Extrait d un entretien accorde ces jours ci au journal Le Parisien par Mgr Vingt Trois
« L’écologie doit d’abord être au service de l’homme »
L’ancien président de la Conférence des évêques de France s est aussi interroge sur la manière dont le principe de précaution, qui vaut pour les OGM, pourrait selon lui être appliqué à « l’être humain ».
DL
C’est très bien de le rappeler, mais le mouvement écologiste n’a de sens que dans cette voie, être au service de l’être humain. Notre planète ne doit pas être protégé pour elle même, mais pour que les générations futures puissent continuer à y vivre normalement. Monseigneur Vingt Trois fait allusion à juste titre aux manipulations génétiques faites sur l’homme. Nous devons en effet être prudent dans ce domaine.
Michel
@ Michel Chenebeau,
permettez moi d’exprimer un désaccord au sujet de votre formulation « Notre planète ne doit pas être protégée pour elle même, mais pour que les générations futures puissent continuer à y vivre normalement. »
La planète n’est pas un joli et verdoyant décor servant la destinée humaine qui seule aurait un sens et une dignité méritant protection dans l’ordre de la création.
Le penser serait tout simplement entrer en contradiction directe avec la tradition chrétienne qui reconnaît à l’ensemble des créatures une dignité propre, en ce que chacune reflète une parcelle étincelante de l’image du créateur; chacune bien entendu située à sa juste place.
Affirmer ceci ne contredit nullement le primat de l’homme au sein de la création! La divinisation de l’homme dans son plein achèvement en Christ n’est pas séparable de son rôle de «frère aîné» de la création, rassemblant autour de lui l’ensemble des créatures, promises elles aussi en l’homme à la divinisation en Christ.
Ce thème est au coeur du livre de Jean Bastaire, « Le chant des créatures; les chrétiens et l’univers d’Irénée à Claudel ».
Oui, il est de notre dignité et de notre grandeur humaine d’aimer et de respecter la planète pour elle même et dans le lien irréductible qui nous unit à elle jusqu’à la Parousie.
Je conclurai par cette citation de Paul Claudel : »C’est tout le travail d’Adam dans le Paradis terrestre que nous avons à reprendre d’une manière magistrale et méthodique. Oui, il faut venir au secours de cette création qui gémit et qui a besoin de nous. Il faut venir au secours de l’humanité d’abord, mais aussi il faut venir au secours de la forêt. Il faut venir au secours de la ronce qui demande à devenir une rose. Il faut que le Verbe Rédempteur se fasse entendre à tout ce que le Verbe Créateur a suscité et que rien ne soit étranger à sa révélation dans la gloire. »
« Notre planète ne doit pas être protégé pour elle même, mais pour que les générations futures puissent continuer à y vivre normalement. » En complément aux remarques de Serge Lellouche, j’ajoute que d’un point de vue très concret, technique et scientifique, il n’y a aucun sens à opposer une « protection de la planète pour elle-même » et « pour les générations futures » : l’un est strictement équivalent à l’autre. La « planète pour elle-même » est notre maison, notre grenier, notre source d’eau potable et bien d’autres choses encore – les fameux services rendus par les écosystèmes, dont l’ampleur est du même ordre que le PIB planétaire… Celui qui protège les écosystèmes oeuvre, automatiquement, mécaniquement, pour les générations futures (et présentes). Supposer que l’écologie fasse « passer la nature avant l’homme », c’est comme si on reprochait au charpentier venu s’assurer que les poutres ne s’effondrent pas sur les occupants de « faire passer le bois avant l’homme ». Mais si chacun connaît et comprend l’intérêt que le toit d’une maison ne s’effondre pas, le rôle vital d’écosystèmes fonctionnels pour notre survie est incroyablement méconnu.