Des Eglises pro-actives contre le dérèglement climatique ?

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unknown Elle m’était passée entre les mailles :

le 17 octobre, une journée-séminaire s’est tenu à Bruxelles, organisée par la Commission Eglise et Société de la Conférence des Eglises européennes (CEC), la Commission des épiscopats de la Communauté européenne (COMECE) en collaboration avec le Bureau des conseillers de politique européenne (BEPA). Son thème ? « Protection de l’environnement et changements climatiques, des défis politiques – le rôle de l’éthique, des styles de vie, de la solidarité et de la justice ». En voici le compte rendu.

Compte tenu des preuves scientifiques présentées dans le récent rapport du GIEC, le Prof. Goose, de l’Université catholique de Leuwen, a insisté sur le caractère irréfutable du facteur humain dans le réchauffement climatique. Ce constat fut à la base des discussions de la journée, durant laquelle on revint à plusieurs reprises sur le décalage entre la simple reconnaissance de cette réalité et la nécessité d’agir en conséquence.
Les changements climatiques sont un phénomène mondial et ils préoccupent à ce titre les organisations confessionnelles pour le développement. Ainsi, Janna Schönfeld d’APRODEV ( une association de 17 organisations européennes pour le développement et l’aide humanitaire), a rappelé : « L’UE est le deuxième plus grand émetteur mondial de CO2 après les Etats-Unis. Elle est en même temps une des régions les plus riches du monde. L’UE a donc clairement une responsabilité morale d’agir. »
Cet appel a été relayé par Bernd Nilles, de CIDSE (alliance internationale de 17 agences catholiques pour le développement d’Europe et d’Amérique du Nord). Il a dénoncé le fait que «  l’exploitation continue des énergies fossiles, des économies uniquement basées sur la croissance et un manque d’engagement pour financer les mesures de réduction sont autant de facteurs de risque pour les communautés les plus vulnérables. »
Mgr Gomes, évêque auxiliaire de Dhaka (Bangladesh) a quant à lui réaffirmé, par l’intermédiaire d’un message vidéo: «  Ce sont les pauvres qui souffrent de l’injustice climatique et du réchauffement du climat. Nous devrions soulager ces souffrances plutôt que de les aggraver. Alors que les moyens existent pour nourrir, vêtir et loger chaque être humain, ils ne sont pas distribués de façon équitable – et ce fait est aggravé par les frontières géopolitiques. Les solutions que nous proposent les pays développés pour faire face à ces défis sont loin d’être satisfaisantes. »
Le Prof. Hans Diefenbacher, de l’Université d’Heidelberg, a mis en avant le fossé qui existait entre l’illusion que procuraient les profits économiques à court terme et les mesures durables de long terme qui étaient nécessaires pour pallier la continuelle dégradation climatique d’une manière juste et équitable.
Martin Scheele, de la DG Agriculture et développement rural de la Commission européenne, a souligné l’importance d’augmenter l’efficacité des ressources et de s’atteler non seulement à la production mais aussi aux modes de consommation (la conscience des consommateurs et la notion de « choix »). Pour cibler le facteur « humain » il convient que chacun reconnaisse sa propre responsabilité, s’engage dans un changement de paradigme en adoptant la « notion de satiété » et entame un changement de style de vie. Le rôle que pouvait jouer l’Eglise dans ces changements de comportement a été plusieurs fois souligné. Or, si l’Eglise veut incarner cette force de changement dans les modes de consommation, elle doit d’abord mettre de l’ordre chez elle. Mais de nombreux exemples de bonnes pratiques prouvent déjà que l’Eglise est pro-active dans ce domaine.
Finalement, l’appel à des objectifs ambitieux et contraignants pour 2050 et au-delà a été repris par Mr Runge–Metzger, négociateur en chef sur les questions climatiques et Directeur de la stratégie climatique internationale au sein de la DG Climat  de la Commission européenne. Selon lui, quels que soient les coûts financiers induits par l’augmentation des objectifs de l’action Climat, c’était un prix relativement faible à payer comparé au devenir des citoyens actuels et futurs.
Pour conclure le séminaire, les représentants des Eglises se sont déclarés prêts à faire une contribution substantielle pour réduire les effets des changements climatiques, lors des COP (Conférence des parties) de novembre 2013 à Varsovie, puis au Pérou (2014), Paris (2015) et au delà. Bien qu’il soit important d’envisager des solutions techniques, la dimension spirituelle reste d’une importance capitale. Le Père José Ignacio Garcia sj (JESC) ainsi que le Révérend Henrik Grape (Eglise de Suède) ont tous deux souligné la dimension spirituelle qui consiste à être les gardiens de la création. Le Père Garcia a évoqué la peur légitime vis à vis du futur mais a rappelé aux participants que la peur pouvait aussi être paralysante. Il a développé une réflexion autour de l’idée que « la peur pouvait être surmontée par l’amour, un amour sincère» tandis que le Rev. Grape a renchéri :«  l’amour de notre planète terre, de la création dans laquelle nous vivons et de laquelle nous sommes dépendants, nous oblige à l’action ».
 DL

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