La tempête et le feu

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Pour la fête de la Pentecôte, à Rome, le pape Benoît XVI a prononcé une homélie où il reprend un thème désormais assez courant dans ses interventions : à partir de l’expérience déroutante de la pollution du monde, il invite à prendre conscience des racines morales de cette pollution.

Dans cette homélie, il reprend deux aspects de l’intervention du Saint-Esprit pour développer sa pensée : le grand bruit (tempête) et les langues de feu qui se manifestent dans la pièce où étaient rassemblés les apôtres. Après avoir rappelé le rapport assez évident avec les récits de la théophanie au mont Sinaï, dans le Premier Testament, il poursuit une intéressante métaphore.

Dans le monde antique la tempête était vue comme le signe de la puissance divine, devant laquelle l’homme se sentait assujetti et craintif. Mais je voudrais souligner aussi un autre aspect : la tempête est décrite comme un « vent impétueux » et cela fait penser à l’air qui différencie notre planète des autres astres et nous permet d’y vivre. Ce que l’air est à la vie biologique, l’Esprit Saint l’est à la vie spirituelle ; et de même qu’il existe une pollution atmosphérique qui empoisonne l’environnement et les êtres vivants, de même il existe une pollution du cœur et de l’esprit qui mortifie et empoisonne l’existence spirituelle. Alors qu’il ne faut pas s’habituer aux poisons de l’air – et pour cela l’engagement écologique représente aujourd’hui une priorité -, on devrait agir de même pour ce qui corrompt l’esprit. Il semble au contraire que l’on s’habitue sans difficulté à tant de produits qui polluent l’esprit et le cœur et circulent dans notre société – par exemple les images qui font un spectacle du plaisir, de la violence ou du mépris de l’homme et de la femme -. C’est aussi cela la liberté, dit-on, sans reconnaître que tout cela pollue, intoxique l’esprit, surtout des nouvelles générations, et finit ensuite par conditionner la liberté elle-même. La métaphore du vent impétueux de Pentecôte fait penser au contraire à quel point il est précieux de respirer un air propre, un air physique, par les poumons, et par le cœur, un air spirituel, l’air salubre de l’esprit qui est l’amour !

Il faut noter ici plusieurs points :

– d’abord l’insistance désormais très clair dans les discours de Benoît XVI sur la priorité d’action autour de « l’engagement écologique » ! Une belle expression pour appeler les chrétiens particulièrement à ne plus tergiverser sur ce sujet.

– Avec une autre insistance singulière : cet engagement s’enracine d’abord dans un rapport spécifique au monde. Les souffrances de la terre (pollution atmosphérique, empoisonnement du vivant et de l’environnement) manifestent une souffrance intérieure, moins visible, mais tout aussi présente : une corruption des sources spirituelles. Et de dénoncer cette « intoxication » des esprits qui, sous couvert de liberté, fausse notre regard et notre respect les uns pour les autres.

– Respirer avec les poumons et le coeur : voilà l’invitation de Benoît XVI. Il poursuit autour de la seconde image.

L’autre image de l’Esprit Saint que nous trouvons dans les Actes des Apôtres est le feu. J’ai mentionné au début l’opposition entre Jésus et la figure mythologique de Prométhée, qui rappelle un aspect caractéristique de l’homme moderne. S’étant emparé des énergies du cosmos – le feu – l’être humain semble aujourd’hui s’affirmer comme un dieu et vouloir transformer le monde en excluant, en mettant de côté, ou même en refusant le Créateur de l’univers. L’homme ne veut plus être image de Dieu, mais de soi-même ; il se déclare autonome, libre et adulte. Il est évident qu’une telle attitude révèle un rapport non authentique avec Dieu, conséquence d’une fausse image qu’il s’est faite de Lui, comme l’enfant prodigue de la parabole évangélique qui croit se réaliser lui-même en s’éloignant de la maison de son père. Entre les mains d’un tel homme, le « feu » et ses énormes potentialités deviennent dangereux : ils peuvent se retourner contre la vie et contre l’humanité elle-même, comme hélas l’histoire le démontre. Les tragédies de Hiroshima et Nagasaki, dans lesquelles l’énergie atomique, utilisée à des fins belliqueuses, a fini par semer la mort dans des proportions inouïes, sont une mise en garde constante. En vérité, on pourrait trouver de nombreux exemples, moins graves et pourtant tout aussi symptomatiques dans la réalité de chaque jour. L’Ecriture Sainte nous révèle que l’énergie capable de mettre le monde en mouvement n’est pas une force anonyme et aveugle, mais l’action de « l’Esprit de Dieu qui planait sur les eaux » (Gn 1, 2) au début de la création.

La reprise du mythe prométhéen permet à Benoît XVI de souligner le danger de ce que la modernité amène quand elle perd ses racines avec l’idée d’une Création qui la dépasse. Cette référence philosophique trouve un écho théologique intéressant dans la parabole du fils prodigue. Il ne s’agit plus dans la perspective biblique d’un simple sursaut d’orgueil face aux dieux à qui l’on vole le secret d’un pouvoir. Il s’agit ici d’une mauvaise compréhension de l’origine même de la vie. Cette « fausse image de Dieu » qui fait de l’éloignement des racines intérieures un acte de bravoure… qui mène au désespoir.

Benoît XVI souligne combien une telle humanité, grisée par sa bravoure, ne peut pas respecter le « feu » qui lui est confié : cela se voit dans les faits majeurs du XXè siècle que sont les explosions nucléaires au Japon mais aussi dans l’ordinaire de nos vies sociales.

Filant encore la métaphore, le pape propose de reconnaître que la vraie énergie durable et renouvelable pour les chrétiens (et l’humanité entière) est ce « souffle créateur » qui tient le monde dans un projet de vie et non dans un non-sens aveugle.

Ce double développement du pape montre, une fois encore, sa lecture des évènements de la crise écologique qui devient de plus en plus, pour lui, l’expression d’une crise anthropologique profonde.

DL

Source : Homélie de Benoit XVI pour la Pentecôté, 31 mai 2009 , Libreria Editrice del Vaticano, trad. Zénith


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