Dans ce mois de prière pour la Création, un autre hommage à Jean Bastaire est proposé par Christine, par cet extrait de l’ouvrage « Insurrection pascale » (pp. 117-122) Ed. Salvator, Paris, 2012. Merci à ell.
Dans le déploiement de la création, il y a des prochains plus ou moins proches. Mais à travers d’innombrables degrés, toutes les créatures vivent dans une fondamentale proximité. C’est comme dans les familles humaines, qu’elles soient biologiques, civiques ou culturelles. Une parenté inévitable circule entre les personnes qui les composent.
L’exigence de charité s’applique à toutes les créatures. La mission particulière de l’homme est de manifester en toutes sa volonté qu’elles soient selon les desseins du Créateur. Dieu les lui a confiées pour les garder et les cultiver, assurer le mieux possible leur sauvegarde et leur épanouissement.
Tâche ardue et onéreuse dans le monde de violence qu’a suscité le péché. La charité envers les autres créatures ne réclame pas moins d’effort que celle entre les hommes. C’est le même parti pris engagé pour les autres contre soi, non afin de s’autodétruire, mais de se construire en construisant autrui.
L’homme se convainc que l’intérêt des autres créatures non seulement recoupe le sien, mais le nourrit. Cela peut ne pas être le cas dans les faits. Des arbitrages douloureux sont à rechercher entre les partenaires cosmiques. Mais les tractations n’ont de chance d’aboutir que si elles établissent des échanges d’altérités.
C’est en aimant la création en Dieu et pour Dieu selon le « lien de la charité » qu’on restaure et achève de mûrir l’alliance rompue par le péché. L’horizon n’est pas de revenir au paradis perdu, mais d’atteindre la plénitude glorieuse de la création dont ce paradis était l’enfance.
L’écologie trouve dans cette attitude des perspectives que l’insurgé pascal est le seul à dégager, car il est le seul à définir un juste rapport entre l’homme et la nature. Il n’asservit pas la nature à l’homme ni ne réduit l’homme à la nature. Toutes choses sont référées à Dieu selon l’ordre que le Créateur a voulu.
La nature n’est pas faite pour l’homme, mais pour Dieu. Toutes les créatures ont été conçues pour le service et la gloire du Père, par le Fils, dans l’Esprit. L’homme trahit sa mission quand il détourne à son service et à sa gloire l’existence des autres créatures.
Le péché fondamental est comme toujours de s’ériger en centre de l’univers, de se prendre pour Dieu en rapportant tout à soi et en retenant tout pour soi au lieu d’être soi-même le lieu de passage, d’offrande, de service de toutes les créatures vers le Père.
L’écologiste pascal détruit l’anthropocentrisme commun à tous les hommes, y compris parmi les chrétiens qui croient honorer Dieu en usurpant sa place avant de la lui rendre à la fin des temps, lorsqu’avec le bagage de leurs prédations cosmiques ils s’offriront eux-mêmes à Dieu.
L’orientation écologique saine et sainte est christocentrique. Elle ne ramène pas tout à l’homme, créature première, mais créature quand même. Elle ramène tout au Christ, premier-né avant toute créature et premier ressuscité pour les sauver toutes par le sang de sa croix (Col. 1, 15-20).
Hélène et Jean BASTAIRE
Merci pour ce magnifique texte et si fort et si juste… C’est toujours trés inspirant de lire ou de relire Hèlène et Jean Bastaire.
christine K.