Se réconcilier avec les autochtones

Le lien aux populations autochtones d’un pays est  souvent le révélateur du respect des droits humains fondamentaux et du lien à  l’environnement naturel qui est l’espace privilégié de ces peuples.

Nous avons déjà évoqué ici le travail mené actuellement au Canada par la Commission de vérité et réconciliation (CVR) à propos des pratiques éducatives qui ont été imposées aux familles indiennes pendant des décennies par la gouvernement fédéral, secondé bien souvent par des institutions religieuses. Pensionnats et internats ont accueilli près de 150 000 enfants issus des Premières Nations, Métis et d’Inuits avec, dans un certain nombre de cas en cours d’enquête, des pratiques de maltraitance qui ont profondément blessé de nombreuses familles.

Du 21 au 24 juin, la commission a présenté dans le parc Prairieland de Saskatoon le travail d’un certain nombre de rencontres provoquées ces derniers mois dans la région pour faire parler les personnes qui ont vécu dans ces écoles (On peut découvrir un compte rendu d’une de ces rencontres ici) . A cette occasion, les évêques de la Saskatchewan ont invité les catholiques de leur province « à considérer avec attention cet événement et les objectifs qu’il poursuit ». Une lettre pastorale a été écrite à l’occasion rappelant que « nous ne pouvons rien changer au passé, mais il nous revient de travailler avec les communautés autochtones à nous construire un avenir commun de respect mutuel ». En voici l’essentiel.

 » Plusieurs d’entre vous le savent, à compter des années 1840, le gouvernement du Canada a mis sur pied des « pensionnats indiens » dont la plupart furent administrés par des Églises chrétiennes; le dernier de ces établissements a fermé ses portes en 1996. Tout ce qui s’est vécu dans ces pensionnats n’a pas été négatif, et de nombreuses personnes s’y sont dépensées généreusement et avec bonne volonté. Cependant, ces écoles s’inscrivaient dans une politique délibérée d’assimilation culturelle des peuples autochtones et, au fil des années, de nombreux abus s’y sont produits. L’Église catholique de la Saskatchewan a été impliquée dans ces pensionnats indiens et nous reconnaissons la responsabilité et le devoir moral qui nous incombent de participer aux efforts de guérison et de réconciliation.
Ces dernières années, les communautés religieuses catholiques impliquées dans ces établissements, des groupes d’évêques et des responsables religieux ont présenté leurs excuses. Nous aussi, nous demandons pardon pour les abus qui se sont produits dans ces écoles et pour le rôle que nous avons joué dans l’élimination des cultures et des langues des Premières Nations et des Métis. En 2009, lors d’une rencontre avec des leaders des Premières Nations, le Pape Benoît XVI « a exprimé ses regrets pour l’angoisse provoquée par la conduite déplorable de certains membres de l’Église et il a offert sa sympathie et sa solidarité dans la prière » à ceux et celles qui ont été lésés par les pensionnats indiens. Mais nous devons aussi dépasser le stade des excuses. Les excuses sont la semence dont nous espérons qu’elles donneront une récolte abondante de réconciliation et de guérison.
Nous ne pouvons rien changer au passé, mais il nous revient de travailler avec les communautés autochtones à nous construire un avenir commun de respect mutuel. L’assemblée de Vérité et Réconciliation est porteuse d’un riche potentiel, car elle est axée sur un nouvel avenir, auquel nous arriverons en composant franchement avec le passé. Les anciens et les leaders autochtones se sont montrés ouverts à traiter avec les gens du Canada et avec les Églises qui ont été associées aux pensionnats indiens. On nous invite à nous engager dans une démarche qui vise à tisser des liens entre nous. Harry Lafond, directeur du Bureau du Commissaire aux traités, déclarait récemment : « Nous cherchons des porte-parole des Églises qui soient disposés à cheminer avec nous, afin de développer des rapports qui soient à l’avantage des uns et des autres. La CVR est une invitation à venir vivre l’histoire des gens; non pas en spectateurs, mais à titre de participants. Ceux et celles qui ont accepté de s’y engager en profondeur ont appris et ont reçu en cours de route. »
Plusieurs anciens élèves des pensionnats indiens et leurs descendants vivent en Saskatchewan. L’Évangile que nous proclamons nous appelle à redresser les tords causés par ces politiques assimilatrices, ainsi qu’à l’ensemble plus vaste des problèmes reliés au colonialisme, au racisme et aux préjugés et à la rupture avec les modes de vie autochtones traditionnels. Ce ne sont pas là des « problèmes autochtones », mais des problèmes qui nous concernent toutes et tous. Il s’agit de nos collectivités, de notre province, de notre Église.
La CVR arrivera à son terme, mais l’Église va continuer de cheminer avec la population autochtone. La canonisation de la bienheureuse Kateri Tekakwitha, en octobre, célébrera et proclamera la sainteté d’une jeune femme des Premières Nations. Le fait de souligner cet événement d’une grande importance dans la vie de notre Église sera une façon de resserrer les liens avec les communautés autochtones. Le fait de cheminer côte à côte avec nos frères et soeurs autochtones catholiques nous ouvrira des portes et nous enseignera comment côtoyer les collectivités autochtones dans leur ensemble. Ce projet va continuer d’exiger un échange soutenu de dons culturels et spirituels. Outre le dossier des pensionnats indiens, il subsiste encore plusieurs autres problèmes auxquels nos paroisses et nos diocèses se doivent de s’attaquer. Ces besoins nous incitent à faire front commun avec nos soeurs et frères autochtones pour la justice et la guérison dans notre société.
L’Église catholique canadienne a pris une initiative dans la foulée de la CVR : c’est la campagne « Avançons ensemble ». Cette campagne appelle toutes les communautés croyantes catholiques du Canada à appuyer des initiatives dans nos collectivités locales, mais aussi à l’échelle nationale. (…) En terminant, nous vous encourageons vivement à assister à la CVR, ne serait-ce que pour quelques heures, plus longtemps si vous le pouvez, afin de découvrir cette composante de notre passé et de réfléchir dans la prière sur les façons dont nous pourrions, personnellement, comme paroisses et en tant que diocèses, devenir des artisans plus efficaces de guérison et de réconciliation, ainsi que nous le demande le Christ notre Seigneur.

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