En cette fin de juillet, le P. Toni Wenger se lève devant le petit groupe d’une centaine de personnes réunies dans (et en dehors de) la chapelle dédiée à la Visitation de Marie, sur les hauteurs du village suisse de Fiesch. » Le glacier est fait de glace, la glace est faite d’eau et l’eau, c’est la vie ! », lance t-il dans sa prière.
En fait le P. Wenger reprend à son compte le rituel de bénédiction adapté à la situation nouvelle de la région. En 2009, en effet le conseil paroissial avait demandé au Vatican de pouvoir changer le sens traditionnel de la bénédiction qui accompagne leur démarche de pèlerinage. Une demande accordée une année plus tard pour pouvoir prier pour le recul rapide et inquiétant des glaciers de la région. En effet, les glaciers suisses reculent pour certains de plus de 10 mètres par an, en moyenne. Et la fonte est accompagnée de plus de pluies et de vents plus abondants que dans les siècles passés.
On comprend donc le soucis des pèlerins du Fieschertal, qui se rendent dans ce lieu ouvert depuis 1674, date de « petit âge glaciaire » en Europe. En conséquence de ce refroidissement temporaire, les glaciers de la vallée avaient atteints leur longueur maximale au milieu du XIXe siècle, jusqu’à 26 km pour le plus grand d’entre eux. « Nous avions prié dans le passé pour que le glacier cesse de s’agrandir. Il semble que nos prières aient marché trop bien », dit non sans humour Herbert Volken, un guide de montagne local.
Maintenant que le mouvement est au recul (le glacier a déjà perdu 5 km de longueur), la fonte des blocs de glace crée des menaces nouvelles, notamment des inondations sévères par débordement des lacs glaciaires. Depuis le XIXe siècle, des évènements de ce type se sont comptés par centaines. C’est en réponse à cette situation qu’avec l’aide de Jésuites locaux, les villageois ont organisé ce pèlerinage annuel du 31 juillet, au moment de la fête de St Ignace de Loyola.
Car avec le recul des glaciers, ce ne sont pas que les inondations qui menacent, mais aussi les problèmes d’approvisionnement en eau potable, à la nourriture pour les animaux
et aux feux de forêts qui se multiplient. Sans évoquer les conséquences économiques sur le tourisme lcoal -notamment sur les dangers accrus de la marche sur le glacier- ou sur l’industrie hydroélectrique. Voire sur les effets hydrologiques sur le Rhône que le glacier, avec d’autres, alimente.
Hanspeter Hozlhaüser, géographe de l’université de Bern, spécialiste de l’histoire des glaciers, connaît bien ces périls. Il sait que si à l’âge du Bronze, le glacier avait déjà reculé pour atteindre à peine environ 800 m, ce n’était cependant en rien lié aux activités humaines. » Si la nouvelle prière des pèlerins de Fiesch permet aussi d’attirer l’attention sur le réchauffement climatique lié aux activités humaines, c’est évidemment une bonne chose ! » Il sait que le recul continuera au moins de toute manière encore durant 30 ans, si rien ne change rapidement dans les causes du réchauffement en cours. De quoi pousser à une prière persévérante.
Source : D’après un article de Laura Spinney, National Geographic News
Photos : Pèlerins du village de Fiesch.Photograph by Maxime Schmid, European Pressphoto Agency / Le glacier d’Aletsch, le plus grand des Alpes. Photograph by Juan Rubiano, My Shot.