DEBAT – Un chrétien dans l’arène

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Etre prêtre à Nîmes, ça vous expose. Par exemple, vous risquez de finir aumônier des arènes. Jacques Teissier assume, lui qui a écrit un livre sur « La corrida, effraction salutaire », au grand dam des défenseurs des animaux.

C’est une maison d’édition locale, « Au Diable Vauvert » qui édite l’ouvrage. Marion Mazauric, sa directrice, qui par ailleurs se revendique militante communiste, connaît l’homme depuis longtemps. Elle confie dans un journal local :
« C’est Jacques, je l’ai rencontré aux arènes, je le connais depuis toujours, explique-t-elle. Je l’ai toujours trouvé formidable, il est à la fois un homme simple et un puits de science. Il y a très longtemps que j’avais envie de le publier. Il faut s’en rendre compte : c’est un personnage unique en France, et même dans le monde sans doute. »
Revenu dans le Gard depuis 1987, il a très vite été promu à cette pastorale singulière. Conférencier et marathonien, l’auteur assume le monde qu’il accompagne.
Est-il représentatif pour autant de la position de l’Eglise face aux « jeux » traditionnels de ce genre ? Depuis longtemps (au moins depuis saint Augustin), la fréquentation des arènes et de ses spectacles (particulièrement celui des gladiateurs et des courses) était déconseillé aux chrétiens. D’autant plus que ces lieux ont servi aussi à la persécution de certains des leurs dans les heures les plus sombres. Au XVIe siècle, Pie V publie un texte condamnant explicitement les jeux taurins du fait des risques volontaires pris par les taureros. Cette « exhibition de force et d’audace (…) qui occasionnent fréquemment des accidents mortels, des mutilations (…) sont un danger pour les âmes. » Mais les papes suivant reviendront à plusieurs reprises sur le sujet pour lever ou maintenir l’interdit.

En attendant, le P. Tessier s’apprête à donner le 22 novembre une conférence au domaine Augé à Boujan sur Libron sur le thème de la spiritualité dans la tauromachie.

Il serait intéressant sans doute de demander à ce prêtre comment il lit l’encyclique Laudato si et son invitation à témoigner que dans la Création tout est lié. Son engagement rappelle en tout cas la singularité de la foi chrétienne qui s’inculture dans les traditions locales pour que l’Evangile puisse être entendu. Les débats récents qui ont animé certains milieux conservateurs a propos de l’inculturation dans les populations autochtones de l’Amazonie pourraient ainsi être éclairés : regardons nous d’abord avant de faire la leçon aux autres. Pour les uns, la vénération de la terre-mère. Pour les autres, comme disait, rieur mais sérieux, un autre prêtre de la région, « ici, c’est la religion du taureau et du pastis ».
Pour le débat de fond sur une lecture morale de la corrida, je laisse à d’autres lecteurs du blog apporter leur point de vue pour éclairer les consciences. Sans doute que dans les décennies qui viennent, les sensibilités vont évoluer encore comme on le constate par exemple dans le monde du cirque où l’exploitation d’animaux sauvages est de plus en plus mal accepté par les spectateurs. P
eut être peut on aussi rappeler qu’une culture aussi riche et ancienne que celle de l’élevage des taureaux n’a pas forcément besoin pour exister d’organiser des spectacles exutoires où une mise à mort ritualisée d’un animal aussi impressionnant est célébrée. Mais peut être le côté iconique de cette culture rappelle aussi à chacun que la mise à mort des animaux à grande échelle est un fait culturel très largement accepté dans nos sociétés de consommation, sans que cela n’émeuve beaucoup.
Certains chrétiens portent désormais cette réflexion et tentent de faire avancer la prise de conscience sur la réalité de l’élevage et de l’abatage industriel. A suivre.

Un commentaire Ajouter un commentaire

  1. Berthon Jacqueline dit :

    J’ai eu connaissance du texte écrit par l’abbé Tessier il y a quelques années et avais écrit au Président de la Conférence des Evêques de France pour demander qu’il soit retiré de son
    site. Je vois que l’abbé persiste et le fait éditer.

    A la lecture de ce délire malsain, j’ai ressenti à la fois le déni de la souffrance du taureau, l’ignorance des sévices qui lui sont infligés avant même le début de la corrida, une tentative folle de spiritualiser l’excitation morbide devant la cruauté donnée en spectacle, enfin la libération de la part mauvaise de l’être humain ( domination, meurtre) que son libre arbitre l’invite à délaisser pour vivre en harmonie avec la loi divine qui est une loi d’amour inconditionnel pour tous.
    Il est difficile de réconcilier la paix et l’amour du message chrétien avec cette apologie de la souffrance donnée en pâture aux foules. Elle fut traditionnellement un rituel festif destiné à la corporation des bouchers, instaurée par le roi d’Espagne: E.Hardouin- Fugier, historienne.
    L’en cyclique Laudato Si est venue nous ancrer dans la conscience que tout est lié et qu’une souffrance donnée à un animal nous blesse en retour, mais est aussi indigne d’ un être humain.
    J’ajouterai que les aficionados sont d’une grande violence envers ceux qui,pacifiquement, prennent le parti des taureaux.
    Jacqueline Berthon

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