BARRAGES – Quand la coupe déborde

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2014 Barrages brésiliensCertains reçoivent peut être la « Lettre d’Amazonie » qui témoigne du quotidien des hommes et des femmes qui y vivent et des missions chrétiennes qui tentent de défendre l’essentiel. Dans le dernier numéro de la lettre sont analysées les raisons des  importantes inondations sur le Rio Madeira. Occasion de rappeler quelques faits oubliés.

Le Rondonia est un Etat de l’ouest du Brésil, à la frontière avec la Bolivie.  Un Etat oublié qui était couvert à l’origine de plus de 200 000 km2 de forêts tropicales.  Il y a dix ans déjà, un tiers de la forêt avait déjà disparu sous les coupes massives. Il est désormais l’une des régions du Brésil les plus atteintes par la déforestation.

Y a t-il un lien ? Au début de l’année 2014, des inondations catastrophiques ont touché la région. En mars, 2000 Familles ont du être déplacées, et l’Etat a été mis en état d’urgence ainsi que plusieurs autres Etats voisins. De quoi s’interroger aussi sur la gestion du patrimoine hydrologique de ces régions. Selon la revue Ciênça, la multiplication des crues dites « centenales » n’est pas un hasard. Dérèglement climatique, mais aussi multiplication des barrages sont des facteurs évidemment aggravant.

Occasion de rappeler que ces projets de barrages gigantesques sur ces bassins hydrologiques cruciaux pour toute la biodiversité de la région et donc aussi la vie des populations locales, ont pour buts premiers la production d’électricité moins chère que l’énergie produite à partir du pétrole. Mais aussi le développement de voies navigables du Brésil vers les ports côtiers du Pérou, via la Colombie. De quoi pouvoir exporter facilement les produits agricoles (!) brésiliens vers les pays asiatiques…Le rapport annuel du CIMI (Centre indigène missionnaire) permet de comprendre l’impact de ces projets sur les régions en termes de corruptions organisées, violences aux populations indigènes et autres trafics d’influences.

En attendant, et malgré de nombreuses manifestations des populations locales, les plans de développement à grande vitesse des pays sud-américains continuent de piller le patrimoine naturel et de déséquilibrer gravement les écosystèmes locaux au nom du développement économique du pays. Et tant pis pour les inondés qui vivent sur place. En passant, on peut rappeler aussi que certains de ces barrages ont été allégrement soutenus par une belle entreprise française, GDF Suez pour ne pas la nommer. Plus d’infos ici.

La revue, citée par la Lettre d’Amazonie propose une analyse :

En ce qui concerne l’usine hydroélectrique de Santo Antonio, la canalisation de l’eau par le déversoir du barrage a projeté davantage de courant contre les rives de la ville de Porto Velho, accentuant leur érosion. En 2012 déjà, près de 300 maisons furent englouties. Des porte-parole de l’entreprise avaient alors allégué que tout cela n’était qu’un phénomène naturel. Mais prenant en considération la coïncidence du phénomène de l’implantation du barrage et la catastrophe, il est clair que ces explications n’avaient pas convaincu beaucoup de personnes en dehors des fonctionnaires même de l’usine ! En 2014, le réservoir d’eau de Santo Antonio, avec ses 117 km de long, submergea non seulement les rapides de Santo Antonio mais tous ceux situés sur le parcours du rio Madeira.
Normalement, l’énergie cinétique de la chute de l’eau d’un fleuve se libère progressivement tout au long du trajet. Ici, la présence du barrage fait qu’elle se concentre en une chute unique, de grande dimension, juste au-dessus de Porto Velho, là où la vitesse de l’eau et son pouvoir d’érosion sont justement les plus grands, provoquant ainsi un débit record.

Dans le cas de l’usine de Jirau, située à près de 120 km de Porto Velho, sa présence a contribué à l’inondation des zones protégées de Bolivie, de la rive du rio Madeira et du district d’Abunã, dans le Rondônia. Les affirmations que le barrage de Jirau n’aurait pas eu d’influence sur les inondations du pays voisin, répétées plusieurs fois par les constructeurs des barrages dans Étude et rapport d’impact Ambiental (EIA/Rima) et dans des documents élaborés postérieurement, ont été contestées dans le détail par l’auteur dans un travail publié en 2013 (revue Water Alternatives).

En ce qui concerne l’inondation de plusieurs parties de la route BR 364 qui longe les usines de Santo Antonio et Jirau, elle a été accentuée par la présence des lacs de retenues d’eau dont le niveau trop élevé, a accru la montée des eaux. Il aurait suffi de rabaisser le niveau des réservoirs à celui du rio, pour que l’inondation latérale soit moindre. La crue record aurait certes causé une inondation record même en l’absence des barrages, mais avec eux, la crue aura été encore plus importante.
Malgré le rehaussement de la route, les retenues d’eau l’ont partiellement engloutie.

Le rio Madeira possède une des plus grandes charges de sédiments du monde. Le réservoir de Jirau se terminant exactement à la frontière du Brésil avec la Bolivie, fournit ainsi tous les éléments nécessaires pour un impact international. Les sédiments les plus gros tendent à migrer au fond des réservoirs, là où l’eau entre dans le lac en amont du rio. Une fois accumulés, ils fonctionnent comme une espèce de second barrage, retenant l’eau dans la partie du rio qui est au-dessus de ce que l’on appelle officiellement le reservatorio (réservoir). Il en résulte une sorte de « tourbillon supérieur » où le niveau de l’eau est plus haut que dans le rio naturel, entraînant les conséquences que l’on connaît.

DL

Source : Lettre d’Amazonie, 13-11-2014

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