Une pierre qui vire au vert

On avait entendu parler des efforts des moines du beau monastère de la Pierre-qui-Vire, dans les forêts du Morvan, pour concilier vie de prière, de travail et souci environnemental. Un article de Danièle Boon en 2010 en rend joliment compte. En voici quelques extraits.

Les moines ont su prendre le chemin écologique dès les années 1960. Rien de prémédité, pas de plan de développement particulier mais du bons sens qui, aujourd’hui, fait figure d’avant-garde comme la construction d’une centrale hydro-électrique qui fournit non seulement toute l’électricité du monastère mais aussi des revenus. Le surplus, vendu à EDF, entre pour une part non négligeable dans les revenus du monastère.A l’heure où nous prenons la mesure de notre dépendance, nous réalisons que la liberté passe par l’autonomie. C’était le choix du P. Athanase et du P. Germain qui ont bâti cette centrale. La configuration du terrain s’y prêtait.

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  Le Trinquelin, la petite rivière, a été détournée dans un canal d’amenée de 1,2 km creusé par les moines, tout en prenant bien garde d’assurer le débit minimal du cours d’eau indispensable à la survie des poissons, notamment des truites fario. Mais ce qui est génial, c’est qu’il y en amont un lac de retenue d’où l’eau peut être lâchée seulement lorsqu’on en a besoin. En effet, l’électricité ne se stocke pas. Donc autant en produire seulement aux heures de pointes. En plus, c’est le meilleur tarif! Après une chute de 31 mètres, l’eau arrive dans la centrale où subsistent trois turbines d’époque, de bien belles machines!
Côté technologique, les moines viennent encore de faire un choix écologique, de bon sens plutôt, selon eux. Comme il fallait refaire le bâtiment de l’hôtellerie afin de le mettre au norme (portes pare-feu, accès aux handicapés, etc…) et que la chaudière au fuel était fatiguée, ils ont opté pour une chaudière bois. Pour chauffer l’imposant ensemble des bâtiments, cela ressemble presque à une usine!

(…)  Dans les années soixante, la ferme était entièrement gérée par les moines. Ils étaient alors encore plus de cent. Mais aujourd’hui, ils ne sont plus que soixante-dix et nombre de frères sont désormais âgés. Ils ont donc pris la décision de s’associer avec un fermier. Philippe Abrahamse fait partie de ces paysans merveilleux qui ont su faire le choix de l’exigence peut-être tout simplement parce qu’ils aiment leur métier et qu’ils en sont fiers.La ferme est entièrement consacrée à l’élevage d’une soixantaine de vaches et d’une cinquantaine de chèvres et à la fabrication des fromages. Six personnes y travaillent à temps plein. Là encore, la Pierre qui Vire s’est montré pionnière. C’est la première ferme du département à être passé en bio dans les années soixante. De fait, le monastère soucieux d’être à la pointe, travaillait en collaboration avec l’Inra. Le troupeau était malade. Les chercheurs conseillaient de décimer le troupeau et de tout redémarrer avec une autre espèce. Le P. Athanase n’avait pas envie d’adhérer à une telle pratique. Il fit venir un vétérinaire dont il avait entendu parler et qui pratiquait l’homéopathie. Il guérit les vaches. Le père Abbé refusa donc que les chercheurs continuent à faire leur expérience aux dépens du monastère et décida de passer en bio. Dans les années 1960, rejeter sans ambages les conseils du tout puissant organisme, qui semblait alors détenir la vérité en matière d’agriculture, était tout simplement révolutionnaire.Philippe Abrahamse nous a longuement expliqué tout, notamment le choix de cette race brune, une montagnarde solide qui donne sans doute moins de lait, 5000 litres par an contre 7 à 8000, pour la prim’holstein, la vache blanche à tache noire qui est en train d’envahir le monde. De fait, le lait est autrement riche et surtout l’animal est autrement plus robuste ce qui permet au paysan de la garder plus longtemps. Le taux de renouvellement du troupeau étant plus bas, c’est une forme d’économie qui compense en partie une production moindre.Visiter la ferme de la Pierre qui Vire, c’est voir que l’on peut faire de l’élevage bio tout en profitant de technologies  pointues. Ainsi par exemple, les vaches portent des colliers émetteurs qui ouvrent l’accès à la nourriture, ce qui permet de gérer leur alimentation. Et Philippe Abrahamse est en train d’étudier un projet pour utiliser le fameux méthane pour produire l’énergie nécessaire à la fromagerie. Là encore, il s’agit d’un choix d’autonomie!

Un commentaire Ajouter un commentaire

  1. ghewy dit :

    C’est vrai qu’il y a beaucoup de projets ENR dans des bâtiments religieux (biogaz de l’abbaye de tamié, bois des moniales dominicaines de Taulignan…) mais ces projets sont souvent autonomes, solitaires, alors qu’ils pourraient parfois entrainer leur environnement. On a la meme difficulté avec les communes qui mettent une chaufferie bois sur la mairie et la salle des fetes mais ne raccordent pas les voisins.

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