Chou blanc pour l’écologie à Lourdes

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Au terme de l’assemblée plénière de la conférence des évêques qui s’est achevée le 9 novembre, Mgr Stenger a présenté au cours d’une conférence de presse l’état des lieux du groupe de travail sur les questions de l’écologie. Durant deux ans, ce groupe a sensibilisé les évêques de France aux enjeux de la crise écologique en cours. Un texte devait être publié dans la foulée, mais un « toilettage » est encore nécessaire pour affiner certaines propositions. Car l’intérêt du texte, outre qu’il est l’expression de la conférence des évêques et pas simplement de la commission sociale comme en 2000, est de proposer une mise en œuvre de mesures pour les communautés chrétiennes. Mgr Stenger a eu du mal à en dire plus, préférant renvoyer au texte qui pourrait être publié en janvier 2012 ou plus tard. Avec l’ambition d’une large diffusion,  à défaut d’être foncièrement révolutionnaire.

Finalement, on en a presque plus appris dans l’allocution finale de l’assemblée donnée par Mgr André Vingt-Trois. Dans ce texte qui redonne l’essentiel des conclusions des discussions de la session, l’archevêque de Paris consacre un intéressant paragraphe aux débats écologiques de l’assemblée. Un texte à décrypter, en attendant d’avoir autre chose à se mettre sous les dents. En voici l’essentiel. Après avoir abordé les thèmes de la famille, du dimanche, d’internet et de la vie religieuse, on arrive péniblement aux questions écologiques.

(…) En appelant à un renouveau du dimanche, nous contribuons à libérer l’homme de l’idolâtrie de la consommation, nous l’invitons à renforcer les liens familiaux et sociaux, nous travaillons à la défense et à la promotion d’un rythme commun dans la société. Sur ces objectifs, nous nous retrouvons avec beaucoup de gens qui ne partagent pas notre foi. Pour notre part, en célébrant le Créateur, nous avons conscience de rappeler à tous le sens de la modération et de la responsabilité vis-à-vis de la création dont nous sommes gérants et non pas possesseurs.

L’Écologie et l’environnement est un thème sur lequel nous travaillons depuis deux ans. Au cours de cette assemblée nous avons approfondi notre réflexion sur la responsabilité de l’homme à l’égard du monde dont il a reçu la gérance. Contrairement à certaines visions catastrophistes qui dépeignent l’homme comme le principal ennemi de la nature, nous vivons dans la confiance. Nous savons que les comportements humains peuvent compromettre ou même détruire des équilibres fragiles de l’univers. Mais nous croyons aussi que l’humanité est dotée des moyens de surmonter de grandes difficultés. Elle l’a montré dans le passé. Elle peut encore le faire dans l’avenir. Cela dépend de notre capacité à maîtriser l’usage que nous faisons des biens dont nous disposons. Cela dépend aussi de notre capacité à ouvrir notre réflexion au-delà de nos débats hexagonaux.

Commentaire : cette affirmation est ancienne et on peut en trouver par exemple les prémices dans les documents conciliaires du Concile Vatican II. L’idée d’une responsabilité humaine capable du pire et du meilleur est traditionnelle. Mais devant l’ampleur des questions, on s’attendait à ce que le ton ne reste pas simplement incantatoire. Notre « capacité à maîtriser l’usage des biens » passe aussi par un chemin dont on pourrait habilement nommer des étapes…

Ne laissons pas croire que le souci de l’environnement serait un esthétisme de luxe pour pays développés. Faisons de notre recherche d’un développement durable un vecteur de notre volonté de partager les biens de la terre entre tous les hommes. La responsabilité à l’égard de l’environnement est aujourd’hui indissociable de la crise dans sa dimension universelle.

Commentaire : Intéressant de remarquer que le document assume la notion de « développement durable » mais sans l’avoir vraiment interrogé. Visiblement, il est assumé essentiellement dans sa dimension économique et solidaire. Pour la dimension proprement écologique… pas un mot… La suite est plus intéressante encore…

L’accident nucléaire consécutif au raz-de-marée japonais a donné une acuité particulière au débat sur les centrales nucléaires dans nos pays avec des enjeux économiques et politiques dont nous avons bien conscience. Nous souhaitons que la réflexion sur les choix à venir dépasse chez nous le niveau de la surenchère électorale. Il n’est pas certain que les informations nécessaires soient totalement fournies, si elles ont été sérieusement établies et vérifiées.

Commentaire : il est intéressant que les évènements de Fukushima apparaissent ici mais dans une version somme toute bien édulcorée. Où est la prise en compte de l’ampleur de cet « accident » pour les populations locales ? Il semble que du côté des informations souhaitées, les évêques pourraient encore progresser un peu…

Quelles seraient les énergies alternatives ? Seraient-elles réellement moins polluantes ? Pour combien de temps et à quel prix ? Qu’en est-il dans les pays émergents à très fortes populations et dont le développement économique suppose une forte consommation d’énergie ? Autant de questions sur lesquelles il serait intéressant d’avoir des réponses. En tout cas, la raréfaction des sources d’énergie non-renouvelable nous acculera à des choix de consommation. Lesquels ? Nul n’ignore que, derrière l’angoisse nucléaire, rôde la question des armes atomiques, de leur dispersion et de leur dangerosité. Où en sommes-nous de la régulation internationale dans ce domaine?

Commentaire : on s’attendait à des interrogations de fond sur l’éthique d’une énergie aussi puissante que le nucléaire civil, tel qu’elle se révèle aussi à Fukushima… En fait, le texte va plutôt interroger les énergies renouvelables pour supposer implicitement que de toute manière elles ne feront jamais le poids. Quant aux choix de consommation, le texte n’ose même pas proposer le chemin d’une réduction volontaire, au titre de la solidarité même des peuples de cette terre. Quant à la régulation internationale dans le domaine du nucléaire militaire, la question en suspens en dit long sur l’importance apportée à la question.

Si l’écologie est une œuvre spécifiquement humaine qui ressortit à la responsabilité singulière de l’homme dans l’univers, elle doit être aussi une œuvre au service de l’homme.

Commentaire : Je ne crois pas bien comprendre cette affirmation. « L’écologie, comme oeuvre spécifiquement humaine… » L’écologie est d’abord une science expérimentale et une manière de considérer la réalité des écosystèmes vivants. La considérer d’emblée sous l’angle de « l’oeuvre » manifeste le signe de cette incompréhension profonde qui ne risque pas de se lever ainsi entre des militants d’une conception philosophique renouvelée de nos relations au monde, autour de ce que l’écologie scientifique donne à voir, et cette approche très « technique » d’une écologie considérée comme un chantier parmi d’autres.

Elle est un des éléments du développement intégral de l’homme comme le Saint- Père l’a rappelé à plusieurs reprises. L’écologie au service de l’homme n’est pas un vague naturalisme, c’est un engagement pour défendre la qualité de la vie des hommes.  La qualité de la vie de tous les hommes, la qualité de vie de tout l’homme dans toutes les dimensions de son existence, non seulement physique, mais aussi psychique, morale et spirituelle. C’est dans cette ampleur que se déploie l’implication des chrétiens dans la défense de la vie.

Commentaire : Ce dernier paragraphe préparant le suivant où il est question de la défense traditionnelle de la vie humaine, l’écologie est ici vidée de toute ses dimensions non-humaines. Le « vague naturalisme » dont le texte fait écho en dit long sur l’a priori pas forcément très positif sur ce que l’écologie scientifique de terrain a à apprendre aux chrétiens aujourd’hui. Certes la mesure de l’humain reste la bonne mesure. Mais si elle ne se confronte pas à l’altérité du reste du vivant comme un trésor offert par le Créateur à l’humanité pour grandir humblement dans sa responsabilité de co-créateur, que reste t-il d’une théologie de la Création qui englobe l’humain dans son cosmos considéré non pas comme un décors mais aussi comme une réalité sauvée par le Christ ?

3 commentaires Ajouter un commentaire

  1. Emmanuel Derkenne dit :

    Sans doute que les évêques (à part deux d’entre eux !) n’ont pas fait le choix de participer aux Assises Chrétiennes de l’Ecologie de St Etienne !!!
    Emmanuel Derkenne

  2. dlang dit :

    En effet, à ma connaissance, seuls Mgr Stenger, évêque de Troyes et Mgr Lebrun, évêque de Saint Etienne étaient présents. A leur décharge, on peut comprendre aussi qu’après une semaine d’absence à Lourdes, ils n’aient pas eu un autre WE de disponible de suite…

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