Ce qui est « sacré »

Une fois n’est pas coutume, entre deux infos, je vous propose quelques réflexions personnelles à propos de l’entretien de Mgr Barbarin cité ci-dessous.

Sur la forme

* Comme souvent, il faut prendre la mesure de ces petits entretiens où les choses sont dites de manière très succintes. Il y a des raccourcis et de l’interviewé et du journaliste rédacteur qui parfois sont trop « courts », dans tous les sens du terme.

Sur le fond

* On retrouve dans cet entretient les principales convictions que le cardinal Barbarin avait déjà confié dans l’entretien d’ouverture des Cahiers de Saint Lambert (hiver 2008, cf. les-cahiers.fr mais aussi sur  http://lyon.catholique.fr/?Sans-honorer-l-humanite-comment). Une attitude d’écoute des débats, d’accompagnement de ces sujets encore en construction. Mais aussi quelques convictions fortes : place d’une maîtrise de la nature pensée comme service et non comme exploitation ; dénonciation des pratiques type clonage humain ; affirmation de la place centrale de l’humain dans ces combats écologiques.

Restent quelques questions à débattre, sans doute :

– penser la question des OGM à partir du croisement naturel des espèces (cf. l’exemple de la nectarine) est résolument insatisfaisant. Il est difficile de comparer une sélection d’espèces par croisements successifs avec la manipulation génique que supposent la production d’OGM. Nous sommes dans des univers mentaux et technologiques très éloignés, même si en apparence les résultats semblent proches.

– le signe de la « stérilité » de certaines espèces issues de croisement naturels (cf. le cas du mulet) exprime d’ailleurs l’idée d’une limite à cette créativité naturelle. Si les espèces sont bien le fruit d’un long travail d’ajustement des populations animales à leurs écosystèmes, il n’est quand même pas étonnant que les « accélérations » de l’histoire que provoquent les croisements forcés d’espèce manifestent des freins sélectifs.

– Il faut rajouter de plus que le travail de sélection des espèces (animales ou végétales) montre aussi aujourd’hui ses limites puisqu’il a entraîné la mise en danger des réservoirs naturels de gènes anciens qu’il s’agit désormais de préserver d’urgence. Il ne s’agit pas d’idéaliser une nature inaltérable, mais de penser en terme de patrimoine et de responsabilité. Le développement d’espèces animales hyper-productives en lait, en viande, en oeufs dans le monde de l’élevage par exemple, amène aussi à des modèles agricoles où le rapport à l’animal est devenu problématique. La pratique de plus en plus courantes de fécondations « mécaniques » à partir de souches sélectionnées sur des critères de rendements amène à des comportements qui nuisent à terme au travail agricole lui-même, notamment en terme de dignité…

– la mise en perspective des OGM et des OHGM est intéressante, mais ne nécessite pas forcément opposition. Il n’y a pas d’un côté de dangereux clonages humains et de l’autres d’innocents bricolages géniques sur les plantes et les animaux. Car, à terme, les OGM sont aussi une question de bioéthique humaine : permettre la manipulation à grande échelle de souches génétiques de semences sélectionnées et privatisées, avec une connaissance des conséquences sanitaires encore limitée et de vraies questions sur les conditions démocratiques de ces choix de société, n’est pas anodin et relève d’une logique qui n’est pas éloignée des pratiques ou des fantasmes des technosciences de la reproduction humaine. Au niveau génétique, les enjeux sont les mêmes, car ils posent la même question du rapport responsable et humble face aux mécanismes du vivant que l’on manipule avec la seule logique du « possible », du « rentable », du « nécessaire ». Une logique qui s’adresse d’abord à ceux qui ont les moyens de se l’offrir. Et tant pis pour les autres.

– Je reste perplexe sur l’affirmation du cardinal quand il dit que  » la vie humaine seule est sacrée ». Je pense qu’il y a là un raccourci (journalistique ?)  qui n’exprime pas complètement ce que la tradition judéo-chrétienne exprime. Certes, on peut entendre là ce que la théologie biblique tient pour incontournable : la place singulière de la créature humaine a qui est offerte un chemin unique de prise de conscience d’un « salut » en cours. Cette créature fait l’expérience d’un « environnement » naturel et politique qui l’oblige sans cesse à choisir entre ce qui fait vivre et ce qui fait mourir. Ce choix là est éminemment de l’ordre du « sacré », car il sépare et créé ainsi un espace qui ressemble au geste créateur de Dieu. Et il est vrai que seule la créature humaine pose ce choix de manière aussi cruciale. La crise environnementale le manifeste bien. Pour autant, l’héritage biblique affirme aussi la « sacralité » de tout la création : elle n’est pas le simple décor d’un drame humain. Elle est aussi un « acteur » de ce qui se joue. L’apôtre Paul affirme d’ailleurs que le « salut » annoncé concerne ainsi toute créature, toute création !! Si les hommes doivent servir avec respect la Création comme le répète très justement le Cardinal Barbarin, c’est que donc cette Création mérite de l’être et non par politesse, mais par nécessaire solidaire entre les créatures. On peut affirmer cela sans durcir l’anthropocentrisme ou tomber dans des dérives panthéistes qui, effectivement, ne relèvent pas de la tradition judéo-chrétienne…

A suivre…

DL

Un commentaire Ajouter un commentaire

  1. C.L. dit :

    Merci pour ces convictions partagées. Il ne s’agit en effet pas d’opposer « environnement » et « humanité » ; les auteurs des psaumes l’avaient déjà compris, qui évoquent souvent la création tout entière comme nous parlant de Dieu. Oui, nous devons respect et amour à tout ce qui est créé. Quel programme… et quel vaste espace d’action(s) possible(s) !

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