AGRICULTURE – Et si on passait au salon ?

le

2018 ECOLOGIE Salon de l'agricultureIls l’avaient fait en 2016. Ils le refont cette année : une délégation d’évêques se rendra au Salon international de l’agriculture. A cette occasion, ils publient un message (21 février) aux agriculteurs, leur rappelant que leur « mission est unique et nécessaire ».

C’est en fait le Conseil permanent de la Conférence des évêques de France qui est à l’initiative de ce texte. Rappelons qu’il est constitué de Mgr Georges PONTIER, Archevêque de Marseille, président de la CEF ; Mgr Pierre-Marie CARRÉ, Archevêque de Montpellier, vice-président de la CEF ; Mgr Pascal DELANNOY, Évêque de Saint-Denis, vice-président de la CEF ; Mgr Michel AUPETIT, Archevêque de Paris ; Mgr Jean-Pierre BATUT, Évêque de Blois ; Mgr François FONLUPT, Évêque de Rodez ; Mgr Stanislas LALANNE, Évêque de Pontoise ; Mgr Philippe MOUSSET, Évêque de Périgueux ;
Mgr Benoît RIVIÈRE, Évêque d’Autun ; Mgr Pascal WINTZER, Archevêque de Poitiers

Il n’est pas annoncé quels évêques seront envoyés sur place, dans ce grand chaudron parisien de l’agriculture. Voici en tout cas le texte (commenté) du communiqué.

 

Nous savons que la crise agricole que vous traversez est toujours là, profonde, complexe et multiforme. Beaucoup parmi vous souffrent et s’inquiètent pour leur avenir. Face à cette réalité, nous ne pouvons pas nous satisfaire des approches et des discours marqués par la situation de l’après-guerre et les années de forte croissance économique et d’amélioration des conditions de vie qui l’ont suivie. Aujourd’hui, nous mesurons à quel point les temps ont changé. Notre rapport au monde, au travail, à l’économie, à la technologie, à la terre, à la création soulève bien des questions et nous met devant de nouveaux défis, dont celui du respect de l’environnement, que nous sommes appelés à relever tous ensemble.

COMMENTAIRE de E&E : Oui, les temps ont en effet « bien changé » depuis l’après guerre, et c’est rien de le dire. Il est intéressant de noter que la référence spontanée du texte est bien encore ancrée dans le XXe siècle, particulièrement pour la période des trente glorieuses. Mais il me semble que depuis 1973 (soit quand même plus de quarante ans), le monde avait déjà « bien changé »…

Ces défis dépassent votre seule profession : ils nous concernent tous et ils ont une dimension internationale. Ils nous interrogent notamment sur la société que nous voulons pour aujourd’hui et pour demain. Ils nous conduisent aussi à questionner les processus économiques tant mondiaux que locaux, pour que soit mieux pris en compte tout ce qui touche à la sauvegarde de notre maison commune et à son avenir. Et nous ne voulons pas ignorer vos solitudes et vos inquiétudes devant ces défis universels. Mais alors, quelle agriculture voulons-nous pour demain ? Quels changements et conversions devons-nous opérer dans nos modes de vie ?

COMMENTAIRE E&E : ah, oui. Pas de doute, il y a du Laudato si là dessous ! On attend avec impatience le modèle d’agriculture que va proposer ce texte ? Sans oublier les conversions dans nos modes de vie…
Solitudes et inquiétudes sont en effet des mots importants pour de nombreux agriculteurs. On pourrait dire que ce sont aussi des euphémismes pour beaucoup d’entre eux confrontés à la faillite, au déclassement. Et, pour certains, au drame du suicide.

Nous ne pouvons pas nous résigner à un avenir incertain pour l’agriculture. Voilà pourquoi, comme pasteurs de l’Église catholique, nous voulons vous adresser un message de soutien. Nous croyons qu’il est vital que le travail agricole soit reconnu par l’ensemble de la société. Cette reconnaissance doit passer par une juste rémunération de votre travail, ce qui, hélas, n’est pas le cas dans bon nombre de filières. Votre travail permet de produire ces aliments dont nous avons tous besoin pour vivre. L’agriculture doit garder sa noble mission : offrir une nourriture de qualité, la plus accessible à tous, et contribuer à l’entretien des espaces ruraux auxquels nous sommes tant attachés.

COMMENTAIRE E&E : La question de la juste rémunération, si elle est toujours d’actualité, est bien ancienne et des textes de la commission épiscopale en monde rural l’avait déjà signalé, il y a bien des années. Plus troublant, cette vision d’une agriculture essentiellement liée aux enjeux alimentaires et à « l’entretien des espaces ruraux »… Le mot « biodiversité » fait-il peur aux évêques, ou bien serait-il trop « écolo » pour s’adresser aux agriculteurs ? Car il ne s’agit pas d’espace ruraux, mais d’écosystèmes dont il faut bien prendre soin, dans une perspective d’écologie intégrale…

La terre avec son sol vivant est la matière principale de votre métier ; c’est elle que vous travaillez. C’est d’elle que dépend notre pain quotidien. Aussi est-il vital de prendre soin de cette terre, de la protéger, comme le pape François nous y invite dans son Encyclique Laudato si’. Cultivons « cette ouverture à l’étonnement et à l’émerveillement », parlons « le langage de la fraternité et de la beauté dans notre relation avec le monde », ne soyons pas le « dominateur, consommateur ou pur exploiteur de ressources, incapable de fixer des limites à ses intérêts immédiats » (Laudato si’, n° 11). La capacité à s’émerveiller devant la Création est le terreau de la conversion écologique attendue par beaucoup. Par votre métier, vous savez que cet étonnement et cet émerveillement se cultivent au quotidien. Vous êtes porteurs d’un savoir-faire unique que vous devez développer et transmettre. C’est ainsi que notre terre pourra continuer à procurer à tous le pain quotidien sans être abimée et dégradée.

COMMENTAIRE E&E : L’ouverture sur le « sol vivant » dont il faut prendre soin est intéressante. Mais elle est bien vite refermée pour parler d’émerveillement. Mais c’est justement de la beauté des sols et du vivant dont il s’occupe que peut revenir l’émerveillement pour un agriculteur.

Alors, oui, c’est vrai, la capacité à l’émerveillement est essentielle pour les conversions écologiques (hola ! Le mot est lâché !!) nécessaires. Faudra-t-il pour cela remettre en cause les modèles économiques dominants de l’agriculture moderne qui orientent les « savoir-faire » du monde agricole ?

Nous souhaitons que toute notre société prenne vraiment les moyens de vous écouter, de recueillir les fruits de votre savoir-faire et devienne ainsi toujours plus soucieuse d’une écologie intégrale. Car la crise socio-environnementale que nous affrontons « requiert une approche intégrale pour combattre la pauvreté, pour rendre la dignité aux exclus, et simultanément pour préserver la nature » (Laudato si’, n° 139). Nous sommes témoins qu’au milieu des changements, souvent sources d’inquiétude, se développent de nombreuses initiatives créatrices et innovantes, pour produire dans le respect de l’environnement et la recherche d’une qualité croissante, pour progresser dans les domaines de la coopération et de la mutualisation des moyens. Nous encourageons et soutenons toutes ces initiatives.

COMMENTAIRE E&E : Ecoute des uns, accueil des initiatives des autres: le texte assume une posture dialogale intéressante avec une vision d’une économie plus coopérative, puisque tout est lié. Mais comment ne pas rester sur des voeux pieux ?

Dans l’histoire, votre professionnalisme et votre amour de la terre ont témoigné de votre capacité à vivre des transitions, à surmonter bien des obstacles. Face à l’ampleur des défis d’aujourd’hui et à la lumière de la Foi, nous vous redisons notre confiance, notre solidarité et notre soutien. Nous appelons la société entière à œuvrer pour une meilleure reconnaissance de votre travail, de votre mission unique et nécessaire.

COMMENTAIRE E&E : La note se veut bienveillante et optimiste. Pourquoi pas, après tout, tant il est difficile – dans un texte aussi court – de parler de manière suffisamment différentiée de la diversité du monde agricole français.

Mais il rappelle étrangement ce texte si optimiste des évêques japonais qui, quelques années à peine avant Fukushima, avaient clos leur réflexion sur l’usage du nucléaire civil en encourageant les ingénieurs et en leur redisant toute leur confiance. Après Fukushima, ces mêmes évêques ont complètement changé de ton, reconnaissant qu’ils s’étaient trompé dans leur optimisme un peu béat devant la technologie nucléaire.

N’en sommes-nous pas un peu là devant ce monde agricole aux missions un peu idéalisées ? Car il ne s’agit pas ici seulement d’améliorer la reconnaissance sociale des agriculteurs (ce qui est bien sûr nécessaire). Sinon, comment comprendre l’ampleur des crises actuelles ? Contrairement à l’encyclique Laudato si, le message des évêques n’évoque pas directement le « paradigme techno-économique » qui a faussé notre rapport au travail, à l’économique et à la terre depuis quelques décennies. Et que le pape François appelle à combattre frontalement. Quel dommage. Mais, il est vrai que cela aurait peut être compliqué un peu leur future visite dans la « plus grande ferme de France » ?

E&E

PS : Peut être aurait-il été intéressant aussi que les évêques s’adressent, dans un deuxième temps, aux agriculteurs chrétiens, pour leur confier une mission plus forte encore, au nom même de leur foi. Sans oublier quelques paroles de confiance pour ceux qui animent de longue date les réseaux ruraux, qu’ils soient de la  du CMR… ou du MRJC.

 

 

 

Un commentaire Ajouter un commentaire

  1. Mth Daubord dit :

    Comme toujours une parole impersonnelle qui s’adresse à tout le monde et à personne. Je me pose la question : est-ce qu’ils ont rencontré des agriculteurs sur leurs diocèses ?… qu’ils soient militants du CMR ou MRJC ou loin de l’église institutionnelle, ils ont des choses à dire… ils effectuent une « conversion » de leurs exploitations… Ils ne cultivent plus la terre comme avant… les chambres d’agricultures, les institutions professionnelles les aident dans cette « conversion »… sûr il y a beaucoup de disparité…suivant les régions.
    J’ai été pendant quarante ans, comme religieuse … en divers régions rurales et travaillé, rencontré des ruraux de divers tendances… Dans ma famille un seul de mes neveux est resté à la terre…. Il faut des diplômes pour être exploitant agricole, mais aussi poursuivre une réflexion… suivre la demande des consommateurs qui eux aussi, ont envie de manger de bons produits, même s’ils comprennent que la qualité ça se paye !… Le juste prix…
    beaucoup d’initiatives et de liens entre producteurs et consommateurs…
    Ce n’est pas ‘aujourd’hui que l’histoire commence… c’est aujourd’hui que l’église commence à comprendre que peut-être, le monde rural a besoin d’avoir des pasteurs dynamiques et connaissant bien les problèmes humains, sociologiques et environnementaux…
    mtd

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

w

Connexion à %s