POLITIQUE -Les grandes vacances du petit Nicolas

2018 ECOLOGIE LambertBon. La rentrée ne s’annonce pas réjouissante côté engagement écologique de nos politiques français. Le départ de Nicolas Hulot aura au moins le mérite de mettre en lumière les ornières de notre classe politique qui n’est toujours pas entrée dans le XXIe siècle.

Voici quelques réactions d’acteurs chrétiens sur l’évènement

Je ne reviens pas sur l’idée de la catholique Christiane Lambert, présidente de la FNSEA qui pense que ce sont les ONG qui ont poussé Nicolas Hulot à bout. Bon sang mais c’est bien sûr !!

Côté protestant, des choses plus stimulantes. Dans le journal protestant Réforme par exemple

Réaction de l’ami Martin Kopp, qui outre le fait d’avoir terminé et soutenu sa thèse sur la décroissance est aussi président de la commission « Ecologie et justice climatique » de la FPF

“J’ai ressenti une forme de soulagement lorsque j’ai appris cette nouvelle. Ce n’est bien sûr pas vraiment une surprise, car tout le monde faisait part d’un même diagnostic, celui d’un écart entre la politique écologique menée par le gouvernement, portée par une communication soignée, et ce qu’il faudrait faire tant les enjeux sont immenses. Dans son interview sur France Inter, Nicolas Hulot parle d’acte de sincérité avec lui-même, de ne plus se mentir à lui-même, d’une clarification nécessaire. De fait, il ne pourra désormais plus servir de “caution verte”, d’élément de communication pour un gouvernement pas à la hauteur des enjeux écologiques.

C’est d’ailleurs une interview très complète, il n’y est pas seulement question de politique gouvernementale, mais de thèmes plus larges :

 

Nicolas Hulot rappelle qu’il est tout autant question de responsabilités individuelle, collective et sociétale sur les questions écologiques. Dans cette interview, il aborde d’ailleurs les racines du problème : la primauté donnée au libéralisme, le dogme de la croissance à tout crin, le modèle agricole productiviste… bref, de la nécessité d’une refonte de notre paradigme et de notre façon de penser. Nicolas Hulot aborde aussi la question de la démocratie, à travers la présence des lobbies dans les prises de décision politiques sur l’environnement. On peut dès lors vraiment se demander où se situe la souveraineté aujourd’hui, et qui prend réellement les décisions. Il est également question de temporalité, du court terme qui l’emporte trop souvent face au long terme. Édouard Philippe cite ainsi fréquemment le livre Effondrement, de Jared Diamond, un ouvrage qui fait référence dans le milieu de la collapsologie (concept désignant l’étude de l’effondrement de notre civilisation industrielle et ses conséquences possibles). Dans le même temps pourtant, il prend des décisions de court terme qui vont à l’encontre des grands enjeux écologiques. Il y a un vrai conflit de temporalité à ce sujet.

Sur un plan politique, il est certain qu’il y a une forte dimension politique à cette démission, c’est un camouflet au gouvernement sur les questions écologiques. Au sein du gouvernement, Hulot était un “îlot écologiste”. Isolé, il ne disposait pas d’équipe, personne ne le soutenait réellement, et il était en conflit permanent avec Stéphane Travert, le ministre de l’Agriculture. Cette démission a le mérite de clarifier les choses : dans le programme de Macron, l’écologie était un thème mineur. Nicolas Hulot avait espoir de convaincre le président qu’il fallait en faire plus et urgemment, mais il a fini par prendre acte de son échec. Car il y avait une dissension, dans le gouvernement Philippe, entre, d’une part, des diagnostics et clairs et des discours ambitieux, et, de l’autre, une incapacité à prendre des décisions d’envergure.

Je vois néanmoins une forme d’espérance dans cette décision, puisqu’on ne peut que souhaiter que cette nouvelle servira d’électrochoc. Sans doute pas pour le gouvernement actuel, qui semble appliquer un logiciel consumériste, mais peut-être au sein de la société, pour les individus que nous sommes, une prise de conscience qui découle sur une mobilisation. De toute façon, les questions écologiques ne relèvent pas de l’action d’un homme providentiel mais d’un changement sociétal. Essayons de faire en sorte que ce soit une opportunité pour agir. Et agir est plus urgent que jamais. Ce qui me frappe, c’est qu’à la lumière des nombreuses catastrophes écologiques qui se sont abattues sur notre planète cette année, certains disent que l’on va bientôt “basculer dans la catastrophe”. Mais la catastrophe a commencé ! Elle n’advient pas soudain, du jour au lendemain. On pourrait penser au syndrome de la grenouille qui, si elle est jetée dans une casserole d’eau bouillante, s’échappe tout de suite mais qui, si l’on augmente lentement la température de l’eau, finit par cuire à petit feu, sans s’échapper. Or le changement climatique est en cours, l’effondrement de la biodiversité aussi. Quand on dit que la fenêtre pour agir est en train de se fermer, elle a entre-temps la taille d’une tête d’épingle ! L’écologie n’est pas un enjeu parmi d’autres ; il conditionne tous les autres, il devrait être la porte d’entrée à la réflexion politique.

Pour en conclure sur Nicolas Hulot, je suis convaincu, pour l’avoir côtoyé lors de la préparation de la COP21, que c’est un homme intègre, authentiquement animé par ces questions. C’est un converti, il est devenu écologiste à la suite d’un cheminement personnel, et on peut imaginer que sa décision a été dure à prendre, tant il était tiraillé entre sa volonté d’agir et les réalités de l’exercice du pouvoir.”

 

Et aussi Silvère Lataix, coordinateur du réseau Bible et création de l’EPUdF

“Je n’ai pas été vraiment surpris, car Nicolas Hulot avait annoncé il y a trois mois qu’il annoncerait après l’été s’il restait au gouvernement. Et à sa place, je serais parti aussi ! Il a bien résume la situation dans son interview sur France Inter : rester au gouvernement, avec ses convictions, cela aurait été du cynisme. C’est un constat assez terrible.

Il faut dire que ce gouvernement n’a pas laissé beaucoup de place aux questions écologiques. Il y a pu avoir un petit peu d’espoir, au début, avec quelques dossiers comme Notre-Dame-des-Landes, où Emmanuel Macron et Édouard Philippe ont fait preuve de sagesse et de pragmatisme, sur un dossier politiquement chaud. D’autres décisions, en revanche, qui aurait été soutenues par la société civile, comme l’interdiction du glyphosate, n’ont pas suivi. Quant à la “prime à la conversion” pour l’acquisition de nouvelles voitures, elle me rappelle la prime à la casse d’Alain Juppé et Édouard Balladur ! Sur certains sujets, on change l’étiquette sur la bouteille mais on garde le même vin.

Aujourd’hui, l’écologie est un sujet à la mode, et de ce fait ne semble pas réellement pris au sérieux. Certes, pour les politiques et les entreprises, on met un petit peu de vert parce que c’est joli, mais cela s’arrête là. Il existe bien sûr quelques personnes très convaincues sur le sujet, comme Nicolas Hulot, mais elles se retrouvent rapidement seules. Il y a certes une prise en compte progressive des questions écologiques par les élus locaux ou nationaux, ils nous écoutent plus qu’avant.  l’écologie devient progressivement un sujet, mais il n’est pas prioritaire.

Bien souvent, politique et écologie ne raisonnent pas sur la même temporalité. Les décisions en matière d’écologie portent rarement leurs fruits immédiatement, ce sont des visions à 25 ou 30 ans minimum. Le problème est que lorsqu’un texte propose une vision à moyen terme, il peut être retoqué dès la mandature suivante, comme ce fut le cas pour la Loi de transition énergétique de 2015. Au sein de la société, l’écologie n’est pas un sujet passionnel, comme ont pu l’être la peine de mort ou le mariage pour tous. Je m’en désole car qui dit passion dit débats ! Et il y a matière à débattre sur les questions écologiques, car les solutions proposées aux défis actuels sont fort différentes, entre les tenants de la décroissance et ceux du progrès technique et scientifique. J’espère que la démission de Nicolas Hulot servira à quelque chose, c’est un élément supplémentaire pour une prise de conscience plus générale. Car la réponse aux défis écologiques ne pourra jamais être le travail d’un seul homme, d’un homme providentiel. En tant que chrétien le Sauveur je le connais déjà, et j’attends que l’on puisse préparer sa venue dans un monde viable. C’est bien une prise de conscience collective qui permettra de faire bouger les lignes.”

(Propos recueillis par Louis Fraysse)

 

Je rajoute modestement ma contribution au débat, puisque j’ai été interrogé sur le pouce par Radio Vatican

 

2 commentaires Ajouter un commentaire

  1. fredericbaule dit :

    Merci Dominique pour cette mise en perspective de le decision de Nicolas Hulot
    Je suis frappe de voir qu’en matiere d’ecologie comme en matiere d’exercice du pouvoir au sein de l’institution ecclesiale, il nous faut partir – a temps et a contretemps – d’une meme realite: une structure politique en place n’est pas en mesure de se reformer si ce n’est a l’initiative du peuple qu’elle est sensee servir.
    Francois appelle au sursaut du peuple croyant contre le clericalisme; Nicolas, a celui des veilleurs ethiques contre le cynisme politique.

  2. Pourquoi si peu de mobilisation citoyenne ?

    Probablement parce que depuis un demi-siècle tout nous a souri, l’espérance de vie a augmentée, notre confort a augmenté, la pénibilité du travail à diminuée etc… Si on ne se pose pas de question, et si l’on écoute le discours consumériste, il ne vient pas naturellement à l’esprit que ça peut s’arrêter, comme la vie d’ailleurs. On ne vie pas en pensant à notre mort qui pourtant arrivera inéluctablement. En supplément et ce n’est pas nouveau, l’homme a été doté par son créateur d’une raison, mais force et de constater qu’il ne s’en sert pas souvent et qu’il préfère aller vers la facilité voir dans certains cas vers la cupidité.
    Une histoire permet de mieux comprendre : un homme saute d’un avion qui vole à 2000 m d’altitude, sans parachute, arrivé à 1000 m, on lui demande si ça va, et s’il veut continuer ainsi, il répond : tout se passe bien, je plane, c’est le bonheur, je continue. La suite va être moins drôle, mais il vit le temps présent.
    Ceci dit, aujourd’hui nous ne mettons pas seulement notre vie en jeu, mais celle des générations à venir, c’est donc pour réduire l’ardoise qu’auront à payer nos enfants et petits enfants, qu’il faut agir. C’est une question de morale ou de charité pour les chrétiens.
    Michel

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