« La tuerie programmée, abusivement appelée « abattage sélectif » à partir du 1er juin est clairement dénuée de tout justification scientifique ou éthique. »
Ce cri, c’est le professeur oxfordien et théologien anglican Andrew Linzey qui le pousse en réaction à une campagne d’éradication des blaireaux dans les campagnes anglaises -du côté des Comptés de Somerset et du Gloucestershire- dans le but de réduire les effets de la tuberculose bovine qui est supposée être transmise par ces animaux sauvages.
« Dans l’histoire de la protection animale, nous avons été témoins de nombreux essais pour tromper le public. Mais aucun n’a assumé autant de calcul et de ridicule que ces abattages de milliers et de milliers de blaireaux. Dans moins d’une semaine, des fusils financés par l’État vont abattre des blaireaux dans la nature, entraînant beaucoup de souffrances. (…) La seule solution à la tuberculose bovine est la vaccination des vaches et des blaireaux. Tout le reste n’est que propos inutiles. »
Il faut rappeler que l’abattage du blaireau se fait après un déterrage long et fastidieux de l’animal, traqué par des chiens. Il faut rappeler aussi que différentes études ont montré qu’un tel abattage massif ne pouvait pas atteindre l’effet escompté. Il faut rappeler enfin que le Pays de Galles a renoncé à cette pratique et que l’Écosse a éradiqué la maladie en agissant surtout sur les conditions d’élevage de ses bovins !
Reste donc la question : à qui les parlementaires anglais font-ils plaisir en votant de telles mesures disproportionnées ? Une grande marche le 1er juin prochain à Londres va essayer d’y répondre.
Le professeur Linzey est directeur de l’Oxford Centre for Animal Ethics (www.oxfordanimalethics.com) et auteur d’un livre de référence : Pourquoi la souffrance animale compte, Oxford University Press.
DL
c’est vrai que par les temps qui courent, il est important de sauver les blaireaux plutôt que de parler des « veilleurs » qu’on met en cage pour oser promouvoir l’écologie humaine!
Désolé de vous dire que je trouve ces préoccupations affligeantes
Bonjour Stanislas
nous revoilà donc dans l’éternel débat qui a bloqué tant de choses dans les communautés chrétiennes sur les sujets prioritaires de nos actions. Il vaut mieux s’occuper des enfants dans le Sahel que des bébés phoques, entendait-on déjà il y 20 ans !! Qui oserait dire le contraire ? Mais le seul problème, c’est qu’à force d’opposer ainsi nos priorités, nous perdons la cohérence de nos propos. Pas étonnant du coup que nos communautés chrétiennes sont si en retard sur les mobilisations écologiques ! Et parfois si décalées dans leurs « charité » auprès des plus pauvres… Le rassemblement Diaconia à Lourdes a manifesté ainsi que nous avions un vrai recentrage à vivre pour arrêter de nous « occuper » des pauvres pour plutôt nous mettre à leur écoute. Enfin, dernier argument, si nous n’avons pas besoin de nous mobiliser personnellement sur cette question des blaireaux, il me paraîtrait quand même assez légitime de nous demander quels humains nous formons quand nous permettons ce genre de pratiques qui sont d’une sauvagerie crasse et qui ne réhausse pas notre « image » intérieure. SI nous ne voulons pas nous poser la question du sort de l’animal, posons nous au moins celle de l’humain qui s’en occupe et nous verrons que bien souvent l’écologie humaine, c’est bien là quelle commence : dans la manière dont nous traitons les personnes (les ouvriers, les bouchers, les éleveurs,…) dans nos abattoirs industriels etc, confrontés à la mort dans sa dimension la plus vulgaire.
Enfin, je rappelle que ce site est là pour informer et montrer comment des chrétiens répondent (ou pas) aux urgences écologiques actuelles. Libre à chacun de se sentir concerné ou pas par ces sujets. Bon courage Stanislas dans vos propres mobilisations…
Un grand merci à vous Dominique Lang pour cette clarification qui me touche profondément!
Devant le créateur, la dignité et la grandeur de l’homme est portée au plus haut lorsqu’il manifeste son respect et son amour du vivant animal et végétal, dans le regard de l’émerveillement. Elle est bafouée lorsqu’il se comporte en maître tout puissant et en avide conquérant, qui réduit le vivant à son utilité productive.
Oui, finissons en avec cette fausse opposition entre écologie humaine et écologie environnementale. C’est une impasse qui ne mène à rien.
L’écologie chrétienne est intégrale, toute portée vers le mystère du salut universel de la création, au sein de laquelle chacun est à sa place.
» Allez dans le monde entier et prêchez la bonne nouvelle à toute la création.” (Marc 16:15)
Monsieur de Larminat, votre ton (condescendant, voire méprisant?) me blesse.
Je ne conteste pas la sincérité des veilleurs, mais j’aimerais voir autant de mobilisation en faveur des populations esclaves de notre société de consommation ; pouvons-nous ignorer tous ceux et celles, hommes, femme et enfants, nos frères et sœurs en humanité, qui vivent et travaillent dans des conditions infra-humaines que leur impose notre avidité ?
Quant à savoir ce que le mal fait aux animaux produit sur les humains, allez donc voir le film « Entrée du personnel », sorti le 13 mai dernier, et qui met bien en parallèle la violence faite aux uns et aux autres, et la souffrance que cela engendre.
Non, décidément non, cette opposition stérile entre « humanité » et « nature » ne tient pas. Elle est d’ailleurs profondément anti-biblique (relire au minimum Gn 1 et 2).
Nous ne sommes pas les maitres mais les gardiens de ce que Dieu nous a confié !
Montrons-nous dignes de cette confiance…
On aurait aussi aimé que ceux qui se gargarisent de défendre une « culture de vie » et une « écologie humaine », soient présents la semaine dernière au Trocadéro à Paris pour dire stop aux OGM et à la loi Monsanto.
Outre le désastre environnemental et l’appauvrissement de la biodiversité que génère cette multinationale, faut-il rappeler dans quel état de dépendance elle plonge des millions de petits paysans dans le monde entier, parfois poussés au désespoir jusqu’au suicide ?
L’écologie humaine s’arrête-t-elle là où seraient mis en cause les intérêts productivistes?
Ecologie humaine et écologie environnementale se crédibilisent mutuellement. A évincer l’une, on dénature l’autre. C’est bien le lien entre les deux qui donne force et cohérence à une engagement devenu si nécessaire. Une Terre plus humaine, c’est une création davantage reconnue où l’homme vigilant se réconcilie avec son milieu. Merci à Dominique Lang de mettre en garde sur les fausses oppositions stériles et sans avenir. Et à nous de défricher de nouveaux chemins qui font sens pour nos contemporains.