Dans le dernier chapitre du document « Une communauté européenne de solidarité et de responsabilité » publié en janvier 2012 par les évêques de la Commission des épiscopats de la Communauté européenne, les auteurs s’intéressent au rapport entre le développement durable et l’économie sociale de marché. Un texte intéressant qui prend des positions assez claires (Pour une économie écologique et sociale de marché, pour une prise en compte responsable du développement durable, pour une protection des bases naturelles de l’existence etc.)
21. L’article 3 § 3 du Traité de l’Union Européenne met en correspondance la compétitivité et le progrès social de l’économie sociale de marché avec la protection de l’environnement et l’amélioration de la qualité environnementale. Les signataires du traité européen reconnaissent ainsi, au-delà du développement social, l’importance majeure du développement écologique pour l’économie sociale de marché. Dans les débats tant scientifiques que publics, on ne parle dès lors souvent plus d’économie sociale de marché, mais d’économie écologique et sociale de marché. En tant qu’évêques de la COMECE, nous en partageons l’intention sous-jacente. Compte tenu des changements environnementaux dramatiques, en particulier les changements climatiques et la raréfaction des énergies fossiles et d’autres matières premières, notre responsabilité envers la Création nous incite fermement au respect du principe économique et éthique du développement durable. Une économie durable et compétitive se sert des forces du marché pour innover dans le sens de la plus grande productivité des ressources. Elle accompagne tous les processus économiques par des conditions et des incitations écologiques de manière à protéger les bases naturelles de l’existence. A terme, ni la compétitivité économique, ni la justice sociale, ne peuvent être atteintes sans une intégration systématique de facteurs écologiques.
22. Les défis écologiques actuels demandent, au-delà de la protection des ressources socio-économiques, de redéfinir d’un point de vue éthique et anthropologique les relations entre l’homme et la nature et d’élaborer une conception différente du développement. La protection de l’environnement ne doit plus être un facteur de restriction mais devenir un objectif du développement dans une société, où la qualité de l’environnement est reconnue comme faisant partie intégrante du modèle de prospérité. Le Pape Benoît XVI a écrit dans son Encyclique Caritas in Veritate que «l’usage [de l’environnement naturel] représente pour nous une responsabilité à l’égard des pauvres, des générations à venir et de l’humanité tout entière.»23. Nos économies doivent être davantage imprégnées d’une conception du développement respectueux des cycles et des rythmes de la nature. Cela implique de changer notre rapport aux aliments, à l’énergie et à l’eau. Aujourd’hui, il est déjà évident que le gaspillage de ces ressources conduit à des conflits violents. Le renouvellement de l’économie sociale de marché est le cadre nécessaire pour se rapprocher de ces objectifs qui sont les indicateurs de son progrès. Il s’agit ici non seulement de technologies plus efficaces et économiques mais d’une réduction raisonnable de nos consommations, d’une modération. En particulier pour le développement des États d’Europe centrale et orientale, la protection des ressources naturelles et socioculturelles d’une exploitation à court terme par une réglementation politique revêt une importance cruciale pour la garantie du bien commun à long terme.
23. Puisque la qualité de l’environnement a le caractère d’un bien public, dont la dégradation concerne tout le monde et dont l’utilité ne peut être mesurée individuellement, les bénéfices d’investissements pour une amélioration de celle-ci sont également difficilement attribuables. En conséquence, le développement durable nécessite un engagement et une garantie institutionnels spécifiques tant au niveau européen que mondial. Nous demandons aux institutions de l’Union Européenne et aux gouvernements nationaux en Europe de s’engager fermement à cette fin dans un dialogue avec leurs partenaires internationaux. Dans ce contexte, des initiatives de la société civile sont aussi nécessaires. Leur importance dans le dialogue international et la coopération au développement est en pleine croissance. Le Pape Benoît XVI a souligné, dans son Encyclique Caritas in Veritate, leur signification pour aller vers une civilisation de l’économie mondiale.24. L’Église catholique est disposée à contribuer, dans le cadre du dialogue international, à ces questions en se fondant sur la richesse de ses propres compétences, notamment par une vision à long terme, par une compréhension globale du bien commun et de la responsabilité, par une conception de la nature comme Création ayant sa valeur propre, ainsi que par son vaste réseau d’engagements concrets à travers le monde.
Cf. Benoît XVI, Lett. enc. Caritas in veritate (29 juin 2009), n.38ff et 48