L’écologie, humaine par nature

Une tribune récente du magazine La Vie donne la parole à Etienne Borocco, membre de la Conférence des baptisé(e)s et de l’UDI, et à François Mandil, membre d’Europe Ecologie-Les Verts et collaborateur du blog A la table des chrétiens de gauche.

Ils réagissent au lancement du mouvement « Ecologie humaine » par Tugdual Derville dont E&E a déjà rendu compte, il y a quelques jours. Ils contestent une lecture trop univoque de ce qu’est l’écologie (notamment dans sa dimension environnementaliste, critique de la surconsommation qui sont peu abordées par le mouvement EH, etc…)

Ils risquent par contre d’être un peu déçus s’ils pensent pouvoir opposer la pensée du pape François aux défenseurs d’une écologie humaine. Le nouveau pape reprend bien à son compte des thématiques  d’une « écologie humaine intégrale » développées depuis Jean Paul II et plus encore par Benoît XVI.

Ces deux textes, celui de Tugdual Derville et celui de Borocco/Mandil, dessinent en tout cas bien les contours d’une certaine  incompréhension entre l’écologie politique française et certains milieux chrétiens.

Le 21 mars, la création du collectif « écologie humaine » était annoncée dans les colonnes de La Croix par des opposants au projet de loi de mariage pour tous. Pour nous, dont l’engagement écologiste est issu de notre foi, c’est une joie que de voir notre courant de pensée repris, rendu incontournable puisque même ses opposants considèrent qu’il est bénéfique pour leur crédibilité de s’en réclamer. Hélas, comme tant de pollueurs qui prétendent agir dans le « développement durable », nous avons affaire bien plus à une opération d’écoblanchiment qu’à une réelle conversion. Rajouter « humain » derrière un nom a souvent été utilisé pour marquer son opposition à l’idéologie qu’il représente. Quand Dubček annonça sa volonté d’un « socialisme à visage humain », c’était bien par totale opposition au socialisme de l’URSS.

La confusion entre « écologie » et « protection de l’environnement » est souvent entretenue. L’écologie, c’est considérer qu’une société progresse quand elle est d’abord en harmonie avec son environnement, pris dans sa globalité, et non quand elle capable de consommer d’avantage. Il ne s’agit pas de sanctuariser une Nature déifiée mais d’intégrer l’Homme à son milieu, ni au-dessus, ni à côté. Nous ne sommes pas écologistes à cause des menaces environnementales mais parce que c’est la promesse d’une société où chacun aurait sa place. Il n’y a rien d’étonnant à ce que les premiers penseurs de l’écologie aient été des personnes nourries d’une profonde spiritualité. Il est par contre paradoxal de la part des défenseurs de cette « écologie humaine » de tout à la fois opposer l’environnement et l’Humain, et dans le même temps défendre un prétendu « ordre naturel » que serait par exemple l’hétérosexualité. A ce sujet, si les relations homosexuelles ont été constatées dans plusieurs centaines d’espèces animales, l’homophobie n’existe que chez l’espèce humaine. Il semblerait donc bien que ce soit celle-ci qui soit la moins « naturelle ». Nous entendons les réticences vis-à-vis de la PMA par exemple, mais en quoi une intervention médicale pour un couple mixte serait- elle plus « naturelle » que pour un couple de femmes ?

Les partisans de cette « écologie humaine » affirment que « les politiques environnementales en viennent à protéger la nature au détriment de l’homme », affirmation étonnante à l’heure où les efforts de sobriété énergétique sont jugés insuffisants pour limiter les changements climatiques. C’est l’humanité qui est menacée par la destruction de l’environnement. Les pays riches devraient réduire de 80% leurs émissions de gaz à effet de serre par rapport à leur niveau de 1990 d’ici 2050. Nous allons devoir partager les biens naturels et donc matériels, comme par exemple cesser d’acheter une perceuse pour ne l’utiliser que 15mn en moyenne durant son existence. Pour mutualiser les moyens, les consommateurs collaboratifs se font confiance et nouent des liens. On revient ainsi à un mode de vie plus communautaire, moins individualiste. Remettre l’humain au centre, ça n’est pas décider ce qui est dans la nature de l’homme ou non, mais permettre à chacun de trouver sa place, dans le respect de ses croyances, de ses origines, de culture, de ses amours…

L’écologie porte un vrai projet pour l’Humanité, il n’est point besoin de lui rajouter le qualificatif « humain ». Le 22 mars, jour de lancement du site de « l’écologie humaine », c’était aussi la journée mondiale de l’eau. Le CCFD rappelait alors que 780 millions d’êtres humains n’ont pas accès à l’eau potable et que 8 millions meurent chaque année de maladies liées à l’eau. Pas un mot sur ce sujet n’a été prononcé par les partisans de l’écologie humaine sur ce drame pourtant bien humain. Le même jour, le pape François déclarait : « Penser au nom de François m’est une aide, lui qui enseigne un profond respect pour toute la création, pour la sauvegarde de notre environnement, que trop souvent nous n’utilisons pas pour le bien, mais que nous exploitons avec avidité au détriment l’un de l’autre. »

8 commentaires Ajouter un commentaire

  1. catherine Lemasson dit :

    « proteger la nature au detriment de l’homme. »..

    il ne peut y avoir d’homme en bonne sante sur une planète malade. Le développement de maladies environnementales émergentes (hypersensibilité chimique,), de cancers dus à l’environnement, de troubles de la fertilité dus à l’environnement (bisphenol A, perturbateurs endocriniens), c’est bien un coût humain.
    Si la nature était protégée verrait on : augmentation des pesticides et handicaps d’enfants ou cancers car leurs parents les ont manipulé ( voir exploitations du Brésil, du Kenya), verrait t’on des enfants et leurs parents malades, brûlés car des déchets chimiques coulent dans des marigots puis dans des rivières où ils vont se laver, laver le linge, la vaisselle); aurait t’on vu les , catastrophe de Bhopal, Seveso, Fukushima a t’on pensé à l’homme , la nature avant ces catastrophes?
    Le gaz de schiste aux USA ou ailleurs qui condamne des populations entières à acheter de l’eau minérale alors que l’eau courante est à leur domicile, les zones polluées du Pakistan ou d’ailleurs qui sont condamnées au même régime.
    protéger la nature ne peut être au détriment de l’homme.

    Si Dieu dans la Genèse a confié la terre aux hommes, c’est pas uniquement pour produire plus mais aussi mieux dans le respect de la Création. C’est aussi partager les ressources. apprendre à rester sobres, apprendre à ne pas forcément vouloir ce qui parait le plus beau et n’est là que pour séduire. Vaste programme…

  2. ataraxia dit :

    @Catherine Lemasson, La phrase que vous citez est extraite de la tribune de Tugdual Derville dans La Croix. Sinon, je suis entièrement d’accord avec vous.

    A l’équipe du blog E&E, la tribune ne défend pas une écologie « libérale-libertaire ».
    Elle ne prend pas position sur les sujets de moeurs.
    Ce que l’on dit juste, c’est que l’écologie humaine n’a rien à voir avec l’écologie car elle ne parle pas de l’homme dans son environnement.
    La conception thomiste de la nature humaine que défend Derville n’a rien à voir avec la nature telle qu’elle existe ou l’environnement.
    Nous ne nions pas l’importance de ces débats, nous disons juste que cela ne relève pas de l’écologie.

  3. dlang dit :

    Merci Catherine. A la relecture de mon commentaire, j’avoue être allé un peu vite en besogne (on fait ce qu’on peut avec le temps qu’on a)… Je propose donc dans le texte modifié un commentaire plus nuancé qui me parait plus respecteux des nuances que vous soulignez. Merci de votre lecture attentive.
    Le blogmestre

  4. marie dit :

    Le gaz de schiste ce n’est pas qu’aux Etats-unis, bientôt chez nous en Seine et Marne aux portes de Paris, car les forages y ont commencé ! (renseignez-vous !) Ce qui est absurde c’est cette focalisation sur le mariage pour tous pendant, qu’en douce, de graves atteintes à l’environnement irréversibles s’installent. Cette loi est-elle urgente, vraiment nécessaire ? Elle n’a servi qu’à des affrontements idiots et désolants alors que des problèmes graves écologiques et économiques, guerriers bouleversent le monde. Je suis de gauche et écologiste depuis l’enfance et je réaffirme que cette loi n’a pas lieu d’être établie, par simple bon sens. D’autres lois sont votées à toute vitesse devant un hémicycle vide et qui vont contre les vraies libertés publiques, pendant qu’on nous agite ce chiffon rose qui nous aveugle sur le reste. Je vous engage tous à rejoindre les collectifs qui sur le terrain luttent contre les atteintes à l’environnement, qui ont des actions concrètes, plutôt que d’adhérer à des partis politiques qui ne font que de beaux discours et du clientélisme en vue des élections. Les Verts au gouvernement, madame Duflot ? Elle ne fait rien. Je suis dans une commune estampillée EELV et à part mettre des ruches sur le toit de la mairie, n’a aucune action vraiment écologique, aucun véritable engagement, même pas de repas bio dans les cantine où on mange Sodexo.
    Donc encore un parti soi-disant écologique ce ne sera que du vent ….

  5. « Remettre l’humain au centre, ça n’est pas décider ce qui est dans la nature de l’homme ou non, mais permettre à chacun de trouver sa place, dans le respect de ses croyances, de ses origines, de culture, de ses amours… »
    Cette affirmation me paraît assez irresponsable ! Comme si l’Homme était le roi du monde et qu’il faille tout accepter de lui, au nom du « respect de l’humain » !
    Je prends des exemples extrêmes pour mettre le doigt sur la nuance : « Je suis de culture polygame … » ou « L’anthropophagie est la culture de ma tribu … » ou encore « J’aime ma petite cousine âgée de 15 ans … » … Pas besoin d’en rajouter ?
    Un peu courte votre analyse, non ?

  6. ataraxia dit :

    @Portzer Jean-Paul,

    respecter la culture des individus ne veut pas dire tout accepter. L’anthropophagie est un crime puisqu’il s’agit d’un homicide. Les mineurs de moins de 15 ans ne sont pas jugés capables de faire preuve de libre-arbitre en matière de relation sexuelle, c’est pour ça que c’est un délit. La polygamie revient à instaurer une domination d’un individu sur d’autres et donc au mépris des droits de ces derniers.

    La phrase ne portait pas sur ça, elle indiquait seulement que l’enjeu n’était pas de réfléchir une quelconque nature humaine très difficile à déterminer et très discutable conceptuellement. Au contraire, l’enjeu est que chaque individu puisse trouver sa place c’est à dire qu’il bénéficie de bonnes conditions économiques dans un environnement qui ne soit pas dégradé. Quand on parle de respect des cultures et des croyances, c’est aujourd’hui un principe de base des démocraties aujourd’hui. Chacun a le droit de vivre comme il l’entend, de suivre sa liberté de conscience, tant qu’il n’empiète pas sur la liberté des autres.

  7. @ ataraxia
    Je suis très satisfait de constater que les exemples « extrêmes » que j’ai cités vous ont permis de compléter votre analyse, un peu courte dans un premier temps, selon moi.
    Il me parait en effet très important d’affirmer que l’Homme n’est pas le roi du monde, autorisé à faire n’importe quoi au nom des seuls principes que vous aviez mentionnés.

    Et quand vous affirmez, dans votre réponse, que : « Chacun a le droit de vivre comme il l’entend, de suivre sa liberté de conscience, tant qu’il n’empiète pas sur la liberté des autres », cela me parait bien court encore !
    Vous reproduisez un cliché ultra-entendu, qui mériterait une vraie réflexion.
    Prenez cet exemple : j’aime deux hommes qui m’aiment tout aussi sincèrement : pourquoi nous interdire le mariage à trois ? Qui cela gêne ? (« Mariage pour tous » : dans « tous » il y a trois aussi, non ?)

  8. Patrick Pique dit :

    J’ai déjà eu l’occasion de commenter cette tribune sur le site de la Vie, je vais reprendre le commentaire et le compléter : oui il y a des silences chez Tugdual Derville. Mais,… cette tribune EELV – UDI aurait-elle pu être cosignée si elle avait contenu une condamnation claire du nucléaire civil et militaire, ne serait-ce que pour parler des fondamentaux de l’écologie politique, alors que l’ASN vient de pointer du doigt des défaillances de sécurité sur six de nos centrales ? A l’évidence non.
    Ce qui est juste en revanche, c’est que les pères de l’écologie politique étaient « des personnes nourries d’une profonde spiritualité ». On peut même dire franchement qu’ils étaient chrétiens, Ellul, Illich, Charbonneau par exemple. Mais là aussi, il ne faut pas oublier de dire qu’ils n’étaient pas favorables à la création de partis politiques écologistes. Et lorsqu’on voit les résultats de l’écologique politique, on peut les comprendre.
    Au final ce débat, et en est-ce vraiment un ?, entre écologie humaine selon Tugdual Derville et écologie environnementale selon EELV – UDI me semble surtout tenir de la querelle d’égos, sinon toutes ces personnes seraient déjà au travail, ensemble, pour sauver ce qui peut encore l’être…
    De plus certains arguments sont spécieux : ainsi la PMA ne serait pas plus naturelle pour un couple homme/femme que pour un couple de même sexe. Or si la PMA existe pour ces couples de sexe différent, c’est qu’il y a eu une défaillance de la nature, ou de la santé des personnes. Je n’ose croire que pour les auteurs de cette tribune, l’homosexualité soit une défaillance de la nature ou de la santé. Ce serait homophobe !…
    En revanche les relations d’un couple de même sexe sont naturellement infécondes. Que des « écologistes » découvrent cette réalité ne cesse de m’étonner. Et la comparaison avec le monde animal est encore plus maladroite de leur part…
    Bref, j’estime qu’entre l’écologie vue par Tugdual Derville, très spirituelle, et celle d’Etienne Borocco et François Mandil, très politicienne, il doit exister une véritable écologie. Le texte de la Fraternité des Chrétiens indignés, publié également sur ce blog, me semble aller dans le bon sens en pouvant justement rassembler davantage de bonnes volontés.

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