L’anniversaire est passé inaperçu de tous. Il y a 7 ans tombait sous les balles Soeur Dorothy Stang, qui militait au Brésil contre les excès des grands propriétaires terriens et leurs pratiques destructrices de l’environnement en Amazonie. La religieuse de la congrégation des Soeurs de Notre-Dame de Namur a été elle aussi victime des « pistoleiros », ces tueurs à gages de l’Etat du Para qui mettent fin à toute velleité de contestation.
« Sept ans après sa disparition tragique, le souvenir est intact dans les communautés de la région. Le travail qu’elle a accompli est toujours très visible et n’a cessé de croître, explique le Père José Amaro dans un article du site suisse cath.ch.
Malgré les difficultés, les conditions de vie des petits paysans se sont améliorées pourtant depuis 7 ans. La plupart ont ainsi pu construire leurs maisons et vivent de leurs productions de cacao, dans les Projets de Développement Durables (PDS) Esperança et Virola. « Sa mort, contrairement à ce qu’espéraient ses assassins, nous a réunis encore davantage », confient une habitante. Même du côté de la justice, des efforts sont notables. Ainsi, l’un des principaux commanditaires de l’assassinat,Regivaldo Pereira Galvao, reste condamné à 30 ans de prison et sa récente demande de mise à liberté à été refusée.
Mais globalement, les pratiques activement soutenues par l’Etat brésilien de l’agrobusiness continuent d’engendrer violences, corruption et destruction de l’environnement. José Batista Gonçalvez Afonso, avocat de la Commission Pastorale de la terre (CPT) et membre de la Commission des Droits de l’Homme au sein de l’Ordre des avocats au Brésil dénonce cette recrudescence de la violence, comme l’a montré l’assassinat en mai dernier d’un couple de militants écologistes, Ribeiro da Silva, 52 ans, et son épouse Maria do Espirito Santo da Silva, 51 ans, dont le tort a été de dénoncer, eux aussi, la déforestation sauvage dans la région.
Le relevé fait chaque année par la CPT sur le thème des conflits agraires démontre que les indices les plus importants de violation des Droits de l’Homme sont concentrés dans une région formée par les Etats du Para, du Tocantins, du Maranhao, du Mato Grosso et du Rondônia. C’est sur cet « arc amazonien » que progresse en effet le plus fortement l’agrobusiness. Et c’est aussi là que sont enregistrés les plus forts taux de conflits agraires et de violation des Droits de l’Homme, dans le monde rural au Brésil. C’est également sur cet arc que les investissements des grandes entreprises privées multinationales en Amazonie sont les plus importants. Mais cela ne pourrait pas être ainsi sans l’existence de politiques incitatives de la part du gouvernement. C’est donc bien en partie grâce à la politique de développement, – notamment la Politique d’Accélération de la Croissance (PAC) – menée par le gouvernement, que la situation est devenue si tendue.
Et le nouveau Code Forestier, un texte adopté le 24 novembre dernier par le Sénat et qui prévoit, notamment, de restreindre considérablement les zones actuelles de protection de la forêt, ne fait que confirmer ces politiques destructrices. Résultat, quelque 75 millions d’hectares pourraient disparaître. Sans compter l’amnistie des atteintes portées à l’environnement depuis juillet 2008.
La Commission pastorale de la terre (CPT) a donc encore bien du travail. D’autant que son président, Mgr Ladislau Biernaski, évêque de Sao José dos Pinhais dans l’Etat du Parana, vient de s’éteindre le 13 février dernier.
Ce Lazariste, qui a étudié à Paris, a été responsable de nombreuses pastorales sociales, comme la Pastorale ouvrière, la Pastorale carcérale, la Pastorale des mineurs et, finalement la Commission Pastorale de la Terre (CPT), dont il a assuré la vice-présidence entre 1997 et 2003, avant d’en prendre la responsabilité. Il n’a jamais cessé de militer pour la réforme agraire et avait rappelé, lors de la présentation du rapport annuel de la CPT « Conflits dans le monde rural au Brésil 2010 », que c’était la seule solution pour s’attaquer à la racine des conflits liés à la terre et à l’absence de paix dans le monde rural. Son langage direct a trouvé dans la critique du Code Forestier en préparation un terrain de choix. Pour lui, Aldo Rebelo – le rapporteur de la loi – avait perdu « une grande opportunité d’aider le pays à sortir de la dévastation » et d’en finir avec l’impunité des propriétaires terriens illégaux, et d’aider les petits agriculteurs.
Source : cath.ch
DL
