La question du lien entre écologie naturelle et bioéthique humaine vient d’être reposée récemment dans une tribune publiée sur le site d’information Liberté politique, par Jean-Marie Le Méné, président de la Fondation Jérôme Lejeune. Le site de synthèse de presse Genéthique en a rendu compte. En voici le texte. Les propos sont bien ceux de Jean-Marie Le Méné. Pour information, le site Liberté politique s’inscrit dans une vision d’un catholicisme identitaire, assez combatif, où la question de la morale personnelle est une clé de lecture assez dominante sur les autres questions éthiques.
Jean-Marie Le Méné explique que le choix d’un chef de l’Etat doit se faire sur une vision de la société et non sur un catalogue de promesses. Il note que « toutes les crises récentes et actuelles rendent évidente l’urgence du retour des valeurs morales en politique. Car les crises que nous affrontons (économique, écologie, santé, etc.) sont d’abord et avant tout des crises morales avant d’être techniques« . Le retour à des références morales ne signifie pas porter atteinte à la laïcité : « La distinction du spirituel et du temporel […] n’autorise pas les responsables politiques à s’affranchir de la poursuite du bien commun et du respect de la norme élémentaire présente au cœur de chacun (ne pas tuer, ne pas mentir, ne pas voler, etc) « .
L’héritage des Lumières, qui oppose nature et culture, a rompu le lien entre l’homme et la nature. Ravivée en 1968, cette rupture est à l’origine de la crise « qui enkyste la société occidentale« . Le président de la Fondation Jérôme Lejeune fait remarquer que « transgresser n’est pas synonyme de progresser » : « Le progressisme n’est pas au service du progrès humain quand il conduit à s’affranchir du respect de la nature et de la vie« .
Pour lui, « l’homme n’est un prédateur de la nature que lorsqu’il se comporte de manière égoïste, inconséquente et irresponsable, donc immorale. C’est donc lui et la réforme de son comportement qui doivent être au cœur de la préoccupation écologique » : « L’écologie n’existe pas si elle est réservée à la protection de la planète, des espèces animales et végétales. L’écologie est vaine si elle exclut le respect de l’homme de ses premiers instants à son dernier souffle« . Jean-Marie Le Méné observe que les atteintes portées à la vie humaine dépassent celles qui sont infligées au reste de la nature, contre lesquelles on se bat pourtant. On lutte en effet contre la pollution de l’eau, mais on accepte une « pratique contraceptive généralisée » qui place « le corps des femmes sous dépendance chimique pendant 30 ans de vie sexuelle« . On réclame « un moratoire sur les OGM« , mais on ne dénonce pas « la manipulation génétiques sur les embryons humains« .

OK pour lier bioéthique et respect de l’environnement. Je n’arrive pas à retrouver l’article sur le site liberté politique mais je m’étonne de votre phrase de résumé : « Jean-Marie Le Méné observe que les atteintes portées à la vie humaine dépassent celles qui sont infligées au reste de la nature. » Qu’entendez-vous par « dépasser » ? Comment le mesurer ? Qu’est-ce que Jean-Marie Le Méné a vraiment dit ou écrit ?
En recherchant l’article sur le site Liberté politique, je suis tombé sur une perle : « Quand un enfant sur deux nait d’une mère étrangère et la plupart du temps musulmane… ». Aucune référence solide pour cette affirmation. Franchement je suis très circonspect sur ce site.
Pour revenir au sujet initial, l’argument selon lequel il faudrait interdire les méthodes contraceptives hormonales parce qu’elles portent atteinte à l’environnement est bien faible et révélateur des enjeux écologiques. Cette manière de déplacer le débat est ridicule.
Merci de lancer cette discussion. En effet, l’article propose une certaine lecture du rapport entre les lieux de l’éthique contemporaine, assez symptomatique de la difficulté pour les milieux catholiques traditionnels d’entrer en dialogue avec d’autres problématiques [cf. en effet des positions sur le site en question plutôt proche d’une certaine « droite » traditionnelle].
Pour le dire de manière ouverte, on voit là un exemple du croisement entre – une éthique qui se construit quasi exclusivement à partir du respect de la personne humaine pour arriver au final à penser celui de la terre qui l’accueille mais qui est secondaire (avec donc une théologie un peu pauvre en terme de « salut » du monde).
– et une éthique qui part de l’expérience d’une communion de création pour tout le vivant et qui fait que toute dégradation volontaire des espaces naturels, de ses équilibres ou de ses populations est reçu comme une violation du projet créateur. Et c’est à partir de cette éthique de la terre qu’est pensé la singularité de la créature humaine (avec le risque du coup de relativiser cette singularité, voire de la nier).
Le propos de Jean Marie Le Méné qui compare les atteintes à la vie humaine à celle portées au reste de la nature exprime bien la première démarche, qui hiérarchise les éthiques… et donc aussi les actions à mener. On comprend que ces raisonnements ont longtemps mené à une inaction de certains réseaux chrétiens, pressés par les urgences humanitaires (bien légitimes) mais sans jamais les inscrire dans le contexte plus large des urgences environnementales plus globales (rapport à l’alimentation, accès à l’eau, respect des écosystèmes etc… qui préservent pourtant le mieux la dignité humaine…)
Pour la question des méthodes contraceptives, on retrouve cette argument assez classiquement dans ce catholicisme là. Au-delà de ce que cette question révèle de l’arrière-fond idéologique (on comprend bien le côté très « sensible » de la question dans notre société, pour ce qui est du rapport au corps, à la liberté individuelle), elle touche aussi du doigt, me semble t-il, une question légitime sur notre consommation volontaires de substances qui touchent aux fonctions naturelles de l’organisme. Les scandales récents liés au bisphénol et autres produits de ce genre, ont mis à jour les enjeux sanitaires de ces questions.
Pourquoi refuser de la poser pour ces molécules là ? D’autant que la question de l’effet de la présence d’oestrogènes synthétiques dans les eaux usées commencent à être posées dans de nombreuses mégapoles… Si certains ont des informations là dessus, merci de les envoyer pour objectiver le débat.
Le webmestre
Bravo et merci pour ce dialogue de qualité relatif à deux conceptions de l’éthique. Chacun mettra le curseur où il l’entend entre ces positions, mais la distinction à l’avantage de clarifier un débat souvent sous-jacent, mais rarement posé explicitement. En référence au commentaire de « dlang », je suis un peu surpris que le problème de la contraception chimique semble se réduire à » la présence d’oestrogènes synthétiques dans les eaux usées ». Quoi qu’on pense de la contraception chimique, j’avais, jusqu’ici tendance à penser que le problème était celui des conséquences de la présence massive de ces produits dans le corps des femmes, plutôt que dans les eaux usées. Dommage, je dois pencher du côté de » ce catholicisme là » (celui des autres, pas celui de « dlang »).
Merci Paul. Mais relisez bien mon dernier paragraphe. Je pose bien d’abord la question de la présence de molécules chimiques de ce type au sein de nos organismes, d’autant que celles-ci « touchent » (pour ne pas dire s’opposent) à des fonctions naturelles et à des équilibres biologiques importants. Pourquoi être hyper vigilant à l’effet du cocktail des pesticides ou d’autres produits de ce type, si par ailleurs on est dans le déni d’une consommation nouvelle, massive et volontaire de molécules synthétiques de ce genre régulant la fécondité biologique ? Je rajoutais simplement que, comme les autres polluants organiques, la question avait désormais aussi une réalité globale du fait de la contamination des eaux usées. On retrouve une question similaire liée à la consommation de médicaments complexes (anti-cancéreux…) souvent pas traités par les centres de retraitement des eaux.
Bien sûr, la pratique de la contraception chimique étant considérée aujourd’hui socialement comme un droit et une liberté, on touche, en disant cela, à du « sensible ». Tout comme on touche à du sensible, sur un autre plan, quand on interpelle nos modes de consommation alimentaire. Et Dieu sait qu’en France, la question de l’alimentation réveille aussi en nous toutes les peurs et toutes les frustrations culturelles, psychologiques et collectives. On imagine ce qu’il en est d’autant plus sur les questions des pratiques sexuelles, qui relève de l’intime et du privé…
Les choses allant mieux en les disant, ma remarque sur les « catholicismes » ne relevait que d’une grille de lecture sociologique, pour éviter des confusions trop facile sur ce que les « cathos » dans leur ensemble pensent ou font. La nuance est souvent condition nécessaire pour éclaircir les débats et permettre un dialogue en vérité. Heureusement que sur un point de vue existentiel et spirituel, l’Esprit travaille bien au-delà de nos cercles et de nos conditionnements.
Le blog ici ne s’inscrit pas dans une ligne particulière. Il essaye de donner des infos larges sur ce que vivent, cherchent, expérimentent les Eglises et les communautés chrétiennes sur les questions écologiques. Libre à chacun ensuite de former sa conscience à partir de ces éléments réflexifs, d’autant que ce blog espère intéresser des lecteurs de tous horizons.
Il est toujours possible par ailleurs de formaliser davantage la question soulevée en créant sur ce blog une page spécifique pour y rassembler des informations envoyées par les lecteurs du blog.