Lourdes, c’est loin de Copenhague ?

Les évêques se réunissent en ce moment à Lourdes pour leur session d’automne. Le discours d’ouverture de Mgr Vingt-Trois propose une relecture de l’année passée et quelques pistes pour le travail de la session. Il analyse notamment la dernière encyclique de Benoît XVI, à la lumière des crises en cours. Extraits :

La récente encyclique du Pape Benoît XVI ne fournit évidemment pas les solutions pratiques à appliquer, mais elle trace les contours des grands équilibres à respecter pour un développement humain intégral. Elle nous aide à rappeler que les enjeux de la crise vécue et la mise en œuvre d’un vrai développement dépassent de beaucoup le sauvetage d’un équilibre, – ou d’un déséquilibre – qu’il soit financier ou écologique, et nous invite à poser la question d’une solidarité nationale et universelle qui remet en cause l’ensemble du fonctionnement réel des échanges et des pratiques et pas seulement quelques incivismes locaux vis-à-vis de la nature et quelques dysfonctionnements de la virtualité financière. Nous l’avons déjà dit ici à plusieurs reprises, c’est notre modèle de vie qui est à revoir. Et cette révision sera forcément onéreuse pour tous. (…)

Devant de telles inquiétudes, la désignation de quelques boucs-émissaires scandaleusement surpayés peut évidemment se comprendre, mais cela ne suffira pas à rétablir un certain équilibre, ni même à réduire des écarts sans cesse accrus. C’est à une véritable réforme de notre pratique sociale que nous sommes appelés. Les membres de notre Église sont nombreux à se dévouer généreusement dans nos communautés et dans les associations qui se portent au secours des détresses les plus criantes. Nous les encourageons dans leur engagement et nous appelons tous les catholiques à soutenir leur action. Au-delà de ce magnifique effort de générosité, dont nous sommes les témoins, nous appelons aussi les chrétiens à exercer pleinement leurs responsabilités de citoyens dans tous les domaines de la vie économique et politique pour contribuer à construire une société plus juste.

On retrouve dans cette intervention :

– l’analyse traditionnelle des crises sociales contemporaines qui depuis Jean Paul II (notamment) sont perçues sous leur angle de « crise morale », entretenues par un rapport faussé à ce qui fait le coeur de l’expérience humaine.

– une invitation généreuse à la « réforme de nos pratiques sociales », à partir notamment de la mesure des plus pauvres et des plus faibles du système.

Reste cette impression étrange qu’une fois de plus, une telle analyse, certes pertinente, peut cependant laisser désemparés ceux qui aimeraient avoir quelques pistes concrètes, quelques gestes prophétiques, quelques appels audacieux, pour cette « réforme » appelée pourtant de ses voeux par le président de la Conférence des évêques. Dommage, une fois encore, que les grands rendez-vous nationaux et internationaux sur les questions écologiques ne semble pas préoccuper cette instance. Seule la crise du monde agricole ramène au souci de la « terre » (de ses occupants), mais sans proposer des clés nouvelles pour la décrypter, autre que la faillite morale. L’écologie reste décidemment un mot étranger à l’éthique catholique française, pour l’heure. Attendons d’entendre le texte que devrait prononcer Mgr Barbarin justement sur ce sujet pour pouvoir corriger cette impression désagréable.

DL

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