A quelques milliers de km de Lourdes où les évêques de France étaient rassemblés, ceux du Japon ont tenu eux aussi leur assemblée plénière le 10 novembre dernier. Ils ont lancé un appel bien plus net concernant les questions écologiques que leurs collègues français qui visiblement ne se sont pas beaucoup demandé ce qu’ils auraient fait eux mêmes s’ils devaient gérer un diocèse japonais aujourd’hui, menacé par les retombées radioactives.
Ils ont appelé ainsi leur gouvernement à fermer sans délai les centrales nucléaires du pays au sein d’un document explicite intitulé : « Mettre fin à l’énergie nucléaire aujourd’hui : de la nécessité de prendre en compte la catastrophe provoquée par le tragique incident de [la centrale] de Fukushima Daiichi ». Ce document a été présenté près de la cathédrale Motoderakoji de Sendai, le diocèse le plus touché par la catastrophe de Fukushima.
Le geste des évêques se veut définitif sur cette question (comme quoi, c’est possible…). Les cinq évêques présents à la conférence de presse rappelaient d’ailleurs un texte antérieur donné 10 ans plus tôt qui demandait déjà : « De manière à éviter une tragédie, nous devons développer des moyens alternatifs sûrs de produire de l’énergie. » Une tragédie devenue malheureusement réalité.
Les évêques soulignent que le pays actuellement arrive à vivre malgré une consommation électrique fortement réduite du fait de la forte réduction de production d’électricité d’origine nucléaire. Une réalité que le gouvernement d’ailleurs prend de plus en plus compte pour en faire un vrai choix de société. Les évêques savent qu’en l’état actuel des choses, un tel choix s’accompagnera sans doute de conséquences négatives en terme de production de CO2. Mais rappelant que la culture japonaise est basée sur une conception ancienne de l’harmonie et de la tempérance, les évêques demandent un changement radical du style de vie : « Le point essentiel est d’adapter nos comportements, qui sont excessivement dépendants de l’énergie nucléaire. C’est tout le Japon et les Japonais qui doivent repenser leur manière d’être. » Voilà qui a le mérite de la clarté. Mgr Kikuchi Isao, évêque de Niigata, précise : « Certains pensent que changer la vie d’un pays dans son ensemble est impossible et que l’on ne peut donc pas arrêter les centrales. Nous avons discuté de cela entre nous, évêques. Peut-être recevrons-nous des critiques mais la réalité est que le bien le plus grand est la protection de la vie et la sauvegarde de la Création. Nous avons le devoir de le dire ». Dans un entretien accordé à l’agence Fides (1), il a conclu en ces termes : « Nous demandons au gouvernement d’investir davantage dans les nouvelles sources d’énergie comme l’énergie solaire. Notre document ne se veut pas politique mais plutôt de nature religieuse et sociale ; nous comptons sur le soutien des croyants de toutes les religions. »
L’agence Eglise d’Asie qui rapporte cette information rappelle que l’engagement de l’Eglise catholique du Japon en faveur de l’arrêt des centrales nucléaires est bien antérieur à l’accident de la centrale de Fukushima, consécutif au tremblement de terre et au tsunami du 11 mars dernier. Outre le document de 2001, en octobre 1999, la Commission ‘Justice et Paix’ de l’épiscopat se prononçait déjà pour un abandon de l’énergie nucléaire et pour le développement de sources d’énergie alternatives. A l’époque, l’appel de l’Eglise n’avait pas été entendu et le programme nucléaire poursuivi. Aujourd’hui, face à l’impopularité de l’énergie nucléaire dans l’opinion japonaise, l’appel des évêques pourrait amener des responsables d’autres religions à se prononcer eux-aussi en ce sens.
Il n’est pas sûr pour autant que les responsables politiques suivent. Certains dénoncent les « réactions hystériques » post-Fukushima et d’autres veulent préserver la filière industrielle nucléaire japonaise, notamment à l’exportation, tout en temporisant par ailleurs sur la scène domestique, affirmant vouloir revoir « fondamentalement la politique énergétique à long terme ». On voit que du côté des politiques au moins, le discours est semblable en France et au Japon.