PESTICIDES – L’agronomie avant la chimie, une évidence…

2015 Pesticides rapportAlors que le député Dominique Potier vient de présenter un état des lieux sur les usages des pesticides agricoles en France, 182 députés et sénateurs viennent aussi de signer une proposition de résolution demandant un moratoire définitif sur les pesticides de la famille des néonicotinoïdes. Une bonne occasion pour s’interroger pourquoi ce genre de sujet touchant à la santé publique ne provoque presqu’aucune expression dans les réseaux d’Eglise…

Le 30 janvier prochain, le ministre de l’agriculture français, Stéphane Le Foll doit présenter, les nouvelles modalités du plan Ecophyto, suite aux conclusions du rapport déposé par le député Potier. Le plan initial issu du Grenelle de l’environnement prévoyait une réduction de l’usage des produits phytosanitaires de 50 % à l’horizon 2018. Résultat des courses : entre 2012 et 2013, l’usage de ces produits a augmenté de 9,2%. Du coup, le rapport du député socialiste préconise une approche plus pragmatique, repoussant l’échéance à 2025.

Mais, s’il y un danger sanitaire, est-il vraiment raisonnable de repousser ces délais d’actions ?

En écho au travail du gouvernement, une partie du monde politique et des structures associatives a donc décidé de lancer un appel souhaitant une interdiction des pesticides néonicotinoïdes qui ne sont, pour l’heure, que provisoirement interdites par les agences sanitaires européennes. Parmi ces associations, on peut nommer l’union nationale de l’apiculture française, Greenpeace, la fondation Nicolas Hulot, la confédération paysanne, et Générations futures. L’appel est cohérent puisqu’il est désormais établi que ces molécules ont des effets pathogènes sérieux (notamment sur le développement du système nerveux humain, cf. communiqué de l’EFSA 17 déc. 2013 ; mais aussi effet sur les pollinisateurs), et d’autant plus dangereux qu’ils sont utilisés par pulvérisation à grande échelle sur des surfaces agricoles très étendues en France, notamment sur les céréales d’hiver.
Et les Eglises dans tout ça ? Si elles se mobilisent sur les enjeux de la dignité de l’humain de sa naissance à sa mort, il serait peut être bien qu’elles s’expriment plus clairement sur ce sujet sanitaire important, impactant les ouvriers agricoles en premier lieux. Certaines ONG catholiques sont, là encore, en avance :

  • le travail de Gilbert Sène, chargé de programme développement rural pour le Secours catholique-Caritas au Sénégal, montre que la mobilisation est possible.
  • Aux Etats-Unis, il y a dix ans déjà, la National catholic rural life conference organisait des programmes d’information dans la Yakima Valley, auprès des agriculteurs locaux. La Yakima Valley est une région riche en vergers en tout genre, qui subissent de nombreux traitements au cours de l’année. L’évêque du lieu, Mgr Carlos Sevilla a encouragé cette démarche, soulignant que si « les Eglises cherchent à procurer un bien être pour les personnes en entier, dans leur relation à Dieu, ce bien être spirituel doit aussi s’articuler avec un bien être physique. » Une mission particulièrement importante auprès des migrants hispanophones souvent peu au fait des dangers et préoccupés surtout par le fait de pouvoir travailler suffisamment pour gagner leur vie. De nombreuses familles sont ainsi exposées à des dangers réels.
  • En France, le MRJC participe depuis l’année dernière à la semaine pour les alternatives sans pesticides. En espérant que d’autres mouvements catholiques suivront…
  • A quand un moratoire volontaire signé par tous les jardiniers de nos abbayes, monastères, couvents, paroisses et autres maisons diocésaines, rejetant, au nom de la justice envers les plus pauvres et les générations futures et du respect du vivant dans ses équilibres essentiels, l’usage de ces produits durablement dangereux. Quel père abbé, quel évêque, quelle mère supérieure osera faire le premier pas ?? Certains monastères ont commencé. Pourquoi ne pas profiter de la force de nos réseaux pour agir ensemble ?

Intéressant, pour finir, de reprendre certaines réflexions du député socialiste à l’origine du rapport rendu au ministre de l’agriculture, soulignant, entre les lignes, que la réduction notoire des pesticides ne pourra se faire que par un changement profond des pratiques agricoles, une vraie révolution philosophique : l’agronomie avant la chimie devrait être désormais le mot d’ordre. Le développement de l’agro-écologie est ainsi souhaité, et notamment dans sa version d’agro-foresterie très prometteuse en terme d’écosystèmes restaurés et de sols remis en état naturellement. Le mot final est au député :

« Cette transition proposée par la mission s’inscrit dans un récit plus vaste. Un récit de notre rapport à la nature mais aussi à notre république sociale. Notre pays a une belle tradition gastronomique où l’alimentation est un art de vivre. La table ronde « santé et environnement » de la troisième Conférence environnementale a souligné à quel point elle était aussi un enjeu pour vivre en bonne santé. Alors que 97% de nos budgets de santé sont investis dans le curatif, nous devinons l’opportunité d’investir dans une politique de prévention. Une alimentation de « toutes les qualités » est en ce sens un excellent investissement public. ATD Quart Monde, dans son rapport « se nourrir lorsqu’on est pauvre » (mars 2014), nous rappelle la dignité de ce combat, ici et ailleurs. En écho à des centaines d’initiatives citoyennes, voici, pour une génération en quête de sens, une équation possible : produire autrement et consommer mieux. De la fourche à la fourchette, « nous sommes tous une partie de la solution ! » »

DL
PS : le blog E&E aimerait lister les lieux d’Eglise où un tel moratoire (absence d’usage de pesticides chimiques dans les jardins et les espaces verts) est déjà en place. Si vous en connaissez, n’hésitez pas à me le faire savoir…

4 commentaires Ajouter un commentaire

  1. vandenbroucke dit :

    Merci d’oser secouer l’Église ! Pour les pesticides comme pour tous les autres sujets ! Il faut savoir se regarder en face ! Mais je suppose hélas que ceux qui ne s’intéressent pas à ces sujets ou les trouvent mineurs, ne lisent pas votre blog ? Mais ça donne espoir aux autres, ceux que j’appelle les vrais chrétiens, c’est à dire ceux qui mettent (ou essaient au moins) en pratique leur foi, chaque jour et dans tous les domaines…

  2. Merci de nous rappeler l’urgence de l’engagement de l’église
    J’aimerai Pouvoir partager cet article sur face book mais comment faire

  3. Christine Lang dit :

    Bonsoir, pour partager un article sur Facebook, il suffit de copier le lien du haut de la page (ici : https://ecologyandchurches.wordpress.com/2015/01/30/pesticides-lagronomie-avant-la-chimie-une-evidence/#comment-1556) dans la petite fenêtre sous la bannière de votre profil puis cliquer sur « publier » et hop !
    Christine

  4. L dit :

    Bonjour,
    plusieurs numéros de la revue AE&S Agronomie Environnement et Société pourraient vous intéresser. http://www.agronomie.asso.fr/carrefour-inter-professionnel/evenements-de-lafa/revue-en-ligne/
    Cordialement
    D.L.

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