ROGATIONS – Un grand champ (apostolique) à moissonner

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2018 ECOLOGIE IMAGES FougèreY a t-il un renouveau dans la pratique de la prière des Rogations en France ? La liste établie par les Journées paysannes le laisserait entendre. Mais pourquoi certaines communautés traditionalistes semblent-elles être en première ligne de ce « renouveau » par l’ancien ?

La prière des Rogations est très ancienne en France et a accompagné pendant des siècles l’évangélisation du monde rural. Bien sûr, avec les mutations de l’après-guerre et l’exode rurale, sa pratique est tombée souvent en désuétude, assimilée parfois à une forme de superstition alors que l’agriculture intensive faisait des « miracles » à elle toute seule.

Pourtant, avec la crise du monde agricole actuel et le renouveau d’une « écologie intégrale », invitant à revisiter nos liens avec les autres, avec Dieu et avec la terre, la prière pour le travail de la terre et ses fruits retrouve toute son actualité. Sans mièvrerie ou superstition. Simplement, avec l’évidence d’une bénédiction (« dire du bien ») nécessaire, urgente et partagée par tous.  Traditionnellement, les Rogations étaient pratiquées trois jours avant la solennité de l’Ascension, mais peuvent aussi être célébrées à d’autres moments.

Le « livre des Bénédictions » (Rituel Romain, Ed. Chalet-Tardy, 1988) précise ainsi :

« Dieu, qui a créé le monde entier par pur amour, l’a confié à l’homme pour qu’il en prenne charge, qu’il le transforme par son travail et qu’il fournisse à ses frères tout ce qui leur est nécessaire. Par cette bénédiction, les fidèles manifestent à Dieu leur reconnaissance pour les bienfaits qu’ils ont reçus. Ce rite peut être employé dans les circonstances les plus appropriées de la vie agricole, de manière à sanctifier par la prière le travail humain et à accompagner de la bénédiction de Dieu les saisons etles travaux qui y correspondent. Il peut servir en particulier pour les prières des Quatre-temps et les Rogations. » (n°45-748)

La prière elle-même se déroule ainsi : chant d’accueil, salutation  liturgique et prière d’ouverture. Lecture de la Parole de Dieu (Gn 1, 1-31a ; Dt 32, 10c-14, Mt 6, 25-34 ; Mc 4, 26-29 etc…) ; Prière d’action de grâce et d’intercession ; Bénédiction et conclusion (prière et chant).

Parmi les prières de bénédiction possibles

Dieu, qui dans ta providence dès le commencement du monde as prescrit à la terre de produire l’herbe et des fruits de toute sorte, toi qui donnes au semeur la semence et le pain pour la nourriture, nous t’en prions : permets que cette terre, enrichie par ta largesse et cultivée par le travail des hommes, produise du fruit en abondance pour que ton peuple se réjouisse des biens que tu lui accordes, et qu’il te rende grâce ici et dans l’éternité. Par Jésus, le Christ notre Seigneur. AMEN

Du côté des « Journées paysannes », on précise :

Les Rogations sont des prières, des supplications merveilleusement adaptées pour retrouver le sens universel du lien de l’homme à la terre. Nous sortons de cette période sombre, où certains ont osé prétendre que les agriculteurs avaient plus besoin de techniques que de prières. Comme si les unes excluaient les autres. Le paysan sait combien l’homme a besoin d’améliorer sans cesse ses techniques agronomiques et culturales – et combien en même temps il a besoin de prier. Dieu est l’auteur de la croissance de la vie.  Alors où que nous soyons, demandons la bénédiction de Dieu sur nos terres et nos récoltes. Pourquoi ? Pour demander la bénédiction des terres et des récoltes ; Pour supplier de permettre aux familles paysannes de tirer de leur travail, les revenus pour vivre et éduquer leurs enfants ;  Pour permettre à la terre de nourrir tous ceux qui ont faim ; Pour nourrir l’espérance de la vie éternelle en collaborant au travail de la terre.

rajoutant par la même occasion une prière tirée du rituel ancien (avant la réforme liturgique post-conciliaire) pour la procession des Rogations

Ô Dieu tout puissant, nous implorons de votre bonté que les fruits de la terre, que vous daignez nourrir en leur ménageant la chaleur et la pluie, soient pénétrés de la rosée de vos bénédictions, et que ce peuple qui vous appartient puisse toujours vous remercier de vos dons, de sorte que grâce à la fertilité de la terre les affamés soient comblés de biens et que le pauvre et l’indigent célèbrent la gloire de votre nom. Par le Christ notre Seigneur. Amen.

 

Les « Journées paysannes » listent ensuite les lieux qui vont vivre un temps de prière de ce genre. Notons au passage (…), que parmi les lieux les plus actifs dans le renouveau de cette pratique, il y a des paroisses et des monastères issus ou proches du monde des traditionalistes catholiques (abbayes de Randol, de Sainte-Madeleine du Barroux (Vaucluse) et de Notre Dame de Triors (Drôme)). Mais aussi d’autres communautés telles que le monastère de Solesme (Sarthe), le sanctuaire d’Ars (Ain), le sanctuaire de Notre-Dame du Chêne (Sarthe) etc. Il manque encore de nombreux autres lieux pour rééquilibrer un peu la donne et ne pas réserver cette prière antique aux milieux les plus conservateurs du catholicisme. Là aussi, un effet « Laudato si' » serait urgemment nécessaire.

DL

 

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