Mystique d’une écologie – Partie 3

(suite du texte de Jean Bastaire)

Fraternité et communion

De cet émerveillement devant la Création naît le sentiment de fraternité. Si nous éprouvons une telle ressemblance, c’est que nous procédons d’une même origine. Nous sommes les fils et les filles d’un même Père dans le Fils unique, ce Fils « premier né » par qui nous recevons cette filiation qui fait de nous des créatures contingentes, dépendantes, totalement gratuites au sens où nous sommes pure grâce.
OLYMPUS DIGITAL CAMERANous le sommes à des degrés infiniment variés, selon des régimes infiniment divers. Il n’est pas question d’aligner toutes les créatures sur le même modèle, de formuler pour elles un même rôle, de leur assigner les mêmes exigences. Toutes sont bonnes et dignes mais toutes ne se situent pas au même niveau.
Les différentes catégories, espèces et genres ne peuvent vivre qu’en communion. À chaque étape de la Création, les créatures sont indispensables les unes aux autres et se rendent mutuellement service, du fait même de leur dissemblance formelle et fonctionnelle qui n’entame en rien leur ressemblance ontologique. La distinction des fonctions, de la plus humble à la plus haute, la complexité des structures, de la plus simple à la plus élaborée, ne portent pas atteinte au caractère indispensable de chaque créature et de chaque groupe de créatures, même si l’intervention du mal s’est traduite par le développement de la violence et du meurtre entre elles.
Lue avec le regard scientifique, cette complémentarité fonde la nécessité de préserver la biodiversité, une des priorités de l’écologie. Relue avec le regard de la foi, en christianisme écologique, cette complémentarité exprime l’amour équitable du Père pour tous les enfants issus de son sein.
De cette innombrable famille, l’homme fait pleinement partie. Créature lui aussi, il est le frère aîné de toutes les créatures. Frère aîné des créatures car tout en étant du même côté qu’elles par rapport au Créateur, il lui est dévolu un rôle unique qui le distingue des autres créatures sans l’en séparer. Il en est en effet le gardien et le maître, au sens de l’éducateur (magister). Il est le délégué du Père. Comme dans une famille les parents ont pouvoir et responsabilité sur les enfants, l’homme a pouvoir et responsabilité sur le reste de la création, du moins celle qui est à sa portée 3.
L’envers de cette responsabilité est bien évidemment la possibilité qu’a l’homme de l’usurper, s’il détourne à son seul profit la vocation de gouvernance qui le consacre au bien-être de tous. De gérant il devient tyran. À la communion il substitue la prédation, la rupture, la ruine.

La compassion pour tous

Née de l’émerveillement, la fraternité suscite à son tour la compassion. Car comment ne pas être sensible à la misère du monde si on est sensible à sa beauté ? Qu’est-ce que la détresse de l’univers, sinon sa beauté méprisée, piétinée, massacrée ?

(à suivre…)

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