Coup sur coup, ce sont les responsables religieux de deux pays africains qui ont lancé un appel ferme à une transparence plus grande sur les conditions d’exploitation et la répartition des richesses issues des ressources minières.
Ainsi, Mgr Nicolas Djomo, évêque congolais de Tshumbe et président de la Conférence épiscopale de la RDC, a profité de son séjour aux Etats-Unis pour revendiquer une vraie solidarité économique : « Soutenez des règles fermes sur la transparence des compagnies minières qui oeuvrent dans mon pays ». C’est la conférence épiscopale américaine qui a sponsorisé son audition par la sous-commission chargée des services financiers de la Chambre des Représentants à propos de la politique monétaire internationale et du commerce. « Je parle non pas en tant qu’homme d’affaires ou expert financier mais comme responsable religieux profondément troublé par la terrible violence et par la souffrance qui a dominé la vie dans l’est du Congo depuis 1996 » a affirmé Mgr Djomo Lola. « Cette violence a détruit des familles, des villages et des communautés. L’un des principaux motifs de la violence est l’exploitation illicite des minerais de la part des différents groupes armés opérant dans l’est du Congo ».
L’agence Fides qui rend compte de cet entretien souligne que selon le Catholic Relief Service (CRS), qui a coordonné le voyage de Mgr Djomo Lola aux Etats-Unis, le Président de la Conférence épiscopale de RDC a déclaré espérer que la Securities and Exchange Commission (SEC) émettra des règles rigoureuses afin de garantir que les entreprises et les consommateurs ne participent pas, à leur insu ou non, au commerce qui a entraîné la souffrance et la mort de milliers de personnes.« L’Eglise au Congo a confiance dans le fait que la communauté des entreprises pourra et voudra s’unir à nous afin de protéger la vie et la dignité humaine du peuple congolais, menant un commerce international respectueux des règles, transparent et responsable. Nous sommes sûrs qu’elle ne tient pas à contribuer à la misère qui a affligé l’est du Congo pendant des années » (Agence Fides 19/05/2012)
L’Église catholique est particulièrement impliquée en faveur de l’amélioration de la transparence financière des industries extractives. Récemment, à l’initiative de la Coopération internationale pour le développement et la solidarité (Cidse), qui rassemble les principales agences catholiques de développement (dont le CCFD-Terre solidaire), 17 évêques de 13 pays du Nord et du Sud ont ainsi appelé l’Union européenne à s’inspirer de la loi Dodd-Franck pour « faire progresser les standards internationaux en matière de transparence ». (Apic et Direct CD)
Quelques jours auparavant, le 9 mai, pas très loin du Congo, ce sont encore d’autres responsables religieux qui, en Ouganda cette fois-ci, rejoignent des mouvements citoyens demandent la transparence dans l’exploitation des champs pétrolifères récemment découverts (d’un potentiel de 13 milliards de dollars US). Selon le conseil inter-religieux ougandais, les lois actuelles du secteur sont trop faibles pour le garantir. Ainsi, Mgr John Baptist Odaman, représentant de ce conseil appelle à une révision rapide de ces lois pour prendre en compte l’intérêt des citoyens et le développement du pays : transparence, avec mises à jour régulières des pratiques, salaires ajustés pour les employés à partir du commencement de l’exploitation en 2017, compensations financières adéquates des populations déplacées, prise en compte des questions de la pollution de l’environnement… Un appel urgent alors que deux ministres sont déjà sous le coup d’investigations cherchant à vérifier d’éventuelles corruptions liées à l’attribution des licences d’exploitation.
Pour comprendre que l’enjeu de l’exploitation des mines en Afrique n’est pas qu’une affaire d’argent, il est nécessaire de voir ce document terrifiant sur le génocide silencieux en cours au Congo du fait de ces exploitations…
Source : Fredrick Nzwili, 10 May 2012, ENI