Le sceptique qui n’aime pas les militants

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Giec 2013_SL

« Les récentes publications du GIEC ne sont encore que très provisoires, mais les doutes sur ses options scientifiques et la confusion de ses missions sont de plus en plus fondés. La question climatique ne serait-elle pas victime d’un militantisme scientifique ? »

L’introduction de l’article récent de Stanislas de Larminat publié sur le site de Liberté politique a au moins le mérite d’être clair. Dans la lignée de ses travaux précédents, l’homme, ingénieur agronome, diplômé de IIIe cycle de bioéthique, auteur des Contrevérités de l’écologisme (Editions Salvator, 2011), est aussi un chrétien évangéliste et porte régulièrement le fer contre les conclusions alarmistes concernant les évolutions climatiques en cours et ses origines anthropiques. Le Giec, tout particulièrement, relève davantage du groupe de pression idéologique que du travail scientifique. Ce n’est pas Luc Ferry qui le démentira, lui qui est régulièrement appelé en renfort.

Dans la procédure du GIEC, les « SPM » (Résumés pour les décideurs) sont revus et approuvés, ligne par ligne, non par des scientifiques, mais par les représentants des gouvernements. À l’évidence, ce processus n’a rien à voir avec celui qu’impliquent les révisions et les publications de la vraie recherche scientifique.

lance t-il dans son article, se portant garant du bon droit de la scientificité de ses réflexions face aux idéologues obscurantistes et antihumanistes du Giec…

Le climatoscepticisme de Stanislas de Larminat pourrait être stimulant et interpellant, puisque la science doit avancer en proposant des théories et des analyses contradictoires. En posant des questions sur le lien entre données scientifiques et visions d’ingénieurs pour remédier aux évolutions repérées, son propos donne bien à penser.

Malheureusement, il tombe lui aussi dans les travers de l’idéologie qu’il dénonce chez les membres du Giec, supposés acquis à des postures philosophiques dangereuses. Et on retrouve ainsi par exemple le vieil argument climatosceptique d’une science climatique qui agirait comme un écran de fumée pour empêcher les Etats d’agir sur les urgences sociales de notre temps.

Ce genre de confusion ne peut mener qu’à une « expertocratie » dangereuse, une politique menée par les scientifiques, le mépris d’une démocratie respectueuse du souhait des opinions publiques sur ces sujets. Arrêtons de croire à cette histoire de consensus scientifique. Il n’existe pas, surtout quand il s’agit de questions sociétales. Il serait temps de dépenser moins de milliards à la recherche des causes et de se focaliser sur le développement des pays les plus pauvres pour qu’ils puissent faire face aux conséquences. Le conseil pontifical Justice et Paix avait raison de parler, en 2006, des catastrophes extrêmes et dévastatrices, qui provoquent d’immenses difficultés, « en particulier parmi les pauvres. Ce sont surtout ces derniers qui vivent dans des conditions précaires qui sont les plus vulnérables face aux désastres naturels… Si les êtres humains ne peuvent éviter certaines catastrophes naturelles, c’est à eux qu’il revient d’utiliser leur créativité et leur capacité d’innovation pour limiter les dommages potentiels… ».

Sa citation finale du Conseil pontifical Justice et Paix, tirée d’une conférence sur le problème de l’eau en 2006, est en ce sens assez symptomatique. Invoquer les plus pauvres part d’un très bon sentiment, que peut bien vouloir dire dans l’esprit de l’auteur l’invitation à innover par la créativité (?) simplement pour « limiter les dommages potentiels » dans un dossier aussi important que le changement climatique en cours ? Il ne faudrait que Mr Larminat donne du grain à moudre aux lanceurs d’alertes qui dénoncent les projets délirants de la géoingénierie climatique…

DL

 

 

 

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  1. j’ai lu l’article de M. de Larminat. en quelques mots, ce n’est pas parce que deux courbes semblent de même forme qu’il y a corrélation, et surtout que l’irradiance est la cause principale. tout dépend de l’intensité comparée des gaz à effet de serre et de l’irradiance, dont le calcul est lui même complexe et discuté.
    Sur le calcul de l’irradiance, commencé au XVII e siècle avec l’observation des tâches solaires, il s’agit au début d’approximations, les courbes historiques sont sujettes à débat.
    Sur l’intensité comparée, selon Yves Foucart, « le forçage solaire est un ordre de grandeur inférieur à celui des GES, pourtant l’idée que le réchauffement climatique actuel est dû au Soleil reste encore fort populaire dans certains milieux. Pour l’envisager sérieusement, il faudrait trouver :
    • un mécanisme amplificateur (une rétroaction positive) spécifique au rayonnement solaire et qui soit susceptible d’amplifier la réponse initiale par plus d’un facteur 10 (Lockwood, 2010) ;
    • simultanément, une rétroaction négative qui ne s’applique qu’aux GES. »
    Yves Foucart, http://www.futura-sciences.com/magazines/environnement/infos/dossiers/d/climatologie-rechauffement-climatique-question-forcages-1117/page/9/

    La forme de la courbe de concentration du CO2 « en crosse de hockey » n’est pas contestée, et elle est mesurée de façon scientifique. Un graphique honnête serait de montrer les trois courbes sur le même graphique, et d’indiquer l’intensité des effets des deux phénomènes.

    Le phénomène d’absorption du CO2 par la végétation et les océans n’est pas proportionnel, ce n’est pas ce que dit le GIEC, qui s’inquiète au contraire de l’effet de l’acidification des océans dont la capacité d’absorption diminuerait.

    Le GIEC ne contrôle pas les comités de lecture des revues scientifiques… c’est de la paranoïa ! et le budget du GIEC est fort limité, M. de Larminat confond volontairement les budget des instituts de recherche et celui du GIEC, qui n’est de fait qu’un collecteur d’études déjà réalisées.

    Il y a un consensus scientifique. Et la lutte contre le changement climatique passe d’abord par un changement de nos modes de vie dans les pays les premiers responsables, les pays développés. C’est en changeant nous mêmes que nous aiderons l’autre, les plus pauvres, et non en tentant de leur transmettre, voire imposer, notre modèle de développement qui nous a conduit à la situation actuelle !

    Arnaud du Crest
    Ingénieur agronome, co auteur de Simplicité et justice, Paroles de chrétiens sur l’écologie (Diocèse de Nantes, 2013)

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