Allié ou ennemi ? Le touriste…

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22-plage-nador-cap-de-l-eau-ras-el-ma-tourisme.nadorpresse.comChaque année le Conseil pontifical pour la pastorale des migrations émet un message à  l’occasion de la Journée mondiale du tourisme, qui aura lieu cette année le 27 septembre 2013… soit à la fin des vacances. Le Conseil avait déjà souligné les années passées les chances et les défis d’un tourisme mondial de masse, alors que le cap du milliard de touristes internationaux  a été franchi l’année dernière. Le message est intitulé : « Le tourisme et l’eau, protéger l’avenir de tous ». En voici l’essentiel. On notera, qu’à la suite des ouvertures du pape François, le souci écologique est fortement souligné.

 

Pour le secteur touristique, l’eau est d’une importance cruciale, un actif et une ressource. C’est un actif dans la mesure où les gens se sentent naturellement attirés par elle et des millions de touristes cherchent à profiter de cet élément durant leurs jours de repos, en choisissant comme destinations certains écosystèmes où l’eau est le trait le plus caractéristique (zones humides, plages, fleuves, lacs, cascades, îles, glaciers…) ou en cherchant à bénéficier de ses nombreux avantages (particulièrement dans des centres balnéaires ou thermaux). En même temps, l’eau est aussi une ressource pour le secteur touristique, notamment pour les hôtels, les restaurants et les activités de loisirs. A l’avenir, le tourisme sera un véritable avantage dans la mesure où il parviendra à gérer les ressources selon les critères de l’économie verte, c’est à dire une économie dont l’impact environnemental demeure dans des limites acceptables. Nous sommes donc appelés à promouvoir un tourisme écologique, respectueux et durable, qui peut certainement favoriser la création d’emplois, soutenir l’économie locale et réduire la pauvreté. Il ne fait aucun doute que le tourisme joue un rôle fondamental dans la protection de l’environnement, pouvant être un grand allié, mais aussi un féroce ennemi. Si, par exemple, en vue d’un bénéfice économique facile et rapide, on permet à l’industrie touristique de polluer un lieu, celui-ci cessera d’être une destination attirant les touristes.

Nous savons que l’eau, clef du développement durable, est un élément essentiel pour la vie. Sans eau, il n’y a pas de vie. Malheureusement, les pressions qui s’exercent sur elle augmentent d’année en année. Une personne sur trois vit déjà dans un pays connaissant un stress hydrique modéré ou grave, et d’ici à 2030 près de la moitié de la population du globe pourrait souffrir de pénuries d’eau. On estime alors que la demande sera de 40 % supérieure à l’offre. Selon les données fournies par les Nations-Unies, environ un milliard de personnes n’a pas accès à l’eau potable. Et les défis liés à ce problème augmenteront de façon significative au cours des prochaines années, surtout parce qu’elle est mal distribuée, polluée, gaspillée ou parce que l’on donne la priorité à certains usages d’une manière erronée ou injuste. Sans compter les conséquences du changement climatique qui viendront s’y ajouter. Le tourisme rivalise souvent aussi avec d’autres secteurs pour son utilisation et, quelquefois, on constate que l’eau est abondante et gaspillée dans les structures touristiques, tandis qu’elle vient à manquer pour les populations environnantes. La gestion durable de cette ressource naturelle est un enjeu d’ordre social, économique et environnemental, mais surtout de nature éthique, à partir du principe de la destination universelle des biens de la terre, qui est un droit naturel, originel, auquel doit se soumettre tout l’ordre juridique concernant ces biens. La doctrine sociale de l’Eglise insiste sur la validité et l’application de ce principe, avec des références explicites à l’eau. Bien sûr, notre engagement en faveur du respect de la création naît de sa reconnaissance comme don de Dieu fait à toute la famille humaine et de l’écoute de l’indication du Créateur, qui nous invite à la garder, conscients d’être les administrateurs et non les maîtres du don qu’il nous fait.

Cette attention à l’environnement est important pour le Pape François qui y a fait de nombreuses allusions. Déjà, lors de la célébration eucharistique du début de son ministère pétrinien, il nous invitait à être des gardiens de la création, du dessein de Dieu inscrit dans la nature, gardiens de l’autre, de l’environnement. Ne permettons pas, disait-il, que des signes de destruction et de mort accompagnent la marche de notre monde, rappelant que tout est confié à la garde de l’homme, et c’est une responsabilité qui nous concerne tous. Approfondissant cette invitation, le Saint-Père affirmait récemment que cultiver et protéger la création est une indication de Dieu donnée non seulement au début de l’histoire, mais à chacun de nous. Cela fait partie de son projet et cela signifie faire croître le monde avec responsabilité, en le transformant afin qu’il soit un jardin, un lieu vivable pour tous. Au contraire, nous sommes souvent guidés par l’orgueil de dominer, de posséder, de manipuler, d’exploiter… Nous sommes en train de perdre l’attitude de l’émerveillement, de la contemplation, de l’écoute de la création. En cultivant cette attitude, nous pourrons découvrir que l’eau nous parle aussi de son Créateur et nous rappelle son histoire d’amour pour l’humanité. La prière de bénédiction de l’eau, utilisée dans la liturgie romaine lors de la veillée pascale et pour le rituel du baptême, est éloquente car elle rappelle que le Seigneur s’en est servi comme signe et mémoire de sa bonté: la Création, le déluge qui met fin au péché ;  le passage de la Mer Rouge qui libère de l’esclavage, le baptême de Jésus dans le Jourdain, le lavement des pieds qui se transforme en précepte d’amour, l’eau qui coule du côté du Crucifié, le mandat du Ressuscité de faire des disciples et de les baptiser … ce sont des pierres milliaires de l’histoire du Salut, dans lesquelles l’eau revêt une haute valeur symbolique. L’eau nous parle de vie, de purification, de régénération et de transcendance. Dans la liturgie, l’eau manifeste la vie de Dieu qui nous est communiquée dans le Christ. Jésus lui-même se présente comme celui qui apaise la soif, de son sein jaillissent des fleuves d’eau vive. Et dans son dialogue avec la Samaritaine, il affirme que celui qui boit de l’eau que je lui donnerai n’aura plus jamais soif. La soif évoque les désirs les plus profonds du cœur humain, ses échecs et sa recherche d’un bonheur authentique au-delà de soi-même. Or, le Christ est celui qui offre l’eau qui étanche la soif intérieure, il est la source de la renaissance, il est le bain qui purifie. Il est la source d’eau vive.

Voilà pourquoi il est important de réaffirmer que tous ceux qui oeuvrent dans le tourisme ont une forte responsabilité dans la gestion de l’eau, de sorte que ce secteur soit effectivement une source de richesse au niveau social, écologique, culturel et économique. Tandis qu’il faut travailler pour réparer les dommages causés, il faut aussi favoriser son usage rationnel et réduire au minimum l’impact, en promouvant des politiques adéquates et en fournissant des équipements efficaces qui aident à protéger notre futur commun. Notre attitude envers la nature et la mauvaise gestion que nous pouvons faire des ressources ne doivent peser ni sur les autres, ni même et encore moins sur les générations à venir. Une plus grande détermination est nécessaire de la part des personnes engagées en politique et des entrepreneurs. Car, même si tous sont conscients des défis que nous pose le problème de l’eau, nous savons aussi que cela doit encore se concrétiser par des engagements précis, contraignants et vérifiables. Cette situation requiert surtout un changement de mentalité qui conduise à adopter un style de vie différent, caractérisé par la sobriété et par l’autodiscipline. Il faut faire en sorte que le touriste soit conscient et réfléchisse sur ses responsabilités et sur l’impact de son voyage. Il doit pouvoir arriver à la conviction que tout n’est pas permis, même si personnellement il pourrait en assumer le coût financier. Nous devons éduquer et encourager les petits gestes qui nous permettent de ne pas gaspiller ou contaminer l’eau et qui nous aident, en même temps, à apprécier davantage son importance. Faisons nôtre le désir du Saint-Père de prendre le ferme engagement de respecter et de garder la création, d’être attentifs à chaque personne, de combattre la culture du gaspillage et du rebut, pour promouvoir une culture de la solidarité et de la rencontre.

DL

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