ECOCIDE – « Que de maux et de pleurs nous coûteront nos pères ! »(Le Cid)

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Sur le site ALETEIA, Christine Pellen propose une réflexion autour de la notion de « délit d’écocide » voté le 17 avril par les députés. On l’on retrouve encore une fois l’opposition simpliste entre une vision écocentrée et anthropocentrée.

Techniquement, ce délit vient sanctionner « la pollution intentionnelle des eaux, de l’air et des sols ». On notera la précision du texte qui, comme tout texte juridique, peut offrir bien des interprétations quand à la volonté intentionnelle de polluer… Du coup, il ne s’agit que de pénaliser ces actes (jusqu’à 10 ans de prison et 4,5 millions d’amende en théorie) et non les criminaliser.

Écocide, le terme est fort et interroge. Un « barbarisme », mélange du grec oikía, la maison, et du latin caedo qui veut dire tuer, clarifie Dominique Folscheid, professeur émérite de philosophie morale et politique à l’Université Paris-Est. Il aurait été plus correct de parler d’« écothanasie » corrige-t-il. Mais le néologisme n’est pas innocent. Calqué sur « génocide », il est inspiré pour le fond par la notion de crime contre l’humanité, transposée au droit de l’environnement, décrypte le philosophe. « Avec la notion d’écocide, on tente de légaliser, de faire passer dans le droit un discours moralisateur », analyse Dominique Folscheid, qui rappelle qu’on ne cesse de nous recommander des « comportements vertueux ».  Avec le délit d’écocide on humanise la nature, une nature « fantasmée ». Car dans le délit d’écocide, qui est la victime ? Quelle est cette « maison » à laquelle on attente ? La biosphère ? Pourtant « l’homme n’habite pas la nature », rappelle Dominique Folscheid. « Une femme met un enfant au monde, pas à la nature. » Mais le monde que nous habitons a besoin de la nature, en laquelle il s’inscrit. Et quand les eaux, l’air et les sols sont souillés, c’est l’humanité elle-même qui est en péril.

Petit commentaire d’E&E : Dominique Foldscheid est un professeur de philosophie morale et politique, engagé aux Bernardins dans le département de recherche Ethique biomédicale. Ce point de précision explique sans doute ce regard, une fois encore, si binaire sur le monde de la nature et de la culture. Certes, on peut fantasmer la nature si on veut, comme toute autre réalité et concept. Mais la biosphère dont il est question d’un délit de pollution volontaire grave n’est pas une idée. C’est une réalité biologique fondamentale qui est le support de toute vie biologique. Dire que « l’homme n’habite pas la nature » est très beau philosophiquement parlant, mais est juste une emphase philosophique. Oui une femme mais un enfant « au monde », mais ce monde là, justement est pétri de « nature » qui, étymologiquement, parle bien de ce « monde où l’on naît »… Demander au corps médical qui accompagne une naissance, s’il n’y a pas du biologique et du naturel en jeu… Mais, une fois encore, la nature est reléguée au rang d’environnement pour ne pas mettre en péril la dignité humaine. L’intention est belle, mais est-elle encore tenable ? Poursuivons

Hasard du calendrier peut-être, le vote du délit d’écocide intervient la semaine où deux équipes internationales, dont l’une française coordonnée par un chercheur de l’Inserm, ont annoncé avoir fabriqué des chimères singe-homme. Des recherches qui ont pu être menées en profitant d’un flou juridique de la loi française. Quelques semaines auparavant, des chercheurs israéliens divulguaient avoir cultivé des embryons de souris dans un « utérus artificiel » pendant plusieurs jours. Avec, à suivre, l’expérimentation chez l’homme. On retrouve ici l’ambivalence de la technoscience, qui permet d’envisager la transformation du vivant par la technique, dans une perspective transhumaniste, comme de faire avancer la recherche en faveur de la connaissance et des thérapies à venir.  Mais l’ambivalence devient contradiction devant un autre hasard du calendrier, pointe Dominique Folscheid. Les 23 et 24 septembre 2019, en même temps que Greta Thunberg et le président français, Emmanuel Macron, plaidaient à l’ONU en faveur de la protection de l’environnement et de la lutte contre le réchauffement climatique, s’ouvrait en séance publique le débat du projet de loi de bioéthique à l’Assemblée nationale. « Une loi de technicisation de la procréation humaine, sa transformation en reproduction techniquement surveillée, souligne le professeur, avec en arrière-plan non pas l’AMP (assistance médicale à la procréation) pour toutes, mais l’AMP pour tous, déjà pratiquée dans bien des pays. »

E&E : On comprend bien la pointe du propos. Une fois encore, le discours écologique ne serait qu’un écran de fumée pour faire passer par ailleurs les projets les plus délirants de la technoscience médicale. En passant, citer Greta Thunberg permet de raviver cette incompréhension puisque, pour beaucoup, elle est devenue le symbole des donneurs de leçons que seraient les écologistes.

D’un côté la biosphère est quasiment sacralisée, quand de l’autre on est totalement sous l’emprise de la technosphère, dénonce Dominique Folscheid. Une technosphère qui « a pris le pouvoir sur la procréation » : en amont par toutes les techniques de contraception, en aval par la sélection opérée durant les grossesses via le dépistage prénatal ou la production d’embryons in vitro. La grande oubliée, c’est l’anthroposphère, le monde qu’habite l’homme, où la nature est domestiquée et jardinée. Avec les risques que cela implique pour la nature tout court, si l’on dépasse certaines limites. Le vote par les députés du délit d’écocide interroge donc le rapport de l’homme à la nature, mais aussi à lui-même. Quand il s’agit de manipuler la nature, l’homme pourrait bien être à la fois le coupable et la victime.

E&E : Certes, ce risque est réel et doit être pris en compte. Mais à force de ne vouloir rien apprendre de la prise de conscience écologique en cours (qui nous réveille quand même sur des comportements anthropocentrés justifiés jusque là du fait même du droit que nous avons à habiter ce monde…), on en reste à des débats stériles de ce genre consistant à fantasmer des adversaires pour ne surtout pas avoir à s’interroger. Si la biosphère était aussi « sacralisée » que le texte laisse l’entendre, on n’aurait sans doute pas besoin de légiférer avec peine, face à l’accélération de la destruction d’écosystèmes entiers. Quant à assimiler les prétentions technoscientistes en cours sur le monde de la procréation avec un discours écologiste écocentré et donc forcément déshumanisant, cela relève une fois encore d’un raisonnement qui n’est pas à la hauteur des enjeux. Car, oublie de rappeler l’article, pour habiter cette maison commune, tout est lié. Et non pas tout est opposé…

Pour poursuivre la réflexion sur la notion d’écocide, un intéressant article en anglais sur la dimension juridique de cette revendication

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