Un parcours, une vie

bastaire2En 2009, le magazine La Vie avait réalisé un élégant portrait de Jean Bastaire à quelques jours du sommet de Copenhague. En voici l’essentiel.

Jean Bastaire

Art. de Xavier Accart , 26/11/2009

Avoir 20 ans et la tuberculose. C’est ce qui m’est arrivé alors que je faisais mon service militaire. Cantonné dans un sanatorium de la Forêt-Noire, les poumons abîmés par la maladie, le désespoir m’aurait gagné si je n’avais rencontré deux personnes d’exception. L’abbé Ducretet, un aumônier aussi corpulent que sympathique, qui avait la particularité d’être vêtu non d’une soutane, à laquelle j’étais allergique, mais d’un habit militaire. Et Hélène, ma jeune médecin avec laquelle j’en vins rapidement à parler de spiritualité. Quelques mois plus tard, nous demandions à ce prêtre devenu notre ami de nous unir avec le désir d’accueillir et de rayonner la sainteté ensemble. C’est grâce à ces deux êtres que je suis devenu chrétien. Mes parents, artisans imprimeurs athées, m’avaient bien fait baptiser. Mais la ­découverte de la dimension spirituelle de l’existence était pour moi passée par la lecture de Ramakrish­na, un spirituel hindou, pour lequel le Christ était une manifestation de Dieu parmi d’autres. Péguy et, plus tard, mon maître et ami Henri de Lubac, m’ont permis d’approfondir la foi et ouvert à un christianisme de l’Incarnation qui ne cherche pas à fuir le monde, mais comprend que c’est en « s’incarnant » nous-même, en se rapprochant de la terre, qu’on se rapproche du Seigneur.

Hélène et moi avons été un couple de solitaires. Nous n’avons pas eu d’enfant. Et la fragilité de nos santés nous a confinés dans notre maison de Meylan, près de Grenoble. Mon épouse traduisait des ouvrages d’homéopathie dont elle était devenue une spécialiste. Après avoir passé une agrégation, j’enseignais pour ma part l’italien par correspondance, m’occupant également beaucoup de la diffusion de l’œuvre de Charles Péguy. L’engagement au WWF, une association pour la sauvegarde de la planète dans laquelle j’ai suivi ma femme, est venu jeter un pont entre nos activités au début des années 1970. Nous voulions apporter une voix chrétienne aux écologistes et une voix écologique parmi les ­chrétiens. Après la mort d’Hélène, quinze ans plus tard, le lendemain de la fête des Rameaux, ­cette ­préoccupation est devenue pour moi prioritaire. Depuis, je me sens porté par une force, une lucidité qui nous est commune, ce qui explique pourquoi je signe toujours mes livres sur l’­écologie de nos deux noms. Aujourd’hui, je consacre toutes les forces qui me restent à cet engagement.
Notre motivation dans ce combat n’a pas été de sauver les meubles pour les générations suivantes, mais d’abord une émotion de compassion cosmique pour toute la Création. Bien sûr, il ne s’agit pas de tomber dans le piège de la deep ecology, qui conçoit l’homme comme une nuisance pour la nature. L’homme est au contraire au centre et premier, car il en est le gérant. C’est par lui que passe sa sauvegarde. Toutefois, il doit réapprendre à devenir un bon gérant et pour cela redécouvrir la valeur de la Création. Elle n’est pas un séjour provisoire pour l’homme qui, une fois sauvé, la laisserait partir à la casse. Non, elle a été créée comme un tout, dont l’homme est le centre, pour être glorifiée. Saint Paul va jusqu’à affirmer qu’elle gémit dans les douleurs de l’enfantement et aspire à voir la révélation des fils de Dieu (Romains 8, 19). En d’autres termes, sa conscience obscure aspire à ce que l’homme sauvé la mène à son achèvement. Non en l’exploitant de façon aveugle et agressive, mais en la sanctifiant et en l’offrant au Père par un usage humble et plein de respect de ses biens.

Depuis la mort d’Hélène, j’ai beaucoup travaillé. D’abord pour chercher quelle avait été durant les siècles qui nous ont précédés l’attitude des chrétiens envers la Création. Beaucoup d’éminents spirituels, des Pères du désert à Jean Paul II, témoignent d’une sensibilité cosmique, comme je le montre dans deux anthologies : le Chant des créatures et le Cantique féminin de la Création. Aujourd’hui, après avoir développé entre-temps ma réflexion théologique, je vais publier plusieurs ouvrages (dont Terre de gloire, à paraître au Cerf) sur la parousie, c’est-à-dire sur ce à quoi est ultimement destinée la Création. Il est encourageant de voir que l’engagement des chrétiens s’est développé depuis 25 ans. Aucun pape n’avait autant parlé d’écologie que Jean Paul II. Benoît XVI a encore approfondi cette question. Malheureusement leurs discours en la matière sont peu répercutés. Je souhaite de mon côté que se crée un réseau entre tous les chrétiens concernés : agronomes, paysans, théologiens, liturgistes (car la liturgie a une fonction cosmique), ermites, militants contre la déforestation… J’ai même souvent rêvé de la fondation d’un ordre des « petits frères et petites sœurs de la Création ». Ce n’est pas seulement l’avenir de la planète qui se joue là, mais aussi celui de l’Église. Car la nouvelle évangélisation passera par le développement d’une écologie chrétienne.

Les étapes de sa vie

1927 Naissance à Chamalières (63).
1950 Mariage avec Hélène.
1958 Installation à Meylan.
1969 Engagement au WWF.
1992 Mort d’Hélène.
2004 Pour une écologie chrétienne (Cerf).
2009 Pour un Christ vert (Salvator).

Durant l’Avent, temps d’espérance, qu’est-ce que j’attends de Dieu ?

« L’accomplissement de la création ! »

La parousie ! C’est-à-dire l’accomplissement de la Création. Le livre de l’Apocalypse (21,1) évoque « un ciel nouveau et une terre nouvelle » où « la mort n’existera plus ». Il ne s’agit pas d’une Création « numéro deux », mais de la même Création glorifiée, telle qu’elle a été conçue dès l’origine. Cette vision finale donne le sens de mon engagement écologique comme le révèle un recueil poétique intitulé Pâque de l’univers sur le point de paraître chez Arfuyen. Cette trentaine de poèmes à tonalité péguyste et claudelienne est une série de contemplations de la résurrection des bois, des visages, des paysages que j’ai aimés et que je retrouverai dans cette Création glorifiée.

Un commentaire Ajouter un commentaire

  1. Priscille dit :

    A-Dieu Jean ! Reposez maintenant en paix auprès de votre femme dans l’Amour du Dieu Trois en Un.
    Merci de nous avoir montré la voie à nous tous jeunes qui voulons nous investir dans l’écologie chrétienne pour porter au monde la nouvelle de la résurrection de la création et d’une communion cosmique.
    Nous avons commencé par interpeller le P. Maldamé, dominicain sur l’absence de notations sur la théologie de la création dans la Bible de Jérusalem : quand donc l’Ecole biblique de Jérusalem reprendra avec profit tout votre travail audacieux et salutaire de redécouverte de la théologie de la création dans la Bible ? Quand donc entendrons nous des pasteurs en chaire prêcher une conversion écologique ?
    Afin de sensibiliser les chrétiens, à votre appel nous lançons des actions thématiques : jeûne pour la terre, carême végétarien pour redécouvrir la beauté du carême…
    Et nous n’hésitons pas suivant votre exemple et celui de votre femme à interpeller le monde profane.
    Béni soyez vous pour votre paternité vous qui êtes notre maître spirituel !

    Priscille
    chretiensunispourlaterre.org

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