Quand les évangéliques hésitent

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Nous avons déjà évoqué sur ce blog la question du rapport des chrétiens évangéliques américains (CEA, environ 26 % des Américains) aux enjeux environnementaux (cf. article sur le Golfe du Mexique). Un article récent de Lisa Palmer sur le site de Yale élargit encore un peu la réflexion sur cette question intéressante puisqu’elle manifeste aussi des évolutions dans ces milieux souvent très conservateurs, peu enclins à des approches issues souvent de milieux plutôt progressistes.

Ce n’est pas tant l’aspect scientifique que religieux qui retient les chrétiens évangéliques du débat sur le réchauffement climatique, selon Lisa Palmer. D’autant que l’absence de leaders bien définis sur la question dans ces communautés a tendance à multiplier les opinions. Près de 60 % des CEA pensent que le changement climatique n’a rien à voir avec les activités humaines, alors que 47 % des Américains dans leur ensemble partagent ce point de vue. En 2008, Richard Cisik, vice-président de la National Association of Evangelicals (NAE) chargé des relations avec le gouvernement, a été licencié de son travail notamment du fait de ses positions originales sur le changement climatique

Cependant, le continent évangélique connaît de plus en plus de remous, notamment du fait du lien que les questions écologiques posent de plus en plus avec celles de l’éthique humaine et familiale (pollution, respect des générations à venir etc.) Une thématique bien plus active dans les milieux évangéliques, souvent pro-life. La NAE elle-même commence à changer dans son discours. Dans un document récent de 56 pages, Loving the Least of These, elle souligne l’impact des changements environnementaux sur les plus vulnérables et s’attache donc à retrouver les bases bibliques pour agir dans ce domaine.

« Les CEA n’ont pas encore atteint un consensus sur le changement climatique, selon Galen Carey, le successeur actuel de Richard Cisik. Nous espérons que ce document va aider nos membres à réfléchir d’un point de vue biblique et scientifique sur ces problèmes. »

Une des Eglises membres du NAE, la Christian Reformed Church, a récemment fait une déclaration assez claire reconnaissant le lien des activités humaines avec le réchauffement climatique, et donc l’enjeu éthique, de justice social et religieux à traiter ce défi. Cette communauté appelle à agir désormais, au service des plus pauvres, premières victimes de ces évolutions climatiques.

Par ailleurs, Richard Cisik n’a pas dit son dernier mot. A la tête de la  New Evangelical Partnership for the Common Good, il note que « le changement climatique est un problème bien plus important chez les jeunes évangéliques. » ‘il apprécie les évolutions de la NAE sur la question, il trouve la position encore bien timorée.

« Dire que vous allez vous occuper des conséquences du changement climatique, mais sans vouloir prendre position sur les actions légales qui pourraient en permettre l’inflexion,  c’est comme dire dans les années 60′ : eh bien, j’apprécie le fait que les Afro-américains revendiquent l’égalité des droits, mais nous ne ferons rien pour le leur permettre. »

Cizik a formé en 2006 la  Evangelical Climate Initiative pour accélérer le travail et l’action. Dès à présent, 300 responsables religieux ont signé son texte appelant à prendre soin des plus vulnérables et à être des gérants respectueux de la Création de Dieu. L’Evangelical Environmental Network est aussi un réseau très actif. « Les portes théologiques que les évangéliques sont entrain d’ouvrir sont extrêmement importantes, explique Mary Evelyn Tucker, codirectrice du Forum on Religion and Ecology, à Yale University. A travers leur théologie et leurs interprétations de la Bible, les évangéliques sont en train de relier la question de la justice pour les pauvres et le soucis  pour la Création, dans le cadre même du réchauffement climatique. Ils essayent de faire connaître leur voix sur ce sujet moral à partir de ces deux angles. Ce sont là des contributions très importantes. »

Pour autant, la route est encore longue. Catherine Hayhoe, climatologue très engagée notamment dans le panel intergouvernemental sur le changement climatique et chrétienne évangélique elle-même souligne que l’absence de responsables reconnus rend la tâche plus ardue.

« Il n’y a pas d’équivalent d’un évêque de Canterbury ou d’un pape pour mener la réflexion. Les églises évangéliques américaines regardent ce que disent leurs hommes politiques pour informer leur réflexion, plutôt que d’informer leurs hommes politiques sur le sujet. Ce n’est pas un hasard si chaque candidat républicain (GOP) dans les primaires à la Présidentielle récentes ont nié tour à tour les réalités concernant ces questions environnementales. Il y a un vrai manque de leadership et du coup la communauté évangélique regarde ailleurs. On comprend aussi pourquoi d’autres dénominations chrétiennes ont des positions bien différentes à celles des églises évangéliques. »

Celle qui sera un des auteurs importants du futur US National Climate Assessment en 2014, souligne aussi que le passif des évangéliques avec les milieux scientifiques, par exemple sur la question de l’évolution des espèces, a beaucoup joué dans la méfiance traditionnelle envers les résultats dominants de la science contemporaine. Hayhoe qui est aussi l’auteur en 2009 du livre  A Climate for Change: Global Warming Facts for Faith Based Decisions, avec son pasteur de mari Andrew Farley, souligne que cette vision du « tout-ou-rien » n’est pas la bonne solution pour les églises évangéliques.

Ce qu’ont bien compris en tout cas les 40 % restants des évangéliques qui considèrent que le réchauffement climatique est bien une réalité et un défi pour leur foi.

Source : Lisa Palmer  , article Yale

(trad. et synthèse DL)

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