NUCLEAIRE – Les victimes polynésiennes seront-elles entendues ?

2018 ECOLOGIE Eglises Polynésie
Crédit photo: TNTV

Si, en métropole la question de l’usage du nucléaire militaire reste une question lointaine, en Polynésie, par contre, la gestion des conséquences des essais nucléaires est un sujet brûlant d’actualité.

Ainsi, le récent synode de l’Eglise protestante maohi a à nouveau évoqué le sujet, par la voix de Richard Tuheiava au cours de la 3e journée de cette renocontre. Il faut dire que l’Eglise protestante ma’ohi a pris la décision, il y a deux ans, de poursuivre l’Etat français pour « crime contre l’humanité » pour que soient reconnues les conséquences désastreuses des essais nucléaires, aérien et sous terrain, réalisés pendant près de trente ans en Polynésie.

La discussion a duré deux bonnes heures, au sein de cette assemblée de 71 pasteurs rassemblés dans l’enceinte de l’école Taunoa. L’avocat qui suit cette affaire, maître Philippe Neuffer a précisé :

« Dans le cadre de mes fonctions, j’ai pu le voir, lorsque le ministre de la défense dit qu’il ne fait pas appel d’une décision et que le CEA fait appel, on peut voir qu’il y a une discordance dans le discours de l’Etat. Le but de ces essais nucléaires était certainement de faire avancer la science. Ou en tout cas, la raison d’État française. Mais nous avons été les premières victimes et ces victimes réclament justice. »

Le journal TNTV rend compte de la suite : « A la cloture du synode, la commission d’étude sur le nucléaire a rendu ses conclusions et ses préconisations.  Le synode souhaite que l’Etat reconnaisse « le grand mal qu’il a commis dans ce pays » et qu’il facilite « les démarches des malades victimes des essais nucléaires. » L’église protestante maohi demande que l’Etat français rendre à la Polynésie l’ensemble de ses ressources « et qu’il cesse de les utiliser comme garantie de ses emprunts bancaires. »  Le président de l’église, Taaroanui Maraea, doit se rendre à Genève, puis à New York, pour continuer le combat auprès de l’Organisation des Nations Unies (ONU). Le synode a lancé un appel au rassemblement de toutes les églises, associations et groupes politiques sur la question du nucléaire.  Oscar Temaru, président du Tavini huira’atira et maire de Faa’a, a réaffirmé son soutien à la démarche de l’église. Il appelle lui aussi à l’union sur le dossier du nucléaire. Il a ajouté : « Je veux lancer un appel solennel à nos frères, président du pays tous ceux qui ont des responsabilités : penser à l’avenir, à nos enfants à notre pays d’abord. Notre avenir n’est pas en France, n’est pas en Europe, il est ici à Mā’ohi Nui. » Pour Gaston Tong Sang, président de l’assemblée de Polynésie française, cette union existe. Le maire de Bora Bora s’est dit respectueux des décisions prises par l’église protestante maohi. Pour lui, le président de la Polynésie française, Edouard Fritch, mène le « même combat en demandant à l’Etat de solder ce dossier du nucléaire. » Le 135 synode se tiendra à Moorea l’an prochain.

Profitons en pour rappeler que début juillet, le journal La Croix a publié les résultats d’un sondage Ifop assez paradoxal sur la manière dont les Français se situent par rapport à notre statut de pays possédant un armement nucléaire.

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Globalement, si les Français sont intéressés par le fait de ratifier le traité d’interdiction des armes nucléaires, la question de la dissuasion nucléaire les laisse assez indifférents.Le journal L’Opinion analyse

 

Une courte majorité (56%) de Français est opposée au renouvellement et à la modernisation des armes atomiques, contre 44% qui y sont favorables. Mais ce dernier chiffre est en hausse de huit points par rapport à un précédent sondage de 2012. Une plus forte majorité (67%) souhaite que la France « signe et ratifie le Traité d’interdiction des armes nucléaires », qui a été adopté par l’Assemblée générale des Nations Unies, le 7 juillet 2017, contre l’avis des puissances nucléaires, dont la France, et de l’essentiel des pays européens. Le Saint-Siège soutient en revanche ce projet. Ce texte est concurrent du Traité de non-prolifération nucléaire (TNP). Ce n’est pas faire injure aux Français que de douter qu’ils soient très nombreux à faire la différence entre ces textes…

D’ailleurs, les gouvernements successifs préfèrent parler de « non-prolifération » qui permet de maintenir le statu quo actuel. Reste la question des moyens : faut-il renouveler les armes atomiques, alors que l’argent manque dans les caisses de l’Etat. Le journal La Croix analyse les résultats :

Nous avons dressé une typologie du rapport des Français au nucléaire militaire. Un groupe se dégage clairement : 44 % sont à la fois favorables à ce que la France s’engage dans la ratification du traité d’interdiction des armes nucléaires et défavorables à ce qu’elle renouvelle et modernise les siennes. Ces « antinucléaires » sont majoritaires dans l’électorat de Jean-Luc Mélenchon (59 %) et Emmanuel Macron (43 %).

À l’opposé, les « pro-nucléaires », représentent seulement 21 % des sondés. Ils sont surreprésentés chez les électeurs de François Fillon (35 % contre 34 % d’« antinucléaires »). Entre les deux, 23 % attendent en même temps que la France s’engage dans la ratification du traité d’interdiction des armes nucléaires et qu’elle renouvelle et modernise les siennes.

De fait, les résultats montrent un clivage politique et générationnel assez marqué aussi bien du côté de l’armement nucléaire que de celui de la participation à des opérations au maintien de la paix à l’étranger. Troublant de voir que l’électoral de François Fillon (qui se revendiquait particulièrement proche de l’électorat catholique) soit aussi le plus réticent à toute évolution de fond sur l’armement nucléaire dans le pays.

Pas sûr que cela rassure les protestants polynésiens

DL

RAPPELS :

1er juillet 1968. Traité sur la non-prolifération des armes nucléaires, dont le monopole est accordé aux États-Unis d’Amérique, à la Russie (URSS), au Royaume-Uni, à la Chine et à la France.

8 novembre 1983. Déclaration « Gagner la paix » de la Conférence des évêques de France : « Une dissuasion est encore légitime. C’est pourquoi les nations peuvent légitimement préparer leur défense pour dissuader les agresseurs, même par une contre-menace nucléaire. »

7 juillet 2017. Traité sur l’interdiction des armes nucléaires. Il n’est ratifié à ce jour que par dix pays, dont le Saint-Siège (dès le 20 septembre 2017), l’Autriche, le Venezuela, Cuba, le Mexique, la Thaïlande, le Vietnam et l’État de Palestine.

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