OGM, AMP même combat ?

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Jacques_Testart_DRLe blog E&E a cité la réaction de José Bové face à la PMA et le lien qu’il fait explicitement avec d’autres approches de manipulation du vivant et de la filiation. Dans son texte, il cite les réflexions de Jacques Testard, un scientifique français spécialiste de la fécondation in vitro qui, depuis de nombreuses années, dénonce l’eugénisme implicite des techniques de procréation médicalement assistées (tri des embryons etc…). Ce dernier n’est pas chrétien, mais sa position mérite qu’on s’y arrête quelques instants. Voici donc la chronique parue dans Libération le 7 mai dernier.

Les OGM, la PMA, Bové et moi

Une récente déclaration de José Bové a beaucoup choqué la direction d’Europe Écologie-Les Verts : « Que ce soit pour les couples homosexuels ou hétérosexuels, que ce soit sur le végétal, l’animal et a fortiori sur l’humain, je suis contre toute manipulation sur le vivant », a déclaré l’eurodéputé le 30 avril, dans l’émission Face aux chrétiens. « Puisque José cite mon nom en appui, en soulignant que je ne suis «pas chrétien au départ», je veux d’abord l’assurer que je ne le suis pas davantage à l’arrivée. Et que mes positions ne sont pas forcément les siennes pourvu que l’on évite les dérives sémantiques largement consacrées dans les médias : la PMA (ou mieux l’AMP: l’assistance médicale à la procréation) existe bien au-delà de la fantasmatique insémination artificielle au profit de couples homosexuels, et les OGM ne se réduisent pas aux plantes transgéniques (PGM).

Or je n’ai jamais renié mon implication en fécondation in vitro dans le but de permettre la procréation pour des couples stériles (1), et je n’ai pas d’opposition envers ces OGM que sont les organismes unicellulaires, cultivés en fermenteur où ils produisent diverses molécules dont des médicaments, ou envers les OGM cobayes (plantes ou animaux) qui constituent des modèles précieux pour la recherche scientifique (2). En revanche, je condamne, comme José Bové, l’impasse technologique des plantes pesticides, bricolage coûteux et périlleux qui contredit les approches scientifiques pour nourrir l’humanité en préservant l’environnement. Et je critique l’expérimentation humaine pour concevoir des enfants délibérément privés de leurs origines (anonymat du géniteur) en exigeant abusivement le concours de la biomédecine, ou la fabrication d’enfants sur mesure (tri des embryons).

Aussi, ce ne sont pas l’ensemble des «manipulations» du vivant qui me paraissent illégitimes mais seulement celles qui s’opposent au bien commun par leur absurdité (PGM), leur déni de l’autonomie des personnes (insémination médicalisée), l’instrumentalisation d’autres humains (enfants ou mères porteuses) ou la construction d’une humanité arbitrairement codifiée (sélection embryonnaire). Si les OGM et l’AMP méritent l’attention des politiques, la clarification exige de dire de quoi on parle, et de justifier pourquoi on le refuse. »

(1) «Faire des enfants demain», Seuil, 2014 / (2) «A qui profitent les OGM ?» CNRS éd, 2012 / Vient de paraître : «Faire des enfants demain», éd. Le Seuil.

par Jacques Testart, directeur de recherches à l’Inserm

DL

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