ORTHODOXIE – Ecologie éthique en Attique

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2018 ECOLOGIE Eglises bartholomée AttiqueLe patriarche orthodoxe Bartholomé vient d’ouvrir le symposium qu’il organise actuellement à Athènes. Voici le texte de son allocution (trad. E&E)

Vos éminences, vos excellences, distingués hôtes et amis bien aimés

C’est avec une grande joie que nous vous saluons au sein de ce 9e symposium international, interdisciplinaire et inter-confessionnel, intitulé « Préservons la planète et protégeons son peuple ». Vous êtes venus de toutes les parties du monde pour vous confronter à un grand défi, urgent et qui concerne tout le monde. Votre présence ici est à la fois un honneur et un espoir pour le futur.

La crise écologique a révélé que notre monde constitue un ensemble unifié et qu’ainsi, nos problèmes sont aussi partagés par tous. Cela signifie qu’aucune initiative ou institution, aucune nation ou entreprise, ni la science ni la technologie, ne peuvent répondre seul à cette crise écologique, sans collaborer avec d’autres. Notre réponse appelle à un cheminement commun et convergent entre religions, science et technologie, de tous secteur sociaux et organisations, et avec toute personne de bonne volonté. Un modèle de coopération est nécessaire et non pas un modèle de compétition. Nous devons travailler d’une manière collaborative et complémentaire. Malheureusement, nous voyons plutôt des modèles géopolitiques et des intérêts économiques qui luttent contre une telle coopération dans le domaine de la protection de l’environnement.

Nous devons rappeler que le changement climatique est un défi qui est lié intimement à notre modèle actuel de développement économique. Une économie qui ignore les êtres humains et leurs besoins mène inévitablement à une exploitation de l’environnement naturel. Nous continuons de menacer l’existence de l’humanité et nous pillons les ressources naturelles au nom de profits et de bénéfices à court-termes. Comment pouvons-nous sérieusement envisager un développement durable qui se ferait au détriment de  l’environnement naturel ?

Comme vous le savez déjà, le patriarcat œcuménique a souligné à de nombreuses reprises que les racines de la crise écologique sont aussi spirituelles et morales, tout en rappelant le lien profond entre humanité et nature. Plus encore, nous avons rappelé le besoin de transformation spirituelle des humains et de leurs attitudes envers la Création. Les problèmes écologiques mettent ainsi à jour un grave problème concernant l’humanité, nos besoins et nos priorités qui façonnent nos attitudes et nos pratiques envers le monde. La destruction de l’environnement naturel peut être inversée seulement par un changement radical de notre auto-compréhension en tant qu’humains. Il est ironique de constater que nous n’avons jamais eu autant de connaissances sur notre monde et cependant n’avoir comme jamais auparavant été aussi destructeur les uns avec les autres et envers la nature.

Pour l’Église orthodoxe, le soin de la Création – la préservation de la nature et la protection des peuples – émane du cœur même de notre foi. Toute forme d’aliénation entre les êtres humains et la nature est une déformation de la théologie et de l’anthropologie chrétienne. Comme le déclarait l’encyclique du grand et saint Concile de l’Église orthodoxe de juin 2016, chaque chrétien est appelé à être un « gardien, un protecteur et un prêtre de la Création qu’il offre au Créateur par la voie de la doxologie. »

C’est précisément pour cela que notre Église a entrepris de nombreuses initiatives internationales, interconfessionnelles et interdisciplinaires pour l’environnement, tout au long de mon mandat patriarcal. Nous avons organisé des symposia, des séminaires et des assemblées communautaires et politiques. Nous nous sommes engagés personnellement dans le processus menant à l’accord historique de Paris conclut en décembre 2015. C’est pourquoi nous avons aussi publié un message commun avec le pape François, en septembre dernier, plaidant pour la priorité d’une attitude de service dans notre relation à la nature et à nos concitoyens. Et, c’est pourquoi nous avons organisé aussi ce symposium, pour explorer les problèmes environnementaux dans la région, pour examiner les connections entre justice écologique et justice sociale, dans le contexte de défis environnementaux et sociaux urgents aujourd’hui aussi bien en Grèce que de manière globale.

Aussi, dans les prochains jours, nous nous concentrerons sur la relation critique entre religion et science, tout particulièrement sur la manière dont cela impacte l’environnement naturel. Nous devrons évaluer les connections fondamentales entre écologie et éthique, notamment dans les comportements sociaux. Nous devrons aborder l’association intime entre guerres et migrations, notamment lorsqu’elles débouchent sur des migrations forcées. Et dans tout cela, nous rappellerons le rôle vital et transformateur de la foi dans les vies des individus, des communautés et des peuples.

Bien sur, il y a toujours une dimension locale et tangible dans cet engagement pour  la Création. C’est ce que laisse entendre d’ailleurs le sous-titre de notre symposium : « Vers une Attique plus verte ! ». Il  permettra aussi d’augmenter l’intérêt pour les questions climatiques dans cette belle région, car il reste encore beaucoup à faire. Par exemple : quand verrons nous, en Attique, une vraie réduction des déchets et des déplorables décharges à ciel ouvert ? Quand aurons-nous une solution à la présence injustifiable de plastique dans les fonds marins environnants et qui menacent la vie marine ?

La moitié de la population de la Grèce vit dans la région entourant le golfe saronique. Et plus de la moitié des déchets marins s’accumulent aussi ici. La mer ionienne est en danger, menaçant les résidents de Lefkada et du continent, notamment du fait de la quantité grandissante de déchets non-biodégradables issus du monde de la marine.

Nous devons protéger nos sources d’eau potable et nos océans. L’environnement marin de la Grèce est une part vitale de son histoire et de sa population, de son économie et de son écologie. Ne serait-il pas rafraichissant de voir que l’aire de la mer ionienne honore son appellation d’une des plus grandes aires « Natura 2000 » du pays, protégée par l’Union européenne ? Ne serait-il pas inspirant de voir qu’Athènes rejoigne Paris et Berlin dans la promotion du droit humain de l’accès à l’eau potable et de sa défense comme bien commun ? Plus récemment, les Thessaloniciens sont devenus la première « communauté bleue » en Grèce. Voilà des efforts joints que nous sommes appelés à renforcer et créer si nous voulons vraiment protéger nos ressources en eau pour les générations futures.

Chers invités,

Depuis le début de ce propos, nous avons souligné les interconnections entre les problèmes environnementaux et sociaux, ainsi que la nécessité de les prendre en compte ensemble et de manière collaborative. Préserver et protéger l’environnement naturel, ainsi que respecter et servir les êtres humains qui nous sont proches, sont deux faces d’une même pièce. Les conséquences de la crise écologique – qui touche, d’abord et essentiellement, les plus fragiles socialement et économiquement – sont des menaces sérieuses pour la cohésion sociale et l’intégration. L’identité de chaque société et la mesure de chaque culture ne sont pas jugées par leur degré de développement technologique, de croissance économique ou d’infrastructures publiques. Notre vie civile et civilisationnelle sont définies et jugées d’abord par notre capacité à respecter la dignité humaine et l’intégrité de la nature.

Plus encore, il y un lien intime entre le soin apporté à la Création et la louange du Créateur, entre l’économie pour les pauvres et une écologique pour la planète. Lorsque nous faisons violence à des gens, nous abimons la terre. Ainsi, notre cupidité extrême et nos déchets excessifs ne sont pas seulement inacceptables d’un point de vue économique. Ils sont aussi invivables d’un point de vue écologique. En fait, ils sont éthiquement impardonnables. C’est ainsi que nous devons interpréter les paroles du Seigneur dans la parabole du Jugement dernier: « J’avais faim et et vous m’avez donné à manger. J’avais soif et vous m’avez donné à boire. » (Mt 25,35)

Chers amis, chacun de nous est appelé à interroger et aussi à changer la manière dont nous consommons pour apprendre à être plus économe, pour le bien de notre planète et le bénéfice des populations. Ces efforts pour « pré-server » nous rappellent que nous devons nous « servir » les uns les autres. « Préserver » implique le partage de notre souci pour la terre et ses habitants. Cela signifie la capacité de voir dans notre voisin – et en chaque personne – le visage de n’importe quel être humain et donc aussi, au final, le visage de Dieu. C’est là surement la raison la plus profonde de tout ce que nous faisons – via nos engagements professionnels, vocationnels ou croyants respectifs. Sinon, nous ne pouvons pas dire que nous exprimons de la compassion pour notre planète ou notre voisin, ou que nous prenons vraiment soin des ressources mondiales et des communautés.

Que ce symposium soit une opportunité pour des moments d’inspirations, de conversations, de transformations. Notre but est d’élaborer une réponse collaborative à la crise écologique tout en luttant pour une planète viable et la justice sociale pour l’humanité, comme un héritage sacré pour tous, spécialement les enfants. Nous sommes persuadés que nos présentations et nos échanges nous aiderons à avancer, « juste un peu plus loin » et monter « juste un peu plus haut », comme le dirait le lauréat grec du prix Nobel George Seferis, grâce aux contributions inestimables de ceux qui ont dévoués leur vie, leur travail et leurs capacités pour lutter et promouvoir l’intégrité de la création comme un monde juste. Mais, gardons cependant toujours à l’esprit, au delà de tout succès ou échec, que notre espérance ultime, en tant que chrétiens, repose dans la descente humble du Sauveur des « hauteurs » afin de « faire toutes choses nouvelles » (Ap 21, 5) et nous aider à monter dans la  » droiture, la paix, la joie de l’Esprit saint ». (Rom 14,17)

Merci. Que Dieu vous bénisse !

 

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