Effet de mode ? Ou vrai prise de conscience au moment où les évêques de France vont publier un texte mobilisateur sur les questions écologiques (le 20 avril) ? Mgr Rey, évêque de Fréjus-Toulon publie sa lettre pastorale sur l’écologie. Une thématique parmi d’autres, puisque le prélat s’attache à traiter régulièrement des sujets de sociétés.
Résultat des courses ? Un texte plutôt stimulant, avec quelques audaces : l’évêque propose ainsi de reconnaître dans la radicalité souvent peu évangélique de l’écologie profonde comme une « faim commune » que peuvent accueillir les disciples d’une évangile écologique. Mgr Rey assume l’essentiel des pistes qu’ouvre le champ écologique contemporaine, en les articulant assez traditionnellement avec l’anthropologie chrétienne. C’est l’écologie humaine qui oriente dans son bon sens les autres formes d’écologie. On pourra critiquer une tendance assez classique dans les textes catholiques à ne nommer que les formes d’écologie les plus radicales, en oubliant de nommer tous les autres acteurs, pragmatiques, persévérants et souvent prophétiques. Du coup, le discours peut parfois paraître comme surplombant les réalités en cours, alors que pour l’heure, malgré la belle synthèse de l’évêque, les chrétiens sont bien peu mobilisés collectivement pour déployer les conséquences d’une théologie de la Création assumée. Il y a aussi cette impression que les seules réponses durables se trouvent dans le trésor traditionnel de l’Eglise, comme si rien de nouveau ne pouvait se dire à travers cette crise écologique. Mais l’impression globale est plutôt positive. On attend avec impatience ce qu’une telle lettre va provoquer comme actions concrètes au sein du diocèse de Mgr Rey.
Extraits :
On ne peut que regretter que les chrétiens ne participent pas plus activement à ces questions et à cet engagement avec leur spécificité. Il y a en effet dans la Révélation de quoi participer audacieusement à l’annonce d’un évangile écologique, capable de donner la profondeur qui fait défaut aux débats sur l’écologie, lorsqu’ils ne remontent pas aux causes véritables. (…) Face au scandale de la dégradation de la création, qu’on peut qualifier de tragédie écologique, il s’agit de ne sombrer ni dans le catastrophisme ni dans le négationnisme. Le regard chrétien ne peut être que profondément réaliste d’une part, et empreint d’espérance d’autre part. (…)
Il n’est pas possible de considérer que les courants les plus radicaux de l’écologie ne sont que le fruit d’une vision utopiste et idéaliste de la réalité. Au contraire, on doit lire à leur origine, comme en creux, une intuition, une attente déçue qui n’a pas trouvé de réponse. A cette soif de réconciliation avec la nature n’a pas correspondu la proposition renouvelée d’une théologie de la création. Pour ‘reprendre’ les mots de Chesterton, l’écologie moderne est pétrie d’idées chrétiennes devenues folles. L’écologie est un domaine d’application de la Doctrine sociale de l’Eglise, dont le premier principe est la centralité et la dignité de la personne humaine. C’est parce qu’il est question de l’homme et de sa vocation, de son milieu de vie, de son écosystème, que nous ne pouvons nous désintéresser de l’écologie. (…)
Chap. 1 La crise écologique.
« La crise écologique actuelle est d’abord d’ordre métaphysique. La conception confuse de l’être profond des choses et le manque d’estime pour la raison empêchent de bien concevoir les rapports entre Dieu et le monde. (…) Certains courants écologistes radicaux (Deep ecology) puisent clairement leur inspiration dans un panthéisme païen, qui conduit à une attitude religieuse face à la nature. Rendue muette, la raison abdique alors son rôle et sa dignité. » (cf. Sg 13, 1-5) Il est difficile de souscrire à tous les présupposés de la Charte de la Terre, grande déclaration internationale censée énoncer les principes de la protection de l’environnement et du développement durable. (…) L’homme devrait reconnaître des droits à la terre et se soumettre lui-même à l’impératif écologique. Dans cette perspective, la terre finit par être déifiée et l’homme désacralisé. [L’évêque rappelle le processus de déconstruction du langage éthique traditionnel en cours, œuvre de déstabilisation de l’appréciation rationnelle et théologale de la réalité, de l’ordre de l’univers – Il fait référence à M. Peeters, La nouvelle éthique mondiale, 2006]
Il nous est impossible de concevoir une écologie authentique autre que centrée sur l’homme et non pas uniquement sur la terre. La protection de la nature passe par celle de l’homme. ( …)
[sur la démographie] « Ce qui est présenté comme un impératif écologique inéluctable n’est que la conséquence d’une vision malthusienne eugéniste dépourvue de fondement scientifique.
[sur le lien à la bioéthique] L’avortement, bien plus que la déforestation ou les gaz à effet de serre, met en péril la paix avec la nature. La crise écologique n’est alors pas étrangère à la crise démographique des pays qui voient désormais leur population vieillir et même diminuer.
L’homme ne possède la terre que parce qu’il l’a reçue en héritage. A son tour il aura à la transmettre aux générations futures vis-à-vis desquelles il a donc une responsabilité. Ce thème est l’une des idées-clés du développement durable. Une véritable solidarité intergénérationnelle doit exister.
[sur le travail] Soumettre la terre, c’est pour l’homme prolonger l’action du créateur par son travail, conçu d’abord comme une collaboration à l’œuvre de Dieu et non comme une simple transformation de la matière. La logique économique libérale qui conduit à un certain productivisme et à une hyper-consommation s’éloigne autant de cette conception du travail humain que celle des écologistes radicaux qui prônent la ‘fin du travail’ pour se rapprocher d’un état stationnaire ou même de décroissance. La prise de conscience écologique actuelle met en lumière l’échec de l’idéologie du progrès qui imprègne nos mentalités depuis le XVIIIe siècle. (…) Le progrès scientifique n’implique pas automatiquement un progrès éthique. (…) Le refus de reconnaître que le monde vient de Dieu et qu’il retourne vers lui, comme si la création n’était que le fruit du hasard et de la nécessité, est à la racine du problème écologique. (…)
Il y a parfois une grande incohérence dans les combats écologistes. On se préoccupe plus et mieux du milieu ou de l’habitat naturel des différentes espèces animales menacées d’extinction que de celui de l’homme. (…) Certaines postures écologistes frisent la schizophrénie , où le bébé phoque est mieux défendu que l’enfant à naître. (…)
Retrouver le sens du dimanche n’est pas sans importance pour la question écologique !
En définitive, on voit bien dans la vision chrétienne de l’écologie que l’homme est à l’origine des désordres environnementaux. Paradoxalement, la première cause du réchauffement climatique doit être recherchée dans cette ère de refroidissement intérieur dans laquelle l’humanité semble être entrée. (…) Le matérialisme mercantile et l’hédonisme ambiant rendent également aveugle sur les injustices faites aux plus pauvres et empêchent un développement vraiment humain.
Chap. 2 Un Carême pour la terre
Dans la mesure où ‘la Révélation affirme la profonde communauté de destin du monde matériel et de l’homme’, peut-être faut-il vivre avec la terre un Carême pour la faire entrer dans ce Mystère ?
[La prière] Nous devons nous (ré)habituer à remercier le Seigneur pour toute chose, pour l’air, pour l’eau, pour tous les éléments qui nous permettent de vivre, ainsi que pour les aliments qu’il nous offre à travers la fécondité de la terre.
[Le jeûne] Pourquoi ne pas retrouver le sens du jeûne ou de la simple frugalité ? Il ne suffit pas d’acheter les produits qui ont un label attestant leur impact faible sur l’environnement, mais bien de réformer complètement la course effrénée à la consommation, la débauche des transports, les gaspillages en tout genre. Mais pour échapper aux impératifs de la mode ou à l’obsession de la publicité, au culte du désir et de sa satisfaction immédiate, il est indispensable d’apprendre la maîtrise de soi et de ses instincts… cela suppose une véritable conversion écologique !
[Le partage] Une véritable écologie, consciente de l’interdépendance de tous les êtres et de la destination universelle des biens de la terre, passe par une solidarité renouvelée et un partage authentique (entre les personnes, les pays et les peuples, les générations). (…) L’écologie nous invite non seulement à ne pas nous enrichir au détriment des générations futures, mais même à nous priver pour eux. On peut l’appeler écologie sociale ou écologie de communion. (…)
guide de France, la nature est primordiale, alors je trie mes déchets, je jardine écolo, je roule en vélo, je fais du covoiturage depuis plus de 25 ans, je fais attention à ma consommation d’eau, d’électricité, à mes achats etc… mais aussi je récupère les bouchons plastique, j’ai éduqué mes élèves handicapés à le faire parce que ce petit geste est solidaire et tout le monde peut le faire. Je passe mon hebdomadaire Pèlerin magazine à mes voisines et il termine son parcours pour les détenus d’une prison. Que de petits gestes qui peuvent faire rire, mais qui nourrissent ma vie. J’ai l’impression de faire partie d’une grande famille.