township. Les gens me demandaient comment il était possible que je vienne d’un pays si beau dans un coin si laid. C’est justement parce que j’ai eu la chance de vivre dans un endroit beau que j’ai trouvé les ressources pour aller vivre avec eux. Car le plus important est dans la relation. Elle nous fait grandir au niveau spirituel. Cela dépasse la nature.»

«Respectez la Création, sans la sacraliser» Pour Jacques-André Haury, médecin et député vaudois vert-libéral, la nature se gère avec prudence, mais sans fondamentalisme Tous les défenseurs de l’environnement entendent respecter la nature et la Création. Mais cette notion de respect mérite d’être définie. Pour le chrétien, Dieu a confié à l’homme une mission particulière: celle de gérer sa Création. On cite volontiers la Genèse qui dit au sujet des êtres humains: «Dieu les bénit et leur dit: soyez féconds, multipliez-vous, remplissez la terre et soumettez-la; dominez sur les poissons de la mer, les oiseaux du ciel et sur tous les animaux qui fourmillent sur la terre.» Mais cette formule «dominatrice» est isolée, alors que la Bible est très souvent empreinte d’admiration pour l’œuvre de Dieu, prise en exemple. Le chrétien n’adore pas la Création. Il adore le Créateur et se sent responsable de gérer son œuvre sur la Terre. Il n’en est pas de même de certains écologistes fondamentalistes, qui considèrent que la nature est sacrée et que toute atteinte que l’homme lui porte est sacrilège. Respecter, ce n’est pas ne rien toucher. Si un médecin sacralisait la nature, il devrait s’interdire tout traitement et tout geste visant à modifier le cours «naturel» d’une maladie. Respecter est une attitude de nuances, de limites, qui ne sont pas définies de façon claire dans la Bible. Pour nous, respecter, c’est une attitude et une manière d’agir. C’est admettre qu’avant de modifier ou de transformer, il faut tenter de comprendre comment la nature fonctionne, quels sont ses équilibres. C’est aussi avoir de la considération pour celles et ceux qui, avant nous, ont fait le monde qu’ils nous ont transmis. Respecter, ce n’est jamais faire la révolution. Respecter, c’est avoir une attitude modeste et prudente sur les conséquences de ses actes, qu’ils portent sur des personnes, des animaux, des végétaux ou des éléments naturels. Respecter, c’est aussi penser que d’autres viendront après nous, et qu’ils devront à leur tour vivre sur la Terre que nous leur aurons transmise. Alors que la sacralisation de la nature interdit toute intervention humaine, le respect laisse les portes ouvertes. C’est infiniment plus difficile. C’est avec une attitude de respect que nous devons aussi aborder des questions délicates comme l’interruption de grossesse, l’accompagnement en fin de vie, les organismes génétiquement modifiés. C’est pourquoi les écologistes chrétiens doivent, comme tous les croyants, demander sans cesse à Dieu, par la prière, de les éclairer.

J.-A. H.

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