La parabole de la baleine

Un ami journaliste m’a envoyé le texte de l’homélie de la rentrée universitaire à Aix. Une homélie prononcée par Mgr Dufour. Extraits.

 

Je voudrais vous partager une de mes lectures de vacances : « Les pieds sur terre » d’Ellen Mac Arthur. Elle n’est pas un Père de l’Eglise mais elle a vécu une conversion qui pourrait la conduire à Dieu, Créateur et Sauveur. Vous la connaissez sans doute comme navigatrice. A 26 ans, elle remportait la route du Rhum. A 29 ans, elle battait le record du tour du monde à la voile en solitaire. Vous la connaissez peut-être encore par le Ellen Mac Arthur Cancer Trust, association qui initie à la voile des enfants et des jeunes atteints du cancer ; elle fait presque des miracles. Aujourd’hui, elle a cessé la compétition, décision irrévocable à la suite d’un changement de vie radical. A l’origine de ce changement, un séjour dans l’antarctique, sur une île, la Géorgie du Sud, où elle était invitée par une amie pour un séjour de quelques mois. Cette île fut peuplée par une population qui, dans la première moitié du 20èmesiècle, s’est enrichie grâce à la pêche à la baleine et de la fabrication d’huile, jusqu’à avoir un niveau de vie égal à celui des américains. Mais depuis 1960, cette île est déserte. Plus aucun habitant. Les pêcheries et les maisons sont toujours debout, intactes, avec tout le matériel, mais vides de leurs habitants. Pourquoi ce vide ? Parce qu’il n’y a plus de baleine : ils ont pêché la dernière baleine. Ellen Mac Arthur s’est alors interrogée : « Et si notre planète devenait cette île ? » On extrait les ressources du sous-sol, minerai, énergies fossiles (charbon, pétrole…). Tout notre développement depuis deux siècles est lié au remplacement des chevaux de trait par des engins à pétrole… Mais qui s’interroge sur la pérennité de ces ressources ? Un jour il n’y aura plus de pétrole, les experts se disputent sur l’échéance. Ce pétrole que des plantes ont mis des millions d’année à produire, l’homme l’aura consommé en 2 ou 3 siècles. Dites-moi, chers amis, est-ce que cette question d’économie de la maison terre vous interroge ? Je vous avoue que ce témoignage m’a fait réfléchir.

Ellen Mac Arthur, compétitrice née, est une femme de défis et elle veut relever celui-là. Pas question de revenir à l’âge de pierre, ni de jouer les rabats joie. Il faut changer de système. « Notre navire souffre d’un défaut de structure » écrit-elle. Et c’est en observant la fécondité de la nature qu’elle a trouvé sa piste d’action. Notre économie est « linéaire » : on extrait ou on produit la matière première, on transforme, on consomme, on jette, on brûle. La nature, elle, travaille dans un système – ou une économie – qu’Ellen Mac Arthur appellera « circulaire ». Observez… « Un seul gland tous les 500 ans remplace un chêne », un chêne en produit des milliers. Et les feuilles qui tombent nourrissent l’arbre et les fleurs des sous bois. Et le paysan sait qu’il doit garder une part de son blé pour les prochaines semailles.

N’est-il pas possible d’appliquer au monde moderne les leçons tirées de l’observation des systèmes vivants ? Et voici la leçon : « Si nous voulons pouvoir rendre ce que nous prenons, il nous faut prendre des choses que nous sommes réellement en mesure de rendre ».

Voilà pour la maison terre. Je vous invite à creuser cette réflexion utile pour notre avenir. Interrogeons-nous maintenant de l’économie de la maison de Dieu, la maison que Dieu construit en notre humanité, remplie de sa présence, habitée par l’Esprit. Nous parlerons alors d’économie de la foi ou « économie du salut ». Le principe de cette économie, c’est que seul Dieu peut bien parler de Dieu et que nous ne connaissons Dieu que par Dieu. Dieu n’est pas une abstraction. Pour se faire connaître, il prend l’initiative d’entrer dans l’histoire, il s’accommode de nos limites humaines, il se donne, il se livre, pour nous dévoiler le mystère caché de son amour, pour nous sauver et nous faire entrer en lui. Cette économie du salut culmine en Jésus Christ. Economie de la foi, économie du salut, économie de l’amour. Dieu se préoccupe de sa maison.

Cette économie est linéaire au sens où elle se déploie dans le temps qui ne tourne pas en rond, qui n’est pas cyclique comme le pensaient certains parmi les anciens. Le temps ne revient jamais en arrière. Mais Dieu est hors du temps. En lui l’économie n’est-elle pas circulaire, économie de l’amour, économie trinitaire ! Le Père se donne au Fils. Le Fils se reçoit du Père et se donne à Lui. L’Esprit procède du Père et du Fils (ou par le Fils) et il se donne dans le Fils, et par lui dans toute la Création, jusque dans les fils des hommes. Un mouvement d’amour dans une parfaite circularité, parfaite réciprocité, totale communion, parfaitement un. Et le Dieu Créateur a inscrit dans l’Univers, dans la nature, ce dynamisme vital si fécond sur notre terre. Au sein de cette Création, il a inscrit son image dans le cœur de l’être humain et lui a donné d’aimer comme lui. C’est ainsi que le contemplait le prophète : « Comme la pluie et la neige descendent des cieux et n’y remontent pas sans avoir arrosé la terre, de même la parole qui sort de ma bouche ne me revient pas sans avoir réussi sa mission » (Isaïe 54,10-11).

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