Quand le pape en connaît un rayon

Marco Tullio Cicero fait un joli métier. Il est apiculteur dans la villa papale de Castel Gandolfo. Le voilà entrain de faire sa récolte de l’année dans cette ferme de 20 hectares qui compte son lot de vaches (64), poulets, potager et autre ruches.

Une ferme créée en 1930 par le pape Pie XI et qui, par le travail de la trentaine d’ouvriers agricoles, fournit aussi bien la maison papale que le supermarché du Vatican. La ferme n’a pas le label « bio » mais suit des techniques naturelles. Le sulfate de cuivre est d’usage contre les champignons et le fumier des animaux, nourris uniquement avec du foin et des aliments naturels, constitue l’engrais des cultures. Pour autant, si le temps manque, l’usage occasionnel de pesticides est possible, mais bien en dehors des périodes de récoltes. Une ferme dont le travail n’est pas anecdotique puisque son chiffre d’affaire avoisine les 250 000 euros annuels, de quoi largement contribuer au frais de la villa.

Vincenzo Scaccioni, le nouveau directeur des opérations agricoles du site, a décidé de faire de la production de miel une priorité de la ferme papale.  « Les abeilles sont un symbole du caractère industrieux et unitaire d’une communauté qui donne du fruit », expliquait-il dans un entretien récent.



Un souci qui l’honore, alors qu’en 2011, les 500 000 abeilles offertes à Benoît XVI, n’avaient pas survécu au mauvais temps. Une réalité qui évoque la catastrophe en cours du « colony collapse disorder » (CDD) qui frappe, depuis 2006, de nombreuses colonies d’abeille à travers le monde. « Nous avons besoin d’avoir un grand respect pour le travail des abeilles. Aujourd’hui, nous revenons vers une vision qui est plus proche des réalités biologiques et du fonctionnement naturel. Nous sortons d’une ère où, de manière très triste, beaucoup de gens croyaient nécessaires d’utiliser de nombreux pesticides ! Mais aujourd’hui, nous savons que nous devons préserver ce grand héritage culturel et zoologique des élevages d’abeilles, dans une manière qui va dans le sens de la vie de la plante et qui bénéficie à l’environnement tout entier. »Ce sujet permet de rappeler un texte que j’ai découvert au cours de mes recherches. Il s’agit d’un discours du pape Pie XII, qui, le 28 novembre 1947, s’adresse à des apiculteurs italiens :

« Les abeilles n’ont-elles pas été chantées par la poésie, non moins sacrée que profane de tous les temps ? Ces abeilles mues et dirigées par l’instinct, vestige et témoignage de la sagesse invisible du Créateur, quelles leçons ne donnent-elles pas aux homes, lesquels sont – ou devraient être – guidés par la raison, vif reflet de l’intelligence divine ! Exemple de vie et d’activité sociale où chaque catégorie a sa tâche à remplir et la remplit exactement – on serait presque tenté de dire : consciencieusement, – sans envie, sans rivalité, dans l’ordre, à la place assignée à chacune, avec soin et amour. Même l’observateur le plus inexpérimenté en matière d’apiculture admire la délicatesse et la perfection de ce travail. Bien différente du papillon qui voltige de fleur en fleur par pur amusement, de la guêpe et du frelon, agresseurs brutaux, qui semblent ne vouloir faire autre chose que le mal, sans avantage pour personne, l’abeille pénètre jusqu’au fond du calice, diligente, active et si délicate que, une fois recueilli son précieux butin, elle quitte doucement les fleurs, sans avoir en rien lésé le léger tissu de leur parure, sans avoir fait perdre à un seul de leurs pétales sa fraîcheur immaculée. Ensuite, chargée du nectar parfumé, du pollen, de propolis sans tours capricieux, sans retard, rapide comme une flèche, en un vol d’une précision impeccable et sûre, elle rentre dans la ruche, où se poursuit courageusement le travail interne pour l’élaboration des richesses récoltées
soigneusement pour la production de la cire et du miel. Fervet opus, redotentque, thumo
fragrantia mella (Virg. Géorg., IV, 169. [trad : C’est un effervescent travail, et le miel
embaumé exhale l’odeur du thym.]). Ah ! si les hommes savaient et voulaient écouter les
leçons des abeilles. Si chacun savait accomplir, dans l’ordre et dans l’amour, au poste fixé par la Providence, son devoir quotidien. (…) Si, en un mot, ils apprenaient à faire par vertu d’intelligence et de sagesse, ce que les abeilles font par instinct, combien meilleur serait le monde. En travaillant comme les abeilles, dans l’ordre et dans la paix, les hommes apprendraient à goûter et à faire goûter aux autres le fruit de leurs fatigues, le miel et la cire, la douceur et la lumière dans la vie d’ici-bas. »

DL

Source : video CNS ;  Megan Fincher  |  Sep. 24, 2013 Eco Catholic ; article de Anne Hanley, du site « Gourmet Live »

2 commentaires Ajouter un commentaire

  1. daniel dit :

    et oui !
    sommes-nous prêts à vivre comme dans les années 50 ?
    là est toute la question; pourtant il faudra bien repenser tous les modes de production
    autrefois l’agriculteur se suffisait et vivait de son travail
    aujourd »hui essayez de vendre des pommes de terre cultivées naturellement avec des bosses et des trous ou alors de petites pommes à la couleur du temps et vous verrez si vous les vendez …
    le naturel est bien mais chez les autres et dans les discussions stériles
    comment les chrétiens peuvent-ils « sortir d’une ère »
    en se mobilisant
    mais pour quels achats ?
    mais pour quelle consommation ?
    peut-on acheter un poulet élevé comme il y a cinquante ans alors que son prix est trois plus cher qu’un animal de batterie ?
    et puis ce qui était autrefois abordable chez le fermier ne l’est plus avec les revenus de plus en plus modestes…car le naturel coute cher ‘céréales , vaccins , démarrage des poussins,abattage selon les conventions européennes…’
    toutes les grandes intentions font bien pour les nantis qui refont le monde dans leur salon devant les télé et selon des idées fumeuses … allez voir sur le terrain et vous pourrez parler..

  2. Christine L dit :

    Daniel, votre commentaire me peine : vous semblez à la fois vouloir un changement et ne plus y croire.
    Pourtant, partout des personnes ont commencé à changer, et lorsqu’elles se retrouvent et en parlent, on voit bien que des chemins sont possibles… en ce qui me concerne, cela nourrit mon espérance.
    Non, tout n’est pas qu’une question d’argent, et tout n’est pas perdu. Par contre, pour nous aider à avancer nous avons besoin les uns des autres… je vous souhaite de trouver autour de vous des personnes avec lesquelles partager votre désir et votre indignation, pour pouvoir ouvrir ensemble des pistes nouvelles. Le sens de notre vie est là…
    Avec mon amitié

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