Et les protestants dans tout ça ? Le 14 mars 2012, le pas Claude Baty, président de la Fédération protestante de France, a présenté aux médias, un document de réflexion intitulté « Vérité – Solidarité – Exemplarité » rassemblant des éléments de réflexion sur les grandes orientations politiques et sociétales en France, proposés par la Fédération.Fruit du travail de divers groupes et rencontres récentes, le document aborde les questions de la liberté et de la sécurité, la crise financière, l’état de la justice et de la laïcité, la situation des gens du voyage et des étrangers, les questions de dépendance et de fin de vie. Et au chapitre 7, le développement et l’écologie.
Le texte que voici de ce chapitre peut surprendre par sa sobriété et un manque assez singulier de propositions nouvelles, notamment concernant la prise en compte concrète de la crise écologique en cours, hormis celui de la création de l’équivalent d’un « thanks giving » à l’américaine pour retrouver le sens de l’action de grâce pour les biens reçus de Dieu.
Constat
Après des années de développement « sans compter », nous sommes parvenus à mesurer tant l’accroissement de la population que l’abondance des ressources.
Nous sommes capables de connaître les mécanismes qui régissent le fonctionnement des diverses « enveloppes » de la terre, des espèces qui la peuplent, et d’évaluer l’impact des « développements » en cours. Depuis le début de l’ère industrielle, le recours massif, et croissant, aux énergies fossiles, entraine d’importantes émissions atmosphériques qui modifient le climat. En outre, s’il a fallu des centaines de millions d’années pour accumuler ces énergies fossiles, il aura suffi d’une génération – la nôtre – pour exploiter à son profit près de la moitié de cette richesse. Et il faudra peut-être encore moins de temps pour atteindre les limites de ces réserves. Notons enfin que si l’humanité a été capable de cette performance, l’accès aux ressources reste avec des inégalités croissantes le privilège d’une fraction très limitée de la population. L’hémisphère Nord, qu’il s’agisse de l’Europe, de l’Amérique du Nord ou de l’ancien bloc soviétique, est le « profiteur » avec les nouveaux pays industrialisés (Inde, Chine, Brésil…).
Nous sommes placés devant un double défi :
• d’une part, assurer un partage équitable des richesses de la planète entre les hommes qui la peuplent aujourd’hui. Il faut impérativement corriger le fait qu’une part importante de la population – au Sud non seulement n’a pas accès à ces ressources, mais en plus doit payer pour les conséquences de notre mauvaise gestion.
• d’autre part se soucier de rétablir une équité intergénérationnelle. Comment en
effet accepter de brûler au profit d’une seule génération des ressources accumulées au cours des temps géologiques ?
Une nouvelle démarche est nécessaire
Face aux difficultés qui s’amoncellent, le monde politique et économique est dérouté. La crise à laquelle nos sociétés doivent faire face est un défi pour la réflexion, car elle touche à la question de la finalité de la connaissance et du pouvoir. L’économie, qui est une analyse des moyens, est séparée de la question des fins.
Afin qu’une issue heureuse puisse être envisagée, il faut parvenir à promouvoir une modification profonde non seulement de notre idéal moral mais aussi de nos moeurs concrètes. Mais les plis pris par les corps et les moeurs sont encore plus rigides, plus difficiles à changer que nos installations techniques ou nos idées ! Il faut bien mesurer l’importance de la dimension religieuse de la modernité, notamment la place de ce qu’on appelle le « progrès ». Or, le progrès n’est plus toujours perçu comme positif, il peut même faire peur : demain sera pire, en raison d’une technique débridée asservie à une économie amorale. En ce qui nous concerne, nous fondons notre engagement sur la grâce de Dieu. Cette approche génère une reconnaissance pour les ressources naturelles et humaines données en abondance, un respect de la pluralité des habitants du monde et implique en retour un choix de sobriété qui redonne sa place à la technique. Nous pouvons ainsi imaginer et préparer une modernité capable de produire de la solidarité, une manière fraternelle de partager les biens et les charges de notre planète, de redistribuer les connaissances, les devoirs et les plaisirs.
Dans cette perspective, pourquoi ne pas promouvoir une version française et européenne du « thanks giving » américain ? C’est parce que nous avons nous-mêmes tant reçu que nous pouvons donner en retour. Cette certitude qui est la nôtre, il nous revient de la faire partager au plus grand nombre, pour fonder des motivations d’action aux niveaux individuel et institutionnel, et répondre ainsi aux enjeux de ce temps.
Paul Ricoeur dans son dernier ouvrage Parcours de la reconnaissance (2005) écrit : « La gratitude allège le poids de l’obligation de rendre et oriente celle-ci vers une générosité égale à celle qui a suscité le don initial. »
Va-t-on enfin se rendre compte que l’autorité n’existe pas, que l’économie est une façon de faire main-basse sur les ressources, et que le pouvoir est un fantasme politique ?
C’est la 1ère fois(à ma connaissance) qu’une organisation semble s’interroger sur le sens de l’économie et du progrès. Il a fallu 60 ans (depuis le discours de Jean Rostand à la tribune des Nations-Unies) pour qu’enfin une structure s’interroge sur notre aveuglement collectif ! Il ne faut pas désespérer mais savoir que les personnes « morales » sont parfaitement ridicules de vanité, inconscientes et dangereuses pour les vivants.
Jésus étant mort pour moi, je ne me culpabiliserai pas et ma gratitude envers lui me fait souhaiter l’abrogation de l’argent (plus de dette, plus de finance, plus d’économie prédatrice, mais la joie du partage, la volonté que cesse l’inhumanité d’être humain) et la reconnaissance de notre fragilité, impuissance et finitude. Jésus savait tout ça, on ne va pas lui faire un dessin.
Merci de nous avoir fait connaître ce texte : tous les espoirs sont permis