ANNIVERSAIRE – 50 ans, un bel âge pour la planète

Capture d’écran 2020-04-22 à 10.18.33C’était hier jour de fête. Celui de notre petite planète dont nous ne savons pas bien prendre soin. Bien sûr l’actualité pandémique nous a un peu gâché la joie de fêter. Mais nous a aussi rappelé que c’est bien parce que « tout est lié » qu’il faut commencer par ce respect de notre terre pour guérir.

Deux textes importants récents méritent d’être évoqués. Celui de la Fédération protestante de France (FPF) et l’appel du pape François

Ce plaidoyer a été rédigé par la commission Ecologie et justice climatique de la Fédération protestante de France puis envoyé au Président de la République Française. Il a ensuite été porté par le Président de la FPF, le pasteur François Clavairoly à l’occasion de la visio-conférence entre Emmanuel Macron et les chefs des cultes du 21 avril 2020.

Plaidoyer de la Fédération protestante de France en faveur d’une transformation écologique, solidaire et démocratique

Paris, le 21 avril 2020

Monsieur le Président de la République,

Face à la pandémie du Covid-19, l’attention et les forces sont légitimement orientées vers la priorité absolue de la réponse sanitaire, pour sauver des vies. Vous savez la contribution des protestants à l’élan de solidarités créatives, depuis l’accompagnement par l’écoute jusqu’au souci pour les plus fragiles, dont les situations restent encore trop souvent négligées.

Il serait toutefois dramatique que cette crise provoque une myopie de la pensée et de l’action, dévastatrice pour nos sociétés humaines et la biodiversité. C’est aujourd’hui, a fortiori, qu’il nous faut exercer notre vigilance, pleinement intégrer l’expertise scientifique, et co-construire demain afin que « le jour d’après » ne soit effectivement pas un retour au « jour d’avant ».

Le jour d’avant, où règnent les illusions de l’invulnérabilité, de la puissance et de la maîtrise. Le jour d’avant, où prévaut une vision des sociétés et d’une économie hors-sol, déconnectées des autres espèces, du climat, sans considération de la finitude des ressources. Ce jour d’avant, enfin, où l’individualisme a trop souvent primé sur la solidarité. C’est pourquoi nous vous appelons, Monsieur le Président, à situer ce défi dans son juste registre : sans la prise de recul, la reconnaissance de nos errements puis le renouvellement de notre imaginaire partagé, les solutions sont vouées à l’échec. Engageons ainsi un profond changement civilisationnel, spirituel et éthique :

  • reconnaissons notre finitude, nos fragilités et nos limites, et faisons preuve d’humilité ;
  • comprenons notre humanité comme intrinsèquement relationnelle et partie intégrante d’un tout écologique interdépendant, dont la vulnérabilité est aussi la nôtre ;
  • portons haut les exigences de justice et d’une solidarité généreuse envers les réfugiés, les pauvres, les jeunes et tous les vulnérables, dans l’esprit de l’Évangile ;
  • soumettons au débat sociétal les questions de l’essentiel, des finalités de notre être-ensemble, de la vie bonne et du progrès, et redéfinissons nos indicateurs clés ;
  • formulons un récit commun qui soit porteur de sens, d’envie et d’espérance.

Le jour d’avant est aussi celui où les politiques et nos actes menacent toujours davantage de rendre la Terre inhabitable, en empirant les dérèglements climatiques et la sixième extinction de masse déjà enclenchée, provoquant de plus en plus angoisses, désespoir et parfois colère. Ce temps où, simultanément, les inégalités et les souffrances associées n’ont cessé de se creuser, avec les dérives et les excès de la course au profit. C’est pourquoi nous vous interpelons : haussez l’agir à son juste niveau. Les modifications à la marge seront notre perte. Inventons donc un paradigme nouveau pour le jour d’après : le redémarrage de nos économies devra être une rampe et une matrice pour une profonde transformation écologique, solidaire et démocratique, par une action et des investissements massifs et justement orientés.

En ce sens, dans notre pays, il nous paraît essentiel :

  • d’approfondir ce qui a émergé de positif lors du confinement, notamment la mesure de l’importance de l’action de l’État et ce d’abord dans la santé, les relocalisations, les circuits courts, le télétravail, l’intelligence collective et les solidarités citoyennes ;
  • de mener des transformations écologiques et justes, avec pour priorités le virage vers les mobilités bas-carbones accessibles, l’accélération d’une rénovation énergétique performante du bâti bénéficiant en premier lieu aux plus précaires, le tournant vers l’agroécologie et la protection des espaces naturels terrestres et marins ;
  • d’engager un investissement public pour le climat largement supérieur au plancher de 7 milliards d’euros annuels estimé par l’Institute for Climate Economics ;
  • de mettre la finance et la fiscalité au service de l’économie réelle et de la transformation vers ce nouveau paradigme.

Dans la sphère internationale, nous portons le souci :

  • de la dynamique de l’Europe et de la solidarité entre ses membres, qui devrait s’articuler autour d’un tel projet porteur de sens ;
  • de contribution au succès de l’Accord de Paris et à la justice climatique, par la revue à la hausse en 2020 de la contribution nationalement déterminée (NDC) de l’Union européenne avec un objectif de réduction d’émissions d’au moins 55 % d’ici à 2030 et l’élaboration d’un plan de sortie de crises dont le Green Deal européen pourrait être le cadre fondateur ;
  • d’un engagement diplomatique fort de la France à la COP15 sur la biodiversité de l’ONU ; et plus largement, d’une revitalisation et réorientation des priorités des organisations internationales pertinentes ;
  • d’un soutien solidaire et responsable aux pays en développement, en particulier dans la francophonie, avec le maintien des engagements de financements climat afin que les plus vulnérables puissent continuer à faire face aux impacts des dérèglements climatiques, et des soutiens additionnels pour construire un avenir plus résilient.

Monsieur le Président, nous le disons avec gravité, nous sommes à un carrefour de l’histoire. Le retour au « jour d’avant » n’est ni viable ni enviable. Puissions-nous saisir ce moment opportun et entrer en travail, dans la confiance et l’espérance ! Veuillez agréer, Monsieur le Président, l’expression de mes salutations les plus respectueuses,  Pasteur François Clavairoly, Président de la Fédération protestante de France.

22 avril 2020, audience générale du pape François

  • DC / exte original italien /  Traduction française de Violaine Ricour-Dumas pour La DC.

Le 22 avril 2020, lors de l’audience générale qui s’est tenue dans la bibliothèque du Palais apostolique, le pape François a centré sa méditation sur la 50e Journée mondiale de la Terre. Situant sa réflexion dans la lignée de la Lettre encyclique Laudato si’, mais aussi de l’Exhortation apostolique post-synodale Querida Amazonia, il a tout d’abord souligné combien l’humanité a failli « dans la protection de la terre, de notre maison-jardin, et dans la protection de nos frères ». La DC

Chers frères et sœurs, bonjour !

Nous fêtons aujourd’hui la 50e Journée mondiale de la Terre. C’est l’occasion de renouveler notre engagement à aimer notre maison commune, à prendre soin d’elle et des membres les plus faibles de notre famille. Comme nous le montre l’épidémie tragique de coronavirus, ce n’est qu’ensemble et en prenant soin des plus fragiles que nous pourrons vaincre ce défi global. L’encyclique Laudato si’comporte justement ce sous-titre : « sur la sauvegarde de la maison commune » (1). Aujourd’hui, nous allons réfléchir un instant ensemble sur cette responsabilité qui caractérise « notre passage sur cette terre » (2). Nous devons grandir dans cette prise de conscience de la sauvegarde de la maison commune.

Nous sommes en effet constitués de matière terrestre, et nous vivons grâce aux fruits de la terre. Mais, comme nous le rappelle le livre de la Genèse, nous ne sommes pas seulement des « terriens » : nous portons aussi en nous le souffle vital qui vient de Dieu (cf. Gn 2, 4-7). Nous vivons donc dans la maison commune telle une unique famille humaine, au sein de la biodiversité avec les autres créatures de Dieu. En tant que imago Dei, image de Dieu, nous sommes appelés à respecter et à prendre soin de toutes les créatures et à faire preuve d’amour et de compassion pour nos frères et sœurs, en particulier les plus faibles, à l’image de l’amour de Dieu pour nous, manifesté en son fils Jésus, qui s’est fait homme pour partager notre condition et nous sauver.

Par égoïsme, nous avons manqué à notre responsabilité de gardiens et d’administrateurs de la terre. « Il suffit de regarder la réalité avec sincérité pour constater qu’il y a une grande détérioration de notre maison commune » (3). Nous l’avons souillée, pillée, mettant en danger notre propre vie. C’est pourquoi différents mouvements locaux et internationaux se sont formés pour réveiller les consciences. J’apprécie sincèrement ces initiatives, et il sera encore nécessaire que nos enfants descendent dans les rues pour nous apprendre ce qui est évident, c’est-à-dire que nous n’aurons pas d’avenir si nous détruisons l’environnement dont nous avons besoin. Nous avons failli dans la protection de la terre, de notre maison-jardin, et dans la protection de nos frères. Nous avons péché contre la terre, contre notre prochain et, en définitive, contre le Créateur, le Père bon qui veille sur chacun de nous et qui veut que nous vivions ensemble dans la communion et la prospérité. Et comment la terre réagit-elle ? Il y a un proverbe espagnol qui, à ce sujet, est très clair et dit : « Dieu pardonne toujours ; nous les hommes nous pardonnons parfois ; la terre ne pardonne jamais ». La terre ne pardonne pas : si nous avons détérioré la terre, la réponse sera terrible.

Comment pouvons-nous restaurer un rapport harmonieux avec la terre et le reste de l’humanité ? Un rapport harmonieux… Nous perdons si souvent de vue ce qu’est l’harmonie : l’harmonie est l’œuvre de l’Esprit-Saint. Dans notre maison commune, sur cette terre, dans nos rapports avec les autres, avec notre prochain, avec les plus pauvres, comment pouvons-nous rétablir cette harmonie ? Nous avons besoin d’un regard neuf sur notre maison commune. Comprenons-nous bien : il ne s’agit pas d’un stock de ressources que nous devons faire fructifier. Pour nous croyants, le monde naturel est « l’Évangile de la création », qui montre la puissance créatrice de Dieu qui façonne la vie humaine et fait exister le monde avec tout ce qu’il contient pour permettre la vie humaine. Le récit biblique de la création se termine ainsi : « Et Dieu vit tout ce qu’il avait fait ; et voici : cela était très bon » (Gn 1, 31). Quand on voit toutes ces tragédies naturelles qui sont une réponse de la terre aux mauvais traitements que nous lui infligeons, je me dis : « Si je demande maintenant au Seigneur ce qu’il en pense, je ne pense pas qu’il me dira que cela est très bon ». C’est nous qui avons grandement abîmé l’œuvre du Seigneur !

En célébrant aujourd’hui la Journée Mondiale de la Terre, nous sommes appelés à retrouver le sens d’un respect sacré pour la terre, car elle n’est pas seulement notre maison, mais elle est également la maison de Dieu. C’est de là que naît en nous la conscience de vivre sur une terre sacrée ! Chers frères et sœurs, « réveillons le sens esthétique et contemplatif que Dieu a mis en nous » (4). Le don de la contemplation est quelque chose que nous apprenons surtout des peuples autochtones, lesquels nous enseignent que nous ne pouvons prendre soin de la terre si nous ne l’aimons pas et ne la respectons pas. Ils ont cette sagesse du « bien vivre », non pas dans le sens de se laisser vivre, non, mais dans celui de vivre en harmonie avec la terre. Cette harmonie, ils l’appellent le « bien vivre ».

En même temps, il nous faut vivre une conversion écologique qui se traduise par des actions concrètes. En tant que famille unique et interdépendante, nous avons besoin d’un plan partagé pour contrer les menaces qui pèsent sur notre maison commune. « L’interdépendance nous oblige à penser à un monde unique, à un projet commun » (5). Nous sommes conscients de l’importance de collaborer en tant que communauté internationale pour la protection de notre maison commune. Je lance un appel à tous ceux qui sont en charge du processus qui conduira à deux importantes Conférences internationales : la Cop15 sur la biodiversité à Kunming (Chine) et la Cop26 sur les Changements climatiques à Glasgow (Royaume-Uni). Ces deux rendez-vous sont de la plus grande importance.

Je voudrais également encourager l’organisation d’événements concertés aux niveaux national et local. C’est une bonne chose que d’avancer ensemble, de toutes conditions sociales, et de donner également naissance à un mouvement populaire, venant « de la base ». C’est justement pour cela qu’est née cette Journée mondiale de la Terre que nous célébrons aujourd’hui. Chacun de nous peut apporter sa petite contribution : « Il ne faut pas penser que ces efforts ne vont pas changer le monde. Ces actions répandent dans la société un bien qui produit toujours des fruits au-delà de ce que l’on peut constater, parce qu’elles suscitent sur cette terre un bien qui tend à se répandre toujours, parfois de façon invisible » (6). En ce temps pascal de renouveau, employons-nous à aimer et à apprécier ce don magnifique qu’est la terre, notre maison commune, et à prendre soin de tous les membres de la famille humaine. En tant que frères et sœurs, supplions ensemble notre Père céleste : « Envoie ton souffle et renouvelle la face de la terre » (cf. Ps 104, 30).

 

(1) Pape François, Lettre encyclique Laudato si’sur la sauvegarde de la maison commune, 2015. / (2) Ibid., n. 160. / (3) Ibid., n. 61. / (4) Pape François, Exhortation apostolique post-synodale Querida Amazonia, 12 février 2020, n. 56. /(5) Pape François, Lettre encyclique Laudato si’ sur la sauvegarde de la maison commune, n. 164. / (6) Ibid., n. 212.

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