CREATION – Quand l’observatoire fait sa mise au point

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hypernature2 chicorée sauvageIl y a une semaine donc, le colloque organisé par l’Observatoire Foi et Culture de la Conférence des évêques de France fut un bon moment, stimulant. Plusieurs articles de presse en rendent compte.

Clémence Houdaille, de La Croix évoque notamment l’interpellation de Thierry Jaccaud faite aux chrétiens.

Les chrétiens prennent-ils au sérieux les questions environnementales ? Ont-ils conscience de leur responsabilité quant au respect de la création ? Alors que le pape François devrait publier une encyclique « écologique », ces questions étaient au cœur du 5e  colloque de l’Observatoire Foi et Culture de la Conférence des évêques de France organisé samedi 29 novembre à Paris. « L’idée est moins de sauver la création que de sauver l’humanité », affirme Marianne Durano, coauteur de Nos limites, pour une écologie intégrale (1). La jeune agrégée de philosophie, par ailleurs membre du mouvement des « veilleurs », explique être arrivée aux questions écologiques en réfléchissant aux questions sociétales. À partir du constat que la consommation à outrance n’est pas bonne pour l’homme, elle a pris conscience que l’écologie était une réponse à une série de crises, non seulement environnementales, mais aussi sociales et économiques. À ces crises, les réponses sont peu nombreuses, et ne viennent pas des politiques, a reconnu l’ancien premier ministre Michel Rocard. Qualifiant les partis politiques de « cadavres ambulants », celui qui fut l’initiateur de l’Appel de La Haye, en 1989, préconisant des mesures urgentes contre le réchauffement climatique, suggère « que les Églises se mettent à parler plus fort ». « Ne devenez pas ”écolos” mais soyez chrétiens », lance pour sa part Thierry Jaccaud, rédacteur en chef de la revue L’Écologiste, rejoignant la position de Mgr Marc Stenger. « Respecter la nature n’est pas seulement pour ceux qui ont signé chez les Verts, c’est l’appel que Dieu nous adresse à tous ! La terre n’a pas été créée pour être détruite », rappelle l’évêque de Troyes, président du mouvement Pax Christi-France. « Dieu est tout sauf inconséquent », interpelle-t-il, invitant à prendre conscience du caractère non durable de notre modèle de développement. Cet appel a trouvé écho dans la présentation de plusieurs initiatives, tel le jeûne pour le climat, chaque premier vendredi du mois, auquel s’associe la Conférence des évêques de France.

« Les quatre derniers papes ont mis en place tous les éléments pour que la doctrine sociale de l’Église ne fasse pas l’impasse sur l’écologie », souligne le P. Dominique Lang, assomptionniste et accompagnateur du mouvement Pax Christi. En revanche, les évêques de France, dont trois se trouvaient dans l’assistance (Mgr Pascal Wintzer, archevêque de Poitiers, président de l’Observatoire Foi et Culture, Mgr Éric de Moulins-Beaufort, évêque auxiliaire de Paris, et Mgr Stenger) ont été à plusieurs reprises interpellés. Notamment par Thierry Jaccaud, leur suggérant de se montrer moins timorés, notamment sur la question du nucléaire. « Nous ne pouvons pas tout demander à nos évêques qui sont très peu à être formés scientifiquement », tempère le P. Lang, appelant les communautés à se saisir du sujet. « Le monde catholique aime bien les ”écolos” quand ils sont loin. Nous avons toujours peur de l’écologie politique à la française et de ses intégristes. Certes, ils existent, mais ne nous cachons pas derrière eux pour ne pas agir ! »

 

(1) Avec Gaultier Bès et Axel Norgaard Rokvam, Éd. Le Centurion.

 Et sur le site de La Vie…

« Ne devenez pas écologistes, soyez chrétiens ! »

Le colloque « Sauver la Création. Écologie enjeu spirituel », qui s’est tenu à Paris le samedi 29 novembre, était attendu à plus d’un titre par les chrétiens soucieux d’écologie. Il n’a pas déçu.

L’année 2015 verra la parution de l’encyclique papale sur l’écologie, de la venue du pape François en France et le sommet de Paris sur le climat (COP 21). Le colloque « Sauver la Création. Écologie enjeu spirituel », qui s’est tenu à Paris le samedi 29 novembre, était donc attendu à plus d’un titre par les chrétiens soucieux d’écologie. Il n’a pas déçu. La journée a rassemblé Mgr Pascal Wintzer, archevêque de Poitiers, et Mgr Marc Stenger, évêque de Troyes, l’ancien premier ministre Michel Rocard (ambassadeur environnemental pour les pôles), le rédacteur en chef de la revue L’Écologiste, Thierry Jaccaud, l’économiste Alain Grandjean, le philosophe Dominique Bourg, le botaniste Jean-Marie Pelt, l’économiste et théologienne Elena Lasida, ainsi que des chrétiens engagés en écologie. Que retenir de cette journée ?

Un discours épiscopal incisif

Tout d’abord, un ton incisif qui tranche avec certaines circonvolutions épiscopales prudentes en matière écologique. Ainsi Mgr Wintzer a-t-il rappelé dès l’introduction l’importance de la préoccupation écologique pour les chrétiens, qui découle de la première phrase du Credo et n’est donc pas optionnelle, tout en soulignant que l’engagement des chrétiens se devait d’être positif puisqu’il naît de l’émerveillement humain pour la création donnée par Dieu. Et à la fin de la journée, en conclusion du colloque, à Thierry Jaccaud qui demandait pourquoi l’Église n’était pas plus entendue, il a répondu en demandant qui intimait à l’Église de se taire, et en constatant que « ceux qui lui intiment de se taire sont ceux qui veulent consommer tranquillement » !

Capitalisme et dégradation de la planète : la radicalité d’un diagnostic sans concession

Ensuite, la radicalité d’un diagnostic sans concession tenu devant un auditoire acquis à la cause (évêques inclus !) : l’état de dégradation de la planète est causé par le système économique dominant ! La première surprise est venue de Michel Rocard, qui a affirmé que « le positivisme issu des Lumières rencontrait ses limites dans la crise écologique », que « les principaux coupables de la crise sont la cupidité et la voracité qui tend à vouloir accumuler toujours plus » et a exhorté les églises chrétiennes à parler plus fort . Le même Michel Rocard a eu cette parole forte – qu’on n’attendait pas forcément de lui – : « il y a contradiction entre la pression croissante du système économique et les exigences de la nature ». Mgr Stenger a enchaîné en interpellant l’auditoire : « la terre n’a pas été faite belle pour être détruite » ; « ne nous contentons pas de chanter les psaumes de la Création sans venir en aide à nos frères victimes du saccage environnemental, saccage dont on connaît les causes ». De même, Dominique Bourg a vitupéré contre l’emploi de l’expression « crise environnementale », inadéquat puisqu’une crise est une perturbation entre deux normalités et que la crise environnementale n’est pas un moment charnière. Morceaux choisis d’un propos très applaudi : « en continuant à employer le mot crise, on est certains de ne pas agir » ; « l’origine de nos problèmes est spirituelle » ; « le système capitaliste a réussi à nous convaincre que notre soif de dépassement de soi pouvait être réglée par la consommation ». Interrogé sur sa conversion à la décroissance, l’ancien héraut du développement durable a tout simplement répondu « le développement durable était une démarche d’anticipation ; maintenant que le seuil critique est dépassé, il n’a plus aucun sens ». Autant dire que son intervention prévue samedi 6 décembre aux assises de l’écologie humaine pourrait en bousculer plus d’un.

Des militants écologistes présents au rendez-vous

Autre élément notable, la présence de militants écologistes. Le rapprochement entre milieux écologistes et catholiques a été inauguré par le rappel d’une lettre de 2004 adressée à L’Écologiste par celui qui était alors le cardinal Ratzinger, incitant « à un approfondissement du dialogue entre la théologie catholique et les diverses pensées écologistes » et, « au sein de l’Eglise », « à une décisive prise de conscience de la responsabilité envers la Terre devant le Créateur. » Questionnant la pertinence du concept de développement et remettant en cause l’obsession de la croissance, Thierry Jaccaud, très applaudi, a exprimé le souhait que l’Église revienne à des propos moraux, voire normatifs, pour donner des grandes lignes de conduite envers l’environnement. Florence Denier-Pasquier, administratrice de France Nature Environnement, a revendiqué sa foi chrétienne et son attachement à la spiritualité franciscaine au sein de FNE et a demandé à la salle pourquoi les chrétiens ne mobilisaient pas tous les trésors de la spiritualité franciscaine. Un membre de la Ligue pour la protection des oiseaux (LPO) a témoigné des préjugés mutuels subsistant encore entre les associations écologistes et les catholiques pratiquants. Enfin, une question d’un militant EELV demandant comment mobiliser les chrétiens sur l’écologie et autant que sur les questions sociétales a été à l’origine d’une belle discussion à la fin du colloque entre Guillaume de Prémare, ancien président de LMPT, et lui.

Et maintenant, que faire?

Diverses réponses ont été apportées à la question « que faire ? ». Marianne Durano, co-auteur de Nos limites, a témoigné de la réalité des conversions aux problèmes écologiques par le biais des questions de société. Amélie Huard a présenté l’expérience du réseau « Chrétiens, changeons » à Clermont-Ferrand. Le père Dominique Lang, journaliste, a partagé différentes interpellations des églises chrétiennes reçues de milieux écologistes, s’est étonné de la timidité de l’évêque d’Albi après le drame de Sivens et a regretté que l’Église catholique n’ait pas été capable d’organiser un seul et unique colloque avec la Fédération protestante de France, qui tenait colloque le même jour sur le même thème ! Dom Jean-Pierre Longeat a témoigné de la rencontre entre écologie et vie monastique. Pour conclure, Jean-Marie Pelt a incité à « revoir les postulats et axiomes cartésiens » qui fondent l’approche de la nature la plus commune de nos jours. En sa qualité de biologiste, il a rappelé, exemples à l’appui, que la nature ne fonctionnait pas selon la loi de la jungle mais selon des principes de coopération, et qu’on pouvait en tirer des leçons pour l’engagement écologique.

 « Ne devenez pas écologistes, soyez chrétiens ! »

Après ce colloque, quelle est la priorité pour les catholiques ? La réponse se trouve peut-être dans cette interpellation de Mgr Stenger, qui soulignait que les enseignements des quatre derniers papes contenaient tout ce qu’il faut pour fonder un engagement écologique chrétien : « ne devenez pas écologistes, soyez chrétiens ! ». Les mobilisations chrétiennes en amont du sommet de Paris (COP 21) autour du mot d’ordre général « changeons le système, pas le climat », dont les premiers échos se sont fait entendre dans les coulisses du colloque, le prendront sans nul doute au mot.

Un commentaire Ajouter un commentaire

  1. CHENEBEAU dit :

    Bravo pour le commentaire. Les chrétiens par respect envers la création et par charité envers les plus pauvres devraient être aux premiers postes. Ce n’est semble t-il pas le cas, mais les évêques de France sous l’influence de Mgr Marc Srenger commencent à s’intéresser à cette question. Toutes les bonnes informations sont les bienvenues pour éveiller les consciences.
    Michel

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