« Je suis heureuse de préciser que je suis chrétienne et que j’appartiens à une Eglise évangélique ».
C’est Katharine Hayoe qui s’exprimait ainsi il y a quelques mois, à la veille des élections américaines pour défendre son travail et ses réflexions. « Dans le passé, ils avaient déjà essayé de décrier les scientifiques comme des allumés libéraux et ainsi pousser les gens à écouter leurs discours politiques. »
Mais pourquoi Katharine est-elle en colère ?
L’affaire remonte au début de l’année et implique Newt Gingrich, homme politique influent et ancien représentant républicain de la Chambre. L’homme semblait jusque là assez ouvert
sur les questions climatiques, à l’opposé de bien des Républicains de son parti. On l’a vu discuter sur le sujet avec la démocrate Nancy Pelosi et a même écrit un livre sur l’obligation collective qui est la nôtre de prendre soin de la planète (Un contrat avec la Terre, 2007).
Mais depuis lors, l’homme est entré en lice des primaires républicaines. Une course à l’échalotte où il a montré une personnalité bien plus retors. Entre envolées prophétiques (annonçant la colonisation de Mars sous sa présidence) et coup bas en tout genre envers ses adversaires (dénonçant chez Mitt Romney le fait qu’il parle français !!). Il en est allé de même sur la question du réchauffement climatique qui a pris chez lui un sacré coup de froid.
Dans un nouvel ouvrage qui devait être publié après son élection (qui lui paraissait évidente), il proposait alors une vision qui met en avant une écologie bien plus favorable au business et à l’économie libérale dominante. Il appellait ainsi à l’émergence d’une génération « d’entrepreneurs environnementaux » qui laisse songeur.
Mais dans cet ouvrage, un chapitre était rédigé par notre chère Katharine Hayhoe, qui est aussi professeur de sciences atmostphériques de l’Université Texas Tech.
Or, Rush Limbaugh, un chroniqueur radio républicain particulièrement radical, a exprimé ouvertement son agacement quant à l’existence d’un tel chapitre évoquant « un réchauffement climatique d’origine humaine » au sein d’un ouvrage d’un candidat républicain. Ce qui est absolument incompatible selon lui. Il faut dire que ce jour là, chroniqueur à la gouaille souvent excessive avait comme invité de son émission Marc Morano, un membre très influent de l’équipe du sénateur républicain de l’Oklahoma, James Inhofe, lui même réputé comme étant le contestataire en chef du réchauffement climatique au sein du Sénat américain. Morano a visiblement une dent contre Hayhoe qu’il a durement harcelé de ses critiques, allant jusqu’à diffuser son adresse mail pour que d’autres puissent se joindre à lui. On ne compte plus les messages de haine que Hayhoe a récolté.
La réaction ne se fit pas attendre du côté de l’opportuniste Gingrich : le chapitre a été simplement et rapidement éliminé de l’ouvrage en préparation, sans que l’auteur en soit évidemment prévenue. Hayoe n’a pourtant pas à rougir de son analyse puisqu’elle est une climatologue reconnue et a été invitée comme membre expert pour la rédaction du 4e rapport sur le changement climatique produit par le GIEC.
Et plus intéressant encore, cette mère de famille d’origine canadienne est aussi chrétienne évangélique et femme de pasteur, avec qui elle avait cosigné en 2009 un livre intitulé « Un climat pour changer », basé sur des faits scientifiques destiné à alimenter les réflexions des croyants. Un ouvrage qui lui a permis d’intervenir à de nombreuses reprises au sein de communautés chrétiennes sur la question du changement climatique.
On comprend donc la réaction de Katharina devant ses opposants républicains pour qui science et foi chrétienne s’opposent frontalement sur bien des points (créationnisme, changement climatique etc…). Mais elle reste philosophe dans cette campagne électorale qui a effectivement traité de cette question importante du changement climatique de manière très caricature. « C’est juste un symptôme de plus qui montre à quel point les débats se sont polarisés jusqu’à devenir stériles », conclut-elle, philosophe.Source : D’après un article dans Mother Jones de Kate Sheppard
