Coup de chaud en Alaska

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Son message n’a pas fait la une des médias. Il faut dire qu’être évêque catholique du diocèse de Juneau, dans le sud-est de l’Alaska ne vous met pas forcément en position de force pour cela. Pourtant le message du 13 mai dernier de Mgr Edward J. Burns vaut le détour. Intitulé sobrement « Notre défi environnemental », l’évêque propose une belle réflexion sur les défis écologiques dans une région où la beauté de la nature sauvage côtoie aussi le pire de l’exploitation industrielle des ressources naturelles (trad. DL).

« Ici, à Juneau, nous vivons entourés de montagnes et de glaciers. La majesté et la beauté du glacier de Mendenhall ne cesse de m’impressionner et j’ai eu la chance de contempler quelques autres glaciers de cette région. Récemment, j’ai discuté avec une citoyenne de Juneau qui exprimait son étonnement devant le recul impressionnant, ces dernières années, du glacier Mendenhall. Les glaciers et les changements qui ont lieu les concernant me rappellent qu’il y a un an à peine l’Académie pontificale des sciences du Vatican publiait un rapport sur les causes et les conséquences du retrait des glaciers de montagne et de l’impact du changement climatique sur l’environnement naturel et la société humaine.

 

 

 

Un groupe de travail de glaciologues, de climatologues, de météorologues, d’hydrologistes, de physiciens, de chimistes et d’autres scientifiques réputés de différents pays se sont rencontrés en effet en avril 2011 pour présenter des articles scientifiques sur le phénomène mondial de la fonte des glaciers de montagnes et pour recommander des mesures concernant les risques et les menaces liés au changement climatique.

Le rapport note que les pertes de neige, de glace et des glaciers dans les montagnes est un phénomène global et rapide qui donne une des preuves les plus évidentes des changements en cours dans le système climatique. Les principales causes apparaissent être l’augmentation des températures liée aux gaz à effets de serre et à l’émission importante de particules et de poussières qui couvrent les glaciers et les champs de glace et les rendent plus absorbants de la chaleur rayonnante du soleil. Le groupe de travail fit du coup les recommandations suivantes : – réduction immédiate des émissions mondiales de CO2 en employant davantage de sources d’énergies renouvelables, en réduisant la déforestation et en augmentant la reforestation et en employant des technologies qui réduisent l’excès de CO2 dans l’atmosphère / – réduction de 50 % des polluants tels que méthane et hydrofluorocarbones qui accentuent l’effet de serre / – adoption de politiques internationales pour aider les pays à s’adapter aux effets environnementaux et sociaux liés aux changements climatiques en cours.

Si ce que prédisent la grande majorité des scientifiques sur le changement climatique est vrai, les conséquences possibles sont graves pour le court et long terme. Dans le futur proche, l’augmentation du niveau de la mer menace déjà des communautés insulaires du Pacifique et de l’Océan Indien.

A long terme, l’accélération de la fonte des glaciers et des couvertures de glace dans l’Antarctique et le Groenland et la perte de la couverture de glace en été dans l’océan Arctique signifie une augmentation du niveau de la mer d’ici à la fin du siècle menaçant les villes côtières. L’acidification des océans due à l’excès de CO2 menace aussi de rompre la chaîne alimentaire marine et de détruire les espèces des récifs coralliens et de tous les écosystèmes qui y coexistent.
Comme le pape Benoît XVI l’a dit dans son message de 2010 pour la journée mondiale de prière pour la Paix : « il y a une connexion étroite entre le respect pour l’être humain et la sauvegarde de la Création. Notre devoir envers l’environnement est issu de ceux envers la personne, considérant chacun pour ce qu’il est et en profonde relation. »

Mener les changements nécessaires pour limiter les conséquences du changement climatique avant qu’il ne soit trop tard n’est pas une simple question scientifique ou politique mais une question morale et spirituelle. Nous  ne sommes pas les maîtres mais les gérants de la Création de Dieu et nous avons la responsabilité devant Dieu et devant les générations futures de faire ce que nous pouvons pour réduire voir inverser l’impact sur l’environnement lié à la consommation d’énergies fossiles pour produire voitures, camions, avions et l’essentiel de notre économie.

En aout 2013, la conférence catholique américaine (USCCB) enverra une délégation d’évêques et d’experts de la Catholic Coalition on Climate Change en Alaska pour découvrir par eux-mêmes la manière dont le changement climatique a déjà touché l’environnement de la région et les gens qui y vivent, tout particulièrement dans les zones rurales. Ces visiteurs seront accueillis par Mgr Roger L. Schwietz, archevêque d’Anchorage, Mgr Donald Kettler, évêque de Fairbank et moi-même et la visite elle-même commencera par un symposium à Anchorage en présence de responsables d’Église, de scientifiques locaux et d’universitaires et d’anciens des populations autochtones. La délégation de l’USCCB ira ensuite visiter des villages de l’ouest de l’Alaska où ils rencontreront des personnes directement touchées par les changements environnementaux en cours liés au réchauffement climatique. A leur retour à Anchorage, les évêques concluront le symposium en partageant leurs propres réflexions à partir de ce qu’ils auront découverts.

Aussi importante qu’est ce voyage, nous pouvons cependant agir dès maintenant. Avec le support des évêques locaux, les catholiques sont invités à prendre part à l’Alliance St François pour la protection de la Création et des pauvres. Elle consiste à s’engager sous la forme d’une promesse faite par des personnes seules, en familles, en paroisses ou en institutions à vivre notre foi en protégeant la Création de Dieu et en intercédant pour les plus pauvres qui sont confrontés directement aux effets du changement climatique.

www.catholicclimatecovenant.org

 

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