L’ivoire jusqu’à la nausée

La dernière mouture du National Geographic consacre un important dossier sur le trafic de l’ivoire dans le monde. Parmi les informations chocs du dossier, la filière philippine de ce trafic n’est pas piquée des vers. En effet, les importantes saisies d’ivoire de contrebande à la frontière philippine (7,7 tonnes en 2005) a alerté le journaliste alors que le pays a signé la Convention sur le commerce international des espèces de faune et de flore sauvages menacées d’extinction (Cites) prohibant le commerce international de l’ivoire en 1990 (avec quelques ventes ponctuelles permises depuis 1997).  L’enquête du journaliste l’a mené jusque dans l’île de Cebu. Là, il a rencontré un étrange personnage, Mgr Cristobal Garcia. Recteur du sanctuaire diocésain de Jésus de Nazareth à Cansojong (Talisay), directeur de publications philippines, ce prélat étrange est aussi le collectionneur d’ivoire le plus célèbre dans le pays !

Il dirige le groupe des collectionneurs de Santo Niño et présente dans son antichambre un mini-musée kitchissime dont les figurines religieuses (parfois offertes par les fidèles) sont toutes faites en ivoire : une Notre-Dame du Rosaire, une Marie mère du Bon berger et un Crucifié parmi bien d’autres… Surfant sur la piété philippine toujours dans la surenchère, les collectionneurs laissent entendre, dans un de ces détournements classiques de la vie spirituelle, que plus la matière est noble, plus les bénédictions sont abondantes. Si certains de ces ivoires sont anciens, les plus récents sont évidemment arrivés par la petite porte des trafics locaux en tout genre, notamment via les réseaux de trafiquants musulmans implantés à Mindanao, qui ont des liens avec l’Afrique.

Il s’avère que Cristobal Garcia connaît toutes les ficelles pour faire passer de l’ivoire aux Philippines, qu’il fait sculpter ensuite par des artisans à Manille. Des ivoires cachés dans des vêtements souillés jusqu’au au faux certificat du Museum National antidatant l’âge de l’ivoire en question : rien ne l’arrête. Un trafic qui se ramifie ensuite jusqu’aux Etats-Unis que Garcia connait bien. On imagine aussi les liens avec l’immense marché chinois.

« Nous savions déjà (…) que les Philippines étaient une plaque-tournante pour les défenses de contrebande qui sont ensuite passées à l’étranger comme des objets religieux , explique à l’AFP Mundita Lim, responsable de l’office philippin de la protection de la faune. Mais c’est la première fois qu’un lien est fait entre le commerce illégal (d’ivoire) et des membres éminents de l’Eglise. ».

Fin septembre, les autorités de Manille ont annoncé l’ouverture d’une enquête.

Il était temps parce que l’homme a aussi un passé chargé. Expulsé de l’ordre des dominicains il y a 20 ans alors qu’il travaillait dans l’archidiocèse de Los Angeles pour de sordides histoires de pédophilie entre 1980 et 1984, l’homme n’avait pas hésité à se défendre en prétendant avoir été la victime de ces affaires ! Ayant réussi à échapper à la justice en rentrant dans son pays d’origine, il a su arranger suffisamment la réalité pour retrouver un endroit officiel où continuer ses trafics. Quant à son titre honorifique de Monseigneur (sans doute en lien avec son statut de recteur de sanctuaire) obtenu en 1997, on ne cessera de s’étonner du laxisme des administrations diocésaines…

 Finalement, l’Eglise catholique – par la voix du Vatican – a suspendu Mgr Garcia  à cause de ces accusations anciennes d’abus sexuels sur des mineurs dans les années 80 aux Etats-Unis.

Peut être aussi que les prières des religieux réunis au Kenya fin septembre (voir article plus bas) pour prier contre les trafics des espèces sauvages commencent à porter du fruit ? Dans un communiqué publié le 26 septembre et lu sur la radio diocésaine, le président de la conférence des Evêques catholiques (CBCP), Mgr José S. Palma, archevêque de Cebu (!!!), déclare :

 » Soyons clair : l’Eglise soutient l’interdiction du trafic d’ivoire, en cohérence avec sa doctrine sur la bonne gérance de la Création. (…) L’Eglise ne ferme pas les yeux sur les trafics illégaux d’ivoire ou d’autres substances, bien que, dans le passé, l’ivoire ait été utilisé dans le passé pour les objets liturgiques. Leur ancienneté en fait aujourd’hui des objets du patrimoine culturel de l’Eglise et ne doit en aucun encourager l’usage contemporain d’ivoire à cette fin. »

Ouf ?

DL

Source : ici

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