BELLE SAISON – J+22 – Pour un CAP « réparateur de brèches »

Mgr Herbreteau, évêque d’Agen, vient d’écrire une lettre pastorale sur le thème de l’engagement écologique. En voici les principaux extraits.


On pourra retrouver le texte intégral sur le site de la Documentation catholique ou ici. Un texte qui s’interroge sur la mobilisation des chrétiens 5 ans après la publication de l’encyclique Laudato si. Et arriver à un niveau de crédibilité suffisant pour en faire un témoignage. Dans le diocèse, l’évêque donne RV au lycée de l’Oustal à Villeneuve sur Lot le samedi 10 octobre 2020 avec les acteurs de l’Église diocésaine et la présence d’Elena Lasida.

Il y a cinq ans, le 18 juin 2015, le pape François publiait son encyclique Laudato si’. Qu’en est-il aujourd’hui de l’engagement écologique des chrétiens ? Depuis des décennies, des chrétiens alertent et agissent, sont aux avant-postes de la conversion écologique. Mais nos manières de penser et d’agir ont-elles vraiment changé ? La crise du coronavirus a montré comme une évidence que l’encyclique du pape est un texte d’actualité. Il nous faut regarder comment nous pouvons passer de cet éclairage moral à des démarches concrètes, à des choix précis au sujet de nos modes de vie ou de notre consommation. La crise économique et sociale qui vient s’ajouter à la crise sanitaire plonge les entreprises et les familles dans l’inquiétude pour l’avenir. Comment tirer les leçons de ce que nous avons vécu ? Le rôle de l’Église est d’inviter à l’espérance. Il faut que nous donnions des propositions concrètes, imaginions des pistes d’action, suggérions de bonnes pratiques, encouragions des initiatives locales. Parmi les catholiques, il existe encore quelques résistances à Laudato si’. Certains sont inquiets de l’implication sociale de l’Église et trouvent que l’Église ferait mieux de s’investir dans d’autres actions qui semblent plus urgentes. D’autres pensent que l’écologie est à la mode et très colorée politiquement et craignent qu’elle devienne une autre religion. D’autres enfin voient un défi majeur à relever et ont redécouvert pendant la crise du coronavirus la dimension de contemplation, l’écologie humaine intégrale.

La question est de passer aux actes. On ne peut pas se contenter de citer Laudato si’, ou de faire référence à François d’Assise. Il faut aussi des réalisations concrètes, même si elles paraissent bien petites par rapport à de grandes décisions économiques. Qu’en est-il vraiment de l’engagement écologique des chrétiens ? (…)

L’évêque souligne que la conversion écologique passe par plusieurs attitudes : celle d’une vraie vie intérieure (qui a besoin de calme, de moins de réseaux sociaux, de moins d’écrans…) ; celle d’un souci de notre environnement comme maison commune (usage des voitures ? habitudes de consommation ? devenir des déchets ? quelle agriculture ?) ; celle d’un regard élargit aux fonctionnements économiques, sociaux (sortir du confort pour aller à la rencontre de l’autre, de la fragilité du monde)

(…) Le fait que la pandémie frappe le monde entier nous rappelle la vulnérabilité de notre condition humaine, la prise en compte des limites. L’homme qui allait ainsi de conquête en conquête dans tous les domaines se retrouve soudain mis en échec sur le plan de sa toute-puissance. Allons-nous réussir à édifier une humanité authentiquement fraternelle ? Ou bien laisserons-nous notre ancien quotidien reprendre le dessus ?

Est proposé du coup des exercices de relectures des pratiques personnes et collectives, ordinaires et spirituelles, en temps de pandémie. Qu’avons nous appris et découvert ? Comment devenir de bons « réparateurs de brèches » (Is 58,12) pour créer de nouveaux modes de vie et un nouveau sens du commun ?

Une lettre de Simone Weil (la philosophe) adressée à un prisonnier en Algérie peut nous aider à approfondir la question de l’écologie intégrale. C’est une lettre pleine de douceur à un homme inconnu d’elle, une lettre qui est la preuve que dans une prison, dans un grand confinement (comme cela a été notre cas), on peut continuer à aimer la vie, à acquiescer à la vie : « Cher ami, il fait un temps merveilleux ; il y a des flots de lumière sur la mer et les arbres se couvrent de feuilles. Je suis heureuse de savoir que tu trouves la joie à regarder les montagnes. Tant qu’on a des choses telles que la mer, les montagnes, le vent, le soleil, les étoiles, la lune, le ciel, on ne peut pas être tout à fait malheureux. Et même si on était privé de tout cela et mis dans un cachot, savoir que toutes ces choses existent, qu’elles sont belles, que d’autres en jouissent librement doit toujours être une consolation. » (…) Je souhaite que beaucoup de paroisses du diocèse, des écoles catholiques vivent cet acquiescement à la vie en se lançant dans le réseau Église verte. Avec le CCFD, la pastorale de la santé, la pastorale de la famille, la catéchèse, soyons des acteurs reconnus, crédibles et utiles dans le processus de transition écologique !

La totale adhésion à la vie, le pouvoir de consentir à la vie est directement emprunté à Dieu. Dieu nous a donné ce pouvoir de consentir à la vie pour que nous en fassions usage. C’est une manière de comprendre le beau récit de la création au début de la Genèse. Le pouvoir de consentir à la vie est rythmé tout au long du récit par une bénédiction : « Et Dieu vit que cela était bon ! » Chaque jour reçoit sa bénédiction. En quelque sorte Dieu donne un ordre : « Que la lumière soit ! » et éprouve un contentement : « Il en fut ainsi ». (…) Consentir à la vie, c’est dire « tout est bien ». Pas seulement : « Tout est bien qui finit bien ! » On utilise ce proverbe quand une situation mal engagée ou problématique débouche sur une heureuse conclusion. Autrement dit, on l’utilise pour dire que malgré les doutes, tout a fini par rentrer dans l’ordre. « Tout est bien » est plus que cela, c’est le « Tout est grâce » de Thérèse de Lisieux.

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