Au commencement, la compassion

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Rencontré par hasard au cours des pérégrinations sur le net, une réflexion juive sur le lien entre écologie et spiritualité au sein de cette tradition, tout particulièrement dans la Halacha (loi juive). Une lecture intéressante puisque la foi chrétienne enracine son anthropologie notamment dans celle de la foi juive.

 » D’innombrables lois dans la Torah nous adjurent d’ouvrir les yeux et d’agir de façon responsable et charitable envers le monde qui nous entoure. Parmi d’autres mandats écologiques, elle promulgue les lois de bal tach’hit (l’interdiction de détruire gratuitement et de gaspiller des ressources inutilement), l’interdiction d’abattre des arbres fruitiers qui entourent une ville ennemie en temps de guerre, les lois imposant de recouvrir les excréments et d’enlever les débris dans les lieux publics, etc. Ce faisant, la Torah indique que, bien que nous puissions parfois nous sentir en conflit avec la nature du fait que nous devons lutter pour survivre, le monde constitue en réalité un ensemble potentiellement harmonieux dans lequel chaque élément est précieux.

Une personne épanouie spirituellement reconnaîtra que chaque créature est intrinsèquement liée à toutes les autres créatures et que nous partageons tous un destin collectif. Ainsi, notre approche la plus fondamentale devrait être celle de la compassion, et non celle de l’avidité ou de l’agressivité. Cette éthique s’applique à l’égard de tous les niveaux de la création. Comme le demande le maître kabbaliste Rabbi Moshé Cordovéro de Safed (le « RaMaK », 1522-1570) : « La compassion doit s’appliquer à toutes les créatures et il ne faut pas les mépriser ou les détruire, car la Sagesse Céleste [c’est-à-dire la sagesse divine qui porte toute chose à l’existence] s’étend à toute la création : au niveau “silencieux” ou minéral, aux plantes, aux animaux et aux êtres humains. C’est pourquoi nos sages nous ont mis en garde contre le traitement irrespectueux de la nourriture. Tout comme la Sagesse Céleste ne méprise rien, car tout en est issu – comme il est écrit : “Tu les as toutes formées avec sagesse” (Psaumes 104, 24) –, une personne doit manifester de la compassion pour toutes les œuvres du Saint, béni soit-Il. » (Tomer Devorah, chap. 2)

 

« Ne vous considérez pas supérieurs à qui que ce soit d’autre, dit le fondateur du ‘Hassidisme. En vérité, vous n’êtes pas différent de toutes les autres créatures, puisque toute chose a été créée pour servir D.ieu. Tout comme D.ieu vous accorde la conscience, Il accorde la conscience à vos semblables. De quelle manière un être humain est-il supérieur à un ver ? Un ver sert le Créateur au maximum de son intelligence et de sa capacité ; et l’homme est comparé à un ver, comme le dit le verset : « Je suis un ver et non un homme » (Psaumes 22, 7). Si D.ieu ne vous avait pas donné une intelligence humaine, vous seriez seulement capable de le servir comme un ver. En ce sens, vous êtes tous deux égaux aux yeux de D.ieu. L’homme doit considérer que lui-même, le ver et toutes les autres créatures sont des amis dans l’univers, car nous sommes tous des êtres créés dont les capacités nous sont attribuées par D.ieu. » (Tsavaat ha-Rivach 12)

Cette parenté de toute la création et cette mission commune de servir D.ieu, chaque créature selon sa manière, est souvent comparée à un chant cosmique. Comme nous le disons dans la prière du Chabbat : « L’âme de chaque être vivant bénira Ton nom… Tous les cœurs Te révéreront et toutes les entrailles chanteront à Ton Nom. » En effet, lorsque le Talmud décrit les mystères du Maasseh Merkavah (le « Fonctionnement du Chariot », c’est-à-dire l’expérience mystique), il associe cette sagesse prophétique au chant.  Si nous écoutons attentivement, ce chant peut encore être entendu. Le Rav Aryeh Levin (le « tsadik » de Jérusalem, 1885-1969), a raconté comment il marchait une fois dans les champs avec son mentor, le Rav Avraham Yits’hak Kook. Au cours de leur discussion sur des sujets de Torah, le Rav Levin cueillit une fleur. Le Rav Kook dit alors : « Toute ma vie, j’ai pris soin de ne jamais arracher un brin d’herbe ou une fleur inutilement, quand cette plante avait la capacité de pousser ou de fleurir. Tu connais l’enseignement de nos Sages selon lequel il n’est pas un seul brin d’herbe poussant ici sur Terre qui ne possède un ange au-dessus de lui qui lui commande de croître. Chaque germe, chaque feuille dit quelque chose de significatif, chaque pierre murmure quelque message dissimulé dans le silence. Chaque créature chante son cantique. » (Basé sur Simcha Raz, A Tzaddik in Our Time, pp. 108-109)

Source : David Sears et  canfeinesharim.org.

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