L’évènement est assez rare pour le signaler. Il y a quelques jours, l’archevêque de Winnipeg (Canada), Mgr James Weisgerber, a été symboliquement adopté par les aînés de la tribu des Ojibway. Le geste pourrait être anecdotique, s’il n’y avait le terrible passif entre l’Eglise du Canada et les populations autochtones. En effet, avec d’autres, l’Eglise catholique a participé à l’opération qui a débuté au début du XIXe siècle consistant à séparer 150 000 enfants des tribus indiennes et inuites pour les intégrer dans la société canadienne, à travers l’éducation donnée au sein de 130 écoles réparties à travers le pays. Alors que la dernière de ces écoles a fermé ses portes en 1996, de nombreux adultes issus de ces écoles ont aussi fait part de violences physiques et morales, voire d’abus sexuels. Le gouvernement fédéral qui avait mis en place ce programme a trouvé un accord financier important pour dédommager les « survivants ». Une commission pour la vérité et la réconciliation travaille depuis plusieurs pour rassembler les histoires de ces hommes et de ces femmes qui ont subi ces injustices.L’archevêque, qui a notamment emmené des « survivants » à Rome pour rencontrer Benoît XVI, a reconnu que ce geste extraordinaire qui lui a été proposé ici est une étape importante pour travailler à la réconciliation des canadiens. « Je pense que nous avons encore un long chemin à faire, mais la route vaut la peine d’être prise », a t-il expliqué. » De la même manière que ce problème a duré longtemps, il nous faudra aussi du temps pour en guérir et il faudra persévérer. Par tant de manières, notre présence a violenté les peuples autochtones – leurs cultures, leurs langages, leurs communautés – et ce sont eux qui nous invitent à la réconciliation ! C’est un geste d’une importance symbolique colossale. »Phil Fontaine, ancien chef de l’assemblée des Nations premières, a participé à la célébration d’adoption. « L’évêque a accepté notre invitation à devenir un membre de notre famille, de notre communauté pour être, de fait, un vrai frère dans le sens large au sein de notre famille élargie. »
