Climatoscepticisme cardinalice en Australie

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Le cardinal Pell est une figure de l’Eglise catholique australienne. C’est lui notamment qui a organisé les JMJ qui ont lieu à Sydney, dans son diocèse, il y a quelque années. Ne craignant pas de jouer la carte du politiquement incorrect, il s’est fait remarqué récemment encore par un entretien très médiatisé avec le scientifique et athée militant Richard Dawkins, dans lequel il rappelle à son adversaire que Darwin n’a jamais renoncé à son héritage chrétien.  Un débat où il s’est fait aussi remarquer un peu plus tard en tendant des propos plutôt maladroits sur l’histoire du peuple hébreux et l’histoire de la Seconde guerre mondiale. On voit que le franc-parler médiatique sur des sujets peu maîtrisé touche rapidement ses limites, même chez un prélat catholique.

On peut en dire autant des propos sur le climat qu’il a tenu au mois de novembre 2011 au cours d’un congrès international à Londres, le Global Warming Policy Annual Forum à la cathédrale de Wesminster,  au moment où s’ouvrait le conférence de l’ONU à Durban sur le réchauffement climatique. Son raisonnement est celui, typique, des climatosceptiques, dont il connaît bien visiblement la littérature, considérant que l’unanimité actuelle sur cette question est forcément louche et cache une idéologie rampante à laquelle il s’agit de résister au nom des valeurs chrétiennes (notamment de la bioéthique).

A noter qu’une fois encore, comme pour beaucoup de prélats catholiques, les seuls intermédiaires de l’écologie militante sont ceux de la Deep ecology, aux théories souvent radicales, voire parfois antihumanistes. Il est clair qu’à partir de là, le dialogue bienveillant est difficile… mais est-ce bien honnête de réduire un domaine aussi complexe à une seule posture forcément opposée à la mienne ?

Extraits de son discours :

On peut se demander si mon scepticisme sur la question du changement climatique est un nouvel exemple de l’ignorance et de l’intransigeance religieuses s’opposant au progrès de la science. Après tout, c’est ce qui est allégué dans les affrontements entre Galilée et la papauté dans le début du XVIIe siècle, lorsque le parti de l’Eglise, sur le témoignage de l’Écriture, insistait pour que le soleil tourne autour de la terre, ou dans le débat presque aussi célébre entre l’évêque (Soapy Sam) Wilberforce et TH Huxley en 1860 à Oxford sur le thème de l’évolution darwinienne, où l’affirmation que l’homme est fait à l’image de Dieu était considérée comme contredisant l’évolution. En fait, mon intention, en prenant la parole est d’éviter de répéter de telles erreurs historiques et d’équilibrer un peu les propositions ecclésiales en cours. J’ai commencé à m’intéresser à la question dans les années 1990 en étudiant les revendications anti-humaines des «deep greens» (littéralement: verts profonds, i.e. les écologistes radicaux). J’ai depuis longtemps soupçonné que ceux qui prédisaient un accroissement dangereux du réchauffement de la planète d’origine anthropique, exagéraient l’affaire. (…) Ce qui est important, et ce qui doit être examiné tant par les laïcs ainsi que par les scientifiques, ce sont les preuves, et l’argumentation qui sont invoquées en soutien du consensus. (…)  Le prétentieux appel au consensus scientifique est tout simplement un appel de plus à l’autorité, tout à fait inapproprié dans le domaine de la science ou de la philosophie. Thomas d’Aquin l’a fait remarquer il y a longtemps en expliquant que «l’argument d’autorité fondée sur la raison humaine» est la forme la plus faible de l’argumentation, toujours susceptible de réfutation logique. Derrière ces modèles, nous avons un problème scientifique fondamental, qui a été utilement énoncée par Lord Monckton, citant Edward Lorenz, le fondateur de la théorie du chaos. En 1963, Lorenz a écrit que dans l’instabilité d’un flux non périodique (et l’évolution du climat est fondamentalement a-périodique) «la prédiction de l’avenir suffisamment lointain est impossible par quelque méthode que ce soit, à moins que les conditions présentes ne soient connues exactement». Lorenz a poursuivi que «compte tenu de l’imprécision inévitable et du caractère incomplet des observations, des prévisions météorologiques précises à très long terme sembleraient inexistantes», parce que notre connaissance, à la fois de l’état initial du système climatique et de la façon dont le climat réagit aux variations de forces extérieures est incomplète.

Suit une critique des modèles informatiques du GIEC, ne reposant pas, selon lui sur des expériences empiriques (on fait comment avec le climat ?), et oubliant au passage toutes les données historiques collectées montrant l’accélération des phénomènes en cours. Reviennent aussi les théories liées au soleil, aux nuages, à l’orbite terrestre, voire les impacts d’astéroïdes et les variations des rayons cosmiques. Et d’étaler des « preuves » pour soutenir son scepticisme, assez classiques du répertoire climatosceptique. Avec une volonté de dénigrer le travail du GIEC qui ressemble beaucoup à ce que d’autres ont tenté. Si l’archevêque récuse à bon escient le terme effectivement déplacé de « négationniste du changement climatique », est-il encore crédible quand il reprend à son compte les fameux « mails » du pseudo Climatgate qui a été monté de toute pièce par de puissants lobby industriels opposés à toute régulation de leurs pratiques industrielles polluantes ?

(…) Un dernier point à noter dans cette lutte pour convaincre l’opinion publique, c’est que le langage utilisé par les partisans de l’AGW (rappel: anthropogenic global warming) vire à la contradiction d’une religion primitive. Les croyants s’opposent aux négationnistes, aux dubitatifs et aux sceptiques, même si je dois avouer que personne ne m’a encore qualifié d’hérétique du changement climatique.Les bénéfices d’un comportement écologique (ndt: environnemental) correct sont incertains, à la différence des scénarios sombres pour l’avenir à cause de l’irresponsabilité humaine, qui ont en eux une touche apocalyptique.Les coûts financiers énormes que les vrais croyants imposeraient aux économies peuvent être comparés aux sacrifices offerts traditionnellement aux religions, et la vente de crédits carbone à la pratique de la vente des indulgences d’avant la Réforme. (…)Les débats sur le réchauffement climatique d’origine anthropique ne peuvent être menés que par la reconnaissance et l’interprétation précises des preuves scientifiques. Les preuves des historiens sont également essentielles, car ce n’est pas simplement un problème mathématique, ce n’est pas de la science «pure». (…)Pour cette raison (entre autres) je soutiens la recommandation de Bjorn Lomborg et Bob Carter selon laquelle,plutôt que de dépenser de l’argent pour le respect du Protocole de Kyoto, qui produirait un effet négligeable sur la hausse des températures, l’argent devrait être utilisé pour élever le niveau de vie et réduire la vulnérabilité aux catastrophes et au changement climatique (dans un sens ou dans l’autre), afin d’aider les gens à mieux faire face aux défis futurs. Nous devons être en mesure de pouvoir fournir aux « Noé » de demain le meilleur de ce que la science et la technologie peuvent offrir.

L’archevêque de Sidney avait précisé parler en son nom propre au cours de cette conférence. Une précaution d’usage bien utile pour éviter de mélanger les genres, même si sa posture de sceptique se référant à Galilée de la raison face à l’obscurantisme religieux de la secte écologique laisse songeur…

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