Benoît XVI, message adressé le 16 octobre dernier à Mr Graziano da Silva, directeur général de la FAO
Cette année la Journée Mondiale de l’Alimentation est célébrée alors que les effets de la crise économique touchent toujours plus les besoins primaires, y compris le droit fondamental de chaque personne à une nourriture suffisante et saine, aggravant spécialement la situation de ceux qui vivent dans des conditions de pauvreté et de sous-développement. Il s’agit d’un contexte analogue à celui qui inspira l’institution de la FAO et qui requiert l’engagement des institutions nationales et internationales pour libérer l’humanité de la faim, à travers le développement agricole et la croissance des communautés rurales. Le graduel désengagement et l’excessive compétitivité qui pèsent en effet sur la malnutrition risquent de faire oublier combien seules des solutions communes et partagées sont en mesure de donner des réponses adéquates aux attentes des personnes et des peuples. (…) L’expérience réalisée dans de nombreux pays montre en effet que les coopératives, outre l’impulsion qu’elles donnent au travail agricole, sont un moyen pour permettre aux agriculteurs et aux populations rurales d’intervenir aux moments décisifs et en même temps un instrument efficace pour réaliser ce développement intégral dont la personne est le fondement et le but.
Garantir la liberté par rapport à la faim signifie, en effet, être conscient que l’activité des institutions et l’apport des hommes et des femmes engagés peut arriver à des résultats adéquats uniquement à travers des actions et des structures inspirées par la solidarité et orientées vers la participation. En ce sens, les coopératives agricoles sont un exemple concret, appelées par conséquent à réaliser non seulement les niveaux de production et de distribution requis, mais aussi une croissance plus générale des surfaces rurales et des communautés qui vivent dessus.
(…) Étant donnée la priorité due à la dimension humaine, les coopératives agricoles peuvent dépasser l’aspect exclusivement technique du travail agricole, en en réévaluant la centralité dans l’activité économique et ainsi elles favorisent des réponses adaptées aux réelles nécessités locales. Il s’agit d’une vision alternative à celle déterminée par les mesures internes et internationales qui semblent avoir comme unique objectif le profit, la défense des marchés, l’usage non alimentaire des produits agricoles, l’introduction de nouvelles techniques de production sans une nécessaire précaution.
Devant une demande de nourriture toujours plus importante, qui conjugue nécessairement la qualité et la quantité des aliments, le travail des coopératives agricoles peut représenter quelque chose de plus qu’une simple aspiration, en montrant concrètement un moyen possible pour satisfaire la demande d’une population mondiale en croissance aussi. Leur présence toujours plus consolidée, peut ensuite mettre fin aux tendances spéculatives qui touchent désormais jusqu’aux produits de première nécessité destinés à l’alimentation humaine et contenir l’accaparement des terres cultivables qui en diverses régions contraignent les cultivateurs à quitter leurs terres puisque individuellement ils n’ont aucune possibilité pour faire valoir leurs droits.
(…) Les coopératives en effet sont une expression concrète non d’une stérile complémentarité, mais d’une vraie subsidiarité ; un principe que la doctrine sociale de l’Église pose comme fondement d’un rapport correct entre les personnes, la société et les institutions. La subsidiarité, en effet, garantit la capacité et l’apport original de la personne en préservant ses aspirations dans la dimension spirituelle et matérielle, en tenant dans la juste considération la promotion du bien commun et la tutelle des droits de la personne. En considérant les situations où conflits ou désastres naturels limitent le travail agricole, une pensée spéciale est adressée au rôle irremplaçable de la femme souvent appelée à diriger l’activité des coopératives, à maintenir les liens familiaux et à garder ces précieux éléments de connaissance et technique propres au monde rural. Dans un monde à la recherche d’interventions appropriées pour surmonter les difficultés de la crise économique et pour donner à la globalisation un sens authentiquement humain, l’expérience des coopératives représente bien ce nouveau type d’économie au service de la personne, autrement dit capable de favoriser des formes de partage et de gratuité qui sont le fruit respectivement de la solidarité et de la fraternité (Caritas in veritate, 39). (…)
Une vidéo de la FAO donne quelques enjeux du développement des coopératives agricoles.
DL
