Dans une intervention récente, pour le trentième anniversaire de la Fondation Centesimus annus Pro Pontifice, le pape François a rappelé, une fois encore, comment l’économie, l’attention au plus pauvre et le souci de l’environnement doivent s’articuler pour le bien de tous.
Extrait :
Dans l’exhortation apostolique Evangelii gaudium, j’ai voulu mettre en garde contre le danger de vivre l’économie de manière malsaine. «Cette économie tue» (n. 53), disais-je en 2013, dénonçant un modèle économique qui produit des déchets et qui favorise ce que l’on peut appeler «la mondialisation de l’indifférence». Beaucoup d’entre vous travaillent dans le domaine économique: vous savez combien il peut être bénéfique pour tous d’imaginer une réalité qui met la personne au centre, qui ne diminue pas le travailleur et qui cherche à créer du bien pour tous. L’encyclique Laudato si’ a mis en lumière les dommages dus au paradigme technocratique dominant et a proposé la logique de l’écologie intégrale, où «tout est connecté», «tout est en relation» et la question environnementale est inséparable de la question sociale, elles vont de pair. Le souci de l’environnement et l’attention portée aux pauvres se tiennent mutuellement ou tombent ensemble. Au fond, personne ne se sauve tout seul et la redécouverte de la fraternité et de l’amitié sociale est décisive pour ne pas tomber dans un individualisme qui fait perdre la joie de vivre. Et fait aussi perdre la vie. (…) Aujourd’hui, en vous parlant et en pensant au titre que vous avez choisi, j’aimerais ajouter quelque chose que j’ai lu chez un grand juriste italien, Paolo Grossi, qui a également été président de la Cour constitutionnelle et qui est décédé l’année dernière. Il a affirmé: «La communauté est toujours un sauvetage pour le faible et donne aussi une voix à ceux qui n’ont pas de voix» (Grammatiche del diritto, p. 38). Peut-être, pour que la communauté devienne vraiment un lieu où le faible et celui qui n’a pas de voix peuvent se sentir accueillis et écoutés, il faut de la part de tous cet exercice que nous pourrions appeler le «faire de la place». Chacun rétracte un peu son propre «moi» et cela permet à l’autre d’exister. Mais pour cela, il faut que le fondement de la communauté soit l’éthique du don et non celle de l’échange.Dans ce sens, nous pourrions citer un poète milanais, Giampiero Neri, lui aussi récemment disparu. Il affirmait: «On dit de certaines personnes que, lorsqu’elles entrent dans une pièce, elles l’occupent toute. Je devrais imaginer que, lorsqu’elles s’en vont, elles laissent un grand vide. Je suis plutôt porté à penser que celles qui laissent un grand vide sont les personnes humbles, silencieuses, qui n’occupent que l’espace nécessaire, qui se font aimer».
Source : Osservatore Romano
